Violences sexuelles sur mineurs : Darmanin vs les procureurs, la guerre des priorités ?

Par Decrescendo 09/06/2026 à 17:14
Violences sexuelles sur mineurs : Darmanin vs les procureurs, la guerre des priorités ?

Violences sexuelles sur mineurs : Darmanin impose une priorité aux procureurs déjà dépassés. Laurence Rossignol dénonce un État en échec, des moyens insuffisants et une culture de l’impunité qui protège les agresseurs. Que faire face à ce scandale ?

« On ne peut pas tout prioriser » : la réponse cinglante des magistrats à Darmanin sur les violences sexuelles

Dans un contexte où les affaires de violences sexuelles sur mineurs s’accumulent sans réponse judiciaire à la hauteur des enjeux, le garde des Sceaux a cru bon d’envoyer une circulaire pour imposer une priorité supplémentaire aux procureurs. Une initiative qui a suscité un tollé chez les professionnels du droit et les associations de protection de l’enfance.

Ce mardi 9 juin 2026, la sénatrice Laurence Rossignol, figure historique de la lutte contre les violences faites aux femmes et aux enfants, a vivement réagi aux directives ministérielles. « Les procureurs sont bombardés de circulaires de priorité, rappelle-t-elle. Ils ne peuvent pas tout prioriser. » Une critique acerbe envers un exécutif qui, selon elle, multiplie les injonctions sans fournir les moyens nécessaires pour les appliquer.

Une circulaire de plus dans un paysage judiciaire déjà saturé

Gérald Darmanin, fidèle à sa méthode de communication par circulaire, a ordonné aux procureurs généraux et aux procureurs de la République de traiter en priorité absolue les infractions sexuelles commises sur des mineurs. Une décision présentée comme une avancée majeure par le pouvoir, mais qui soulève des questions sur sa faisabilité dans un système judiciaire chroniquement sous-financé et en crise structurelle.

« En 2015, on a priorisé la lutte contre le terrorisme, et il y avait de bonnes raisons de le faire ; en 2017-2018, on a priorisé la lutte contre les féminicides, puis le narcotrafic… Et maintenant, le ministre dit : ‘J’ai envoyé une circulaire’ sur les violences faites aux enfants », s’indigne Laurence Rossignol. Pour la sénatrice, cette succession d’ordres sans vision cohérente révèle une stratégie politique de communication plutôt qu’une volonté réelle de réformer la justice.

En effet, comment croire à un engagement sincère alors que les moyens alloués à la protection de l’enfance restent dérisoires ? Les psychologues, psychiatres et travailleurs sociaux, mal payés et sous-recrutés, sont en première ligne d’un système à bout de souffle. « Il n’y a rien qui va dans cette affaire », assène Rossignol, rappelant qu’un rapport de l’Inspection générale de la justice, daté de 2022, avait déjà pointé ces dysfonctionnements.

Une culture de l’impunité qui persiste

Au-delà des problèmes de moyens, la sénatrice pointe du doigt une culture judiciaire et sociétale qui tolère encore trop souvent les violences sexuelles sur mineurs. « On a en France une complaisance à l’égard des auteurs de violences sexuelles », dénonce-t-elle. Elle évoque notamment les débats houleux autour de la loi de 2024 qui criminalise les relations sexuelles entre un majeur et un mineur de moins de 15 ans, où certains parlementaires n’ont pas hésité à défendre l’idée qu’un adulte pouvait être « trompé » par une enfant déguisée en adulte.

« Ce sont eux qui seraient mal compris, qui auraient été victimes d’une enfant aguicheuse… On est toujours principalement du côté des auteurs. C’est une remise en cause fondamentale de notre système de valeurs », tonne-t-elle. Pour Rossignol, ces prises de position révèlent une vision rétrograde et patriarcale où la protection des adultes prime sur celle des mineurs, surtout lorsqu’il s’agit de violences intrafamiliales.

Car c’est bien dans l’entourage proche – famille, proches, éducateurs – que la majorité des violences sexuelles sur mineurs sont commises. Une réalité que les institutions peinent à affronter, préférant souvent étouffer les affaires pour éviter les scandales.

Des institutions familiales et sociales défaillantes

« Les violences sexuelles sur mineurs sont le plus souvent commises dans le cadre familial, dans l’environnement direct de l’enfant », explique Laurence Rossignol. Or, les mécanismes de protection, comme le signalement ou l’accompagnement des victimes, restent profondément défaillants. Les services sociaux sont saturés, les cellules de recueil des informations préoccupantes (CRIP) sous-dotées, et les associations, souvent laissées à elles-mêmes, manquent cruellement de financement.

« Comment est-il possible que le garde des Sceaux n’ait pas eu connaissance de ce rapport ? », s’interroge la sénatrice, faisant référence à l’inspection de 2022. Un silence qui en dit long sur l’absence de volonté politique réelle pour endiguer ce fléau. Pendant ce temps, des milliers d’enfants continuent de subir des violences, souvent en silence, faute de structures capables de les protéger.

Le gouvernement Lecornu II, qui se targue de moderniser l’action publique, semble pourtant ignorer les leçons du passé. Entre réformes sécuritaires mal calibrées et manque de moyens structurels, la lutte contre les violences faites aux mineurs reste un parent pauvre de l’action publique.

Une priorité politique ou un effet d’annonce ?

Face à l’urgence, les associations de protection de l’enfance multiplient les alertes. Selon elles, la circulaire Darmanin n’est qu’un leurre, une opération de communication destinée à donner l’illusion d’une action forte, sans toucher aux racines du problème : un manque criant de moyens humains et financiers.

« On nous parle de priorités, mais la justice n’a pas les outils pour les appliquer, résume un magistrat sous couvert d’anonymat. Comment traiter en priorité les violences sexuelles sur mineurs quand les tribunaux sont engorgés, quand les enquêtes préliminaires s’étalent sur des années, et quand les condamnations restent rares ? »

Pour Laurence Rossignol, la solution ne passe pas par des circulaires, mais par une réforme en profondeur du système : plus de magistrats spécialisés, plus de psychologues dans les services sociaux, plus de campagnes de prévention ambitieuses, et surtout, une rupture avec cette culture de l’impunité qui protège trop souvent les agresseurs.

En attendant, les enfants continuent de payer le prix d’un État qui préfère les promesses aux actes.

L’Union européenne et ses partenaires face au défi

Alors que la France peine à se doter d’une politique cohérente en matière de protection de l’enfance, certains de ses partenaires européens montrent l’exemple. L’Allemagne et les pays nordiques, par exemple, ont mis en place des protocoles de signalement obligatoires et des unités spécialisées, réduisant ainsi le nombre de violences non détectées. En France, où les disparités territoriales aggravent encore les inégalités, ces modèles pourraient inspirer une refonte urgente.

Pourtant, malgré les engagements répétés de l’Union européenne en faveur des droits de l’enfant, Paris reste à la traîne. Entre manque de coordination entre les États membres et politiques sécuritaires privilégiant la répression à la prévention, l’Europe peine à faire entendre une voix unie sur ce sujet.

« L’Union européenne doit conditionner ses financements à des résultats concrets en matière de protection de l’enfance », estime un expert en politiques publiques. Une position qui, si elle était adoptée, pourrait enfin contraindre la France à agir.

Que faire concrètement ?

Face à l’inaction persistante, les associations réclament un plan d’urgence articulé autour de plusieurs axes :

1. Le renforcement des moyens humains : embauche massive de psychologues, psychiatres et éducateurs spécialisés dans la protection de l’enfance, avec des salaires attractifs pour éviter les déserts médicaux et sociaux.

2. La formation obligatoire des professionnels : policiers, gendarmes, enseignants et médecins doivent être systématiquement formés pour repérer et signaler les violences, afin d’éviter les affaires étouffées.

3. La généralisation des unités spécialisées : dans chaque tribunal, une cellule dédiée aux violences sexuelles sur mineurs, avec des juges formés et des délais de traitement raccourcis.

4. Un financement pérenne des associations : les structures comme la CRIP, ou encore les associations d’aide aux victimes, doivent bénéficier de budgets stables et suffisants pour remplir leur mission.

5. Une campagne nationale de sensibilisation : pour briser le tabou autour des violences sexuelles sur mineurs et encourager les signalements, un effort massif de communication est nécessaire, avec des messages clairs et accessibles à tous.

« Sans ces mesures, la circulaire Darmanin ne sera qu’un coup d’épée dans l’eau », prévient un militant associatif. Et les enfants, encore une fois, en paieront le prix.

Un État en échec sur la protection de l’enfance

Alors que le gouvernement mise sur des effets d’annonce pour masquer son inaction, les familles des victimes et les associations continuent de se battre. Car derrière chaque affaire médiatisée – comme celle de Lyhanna, dont le drame a ému la France entière – se cachent des milliers d’enfants oubliés par un système judiciaire et politique défaillant.

« On nous parle de priorités, mais la priorité absolue devrait être de protéger nos enfants », rappelle Laurence Rossignol. Pour l’instant, force est de constater que l’État français échoue lamentablement dans cette mission fondamentale.

À propos de l'auteur

Decrescendo

J'ai couvert les manifestations contre la réforme des retraites, les Gilets jaunes, les soignants en colère. J'ai vu des CRS charger des infirmières. J'ai vu des préfets interdire des manifestations au mépris du droit. J'ai vu des ministres mentir effrontément à la télévision. Cette violence institutionnelle, je la dénonce sans relâche. On me traite parfois d'extrémiste parce que je rappelle simplement ce que dit la Constitution. Tant pis. Je préfère être un démocrate radical qu'un complice.

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Commentaires (2)

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Izarra

il y a 1 heure

Darmanin veut jouer au gendarme alors qu’il a passé 10 ans à saboter les services sociaux. Logique.

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Zen_187

il y a 2 heures

Nooooon mais ils osent même pas parler des vrais problèmes ??? On parle de mineurs violés et eux ils s'engueulent pour des priorités??? md rrrrrrr !!!

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