Zemmour déjà en campagne pour 2027 : un rival encombrant ou un allié stratégique pour Le Pen ?

Par Anadiplose 19/09/2026 à 10:06
Zemmour déjà en campagne pour 2027 : un rival encombrant ou un allié stratégique pour Le Pen ?

Eric Zemmour officialise sa candidature à la présidentielle 2027 avec un discours radical, tandis que Marine Le Pen compte sur son extrémisme pour capter l'électorat d'extrême droite sans en assumer le coût politique.

La déclaration ambiguë qui relance la course à l’Élysée

Dans un exercice de communication aussi calculé que maladroit, Eric Zemmour a tenté de brouiller les pistes quant à sa candidature à l’élection présidentielle de 2027. Invité sur les plateaux de BFMTV ce jeudi 17 septembre, l’ancien journaliste a d’abord feint la réserve, déclarant : *« Je ne suis pas politicien. Je suis candidat à la présidence de la République »*, avant de se corriger dans un aveu involontaire : *« Je serai candidat à la présidentielle. »*

Cette hésitation, loin d’être anodine, révèle une stratégie à double tranchant. D’un côté, Zemmour cherche à maintenir une image de figure médiatique « hors système », tout en préparant activement une campagne qui, selon ses proches, sera officiellement lancée à l’automne. De l’autre, son entourage tente de minimiser l’impact de cette annonce prématurée, laissant planer le doute sur une éventuelle candidature de sa compagne, Sarah Knafo – une hypothèse que les sondages récents rendent peu probable.

Pourtant, derrière cette mise en scène se profile une réalité moins glamour : Zemmour, crédité d’à peine 4 % dans les intentions de vote, peine à émerger comme une force politique autonome. Son discours, à la fois ultralibéral sur le plan économique et profondément réactionnaire sur les questions sociétales, peine à séduire au-delà d’un électorat nostalgique des années 1950. Pourtant, c’est précisément cette radicalité qui, paradoxalement, pourrait servir de levier à Marine Le Pen.

L’extrême droite à l’épreuve de la division : Zemmour, un atout pour le RN ?

Il fut un temps où Eric Zemmour représentait une menace existentielle pour le Rassemblement National. En 2022, son irruption sur la scène politique avait bousculé les équilibres traditionnels, lui permettant de frôler les 17 % des intentions de vote et de forcer le RN à se repositionner. Aujourd’hui, la donne a changé. Avec seulement 4 % dans les sondages, Zemmour incarne moins un rival qu’un fusible politique.

Son discours, marqué par la théorie du « grand remplacement », la défense d’une « remigration » systématique et des provocations répétées – comme préférer un robot à un immigré –, dépasse largement les positions du RN, pourtant déjà très à droite. Ses condamnations pour incitation à la haine, ses outrances verbales et son manque de crédibilité institutionnelle en font une figure toxique pour l’image de l’extrême droite, mais paradoxalement utile pour Marine Le Pen.

Celle-ci, qui a toujours vu en Zemmour une « bulle médiatique » plus qu’un concurrent sérieux, peut désormais se recentrer sur un discours plus présentable, tout en récupérant une partie de son électorat. *« Sans même faire de meeting, il a déjà un socle électoral »,* confie un proche de Zemmour, qui ajoute : *« Il ira chercher des points du côté de Retailleau et de Le Pen. »*

Cette dynamique n’est pas sans rappeler la stratégie adoptée par Florian Philippot avec le RN : diviser l’électorat d’extrême droite pour mieux le rassembler ensuite sous une bannière plus acceptable. Sauf que, cette fois, le RN n’a plus besoin de Zemmour pour exister. Au contraire, son radicalisme lui permet de jouer les modérés en comparaison, tout en bénéficiant indirectement de son aura sulfureuse.

Un programme économique libéral : la marque de fabrique d’une extrême droite décomplexée

Si Zemmour séduit une frange de l’électorat par son discours identitaire, c’est sur le plan économique qu’il se distingue le plus du RN traditionnel. Là où Marine Le Pen propose un protectionnisme social et des mesures chères à la gauche ouvrière, Zemmour défend un libéralisme économique pur et dur, inspiré des théories d’Adam Smith ou de Milton Friedman, avec une réduction drastique des dépenses publiques, une baisse massive des impôts pour les entreprises et une suppression des aides sociales « inefficaces ».

Cette ligne, qui frise l’ultra-capitalisme, contraste avec l’image d’une extrême droite « sociale » que le RN tente de cultiver. Pourtant, elle séduit une partie de l’électorat conservateur, notamment parmi les classes moyennes et supérieures, lassées par la fiscalité et méfiantes envers l’État providence. *« Zemmour incarne une droite décomplexée, qui assume son côté bourgeois sans rougir »,* analyse un politologue spécialiste de l’extrême droite.

Cependant, cette position économique radicale pourrait aussi aliéner une partie de l’électorat populaire, déjà en proie aux difficultés sociales. Le RN, lui, mise sur un mélange de mesures protectionnistes et de promesses sociales pour attirer ces mêmes électeurs, tout en évitant de froisser les milieux économiques traditionnels.

La « remigration » : un concept aussi flou que dangereux

Au cœur de la stratégie de Zemmour se trouve la question migratoire, qu’il aborde sous l’angle d’une « remigration » massive. Ce concept, popularisé par des théoriciens d’extrême droite comme Renaud Camus, prône le renvoi systématique des étrangers, y compris ceux naturalisés, vers leur pays d’origine. Une idée qui, bien que juridiquement et moralement irrecevable, trouve un écho dans une partie de l’opinion publique, inquiète des dynamiques démographiques et de l’intégration.

Pourtant, les experts rappellent que cette proposition est impossible à mettre en œuvre sans violer les conventions internationales et les principes constitutionnels français. *« La ‘remigration’ est un fantasme politique, un leurre qui sert à mobiliser les peurs »,* explique un spécialiste des questions migratoires. *« Elle n’a aucune base légale et relève davantage de la propagande que de l’action politique réelle. »*

Malgré cela, Zemmour continue d’en faire un pilier de son discours, comme en témoigne sa récente déclaration sur BFMTV : *« Je préfère être en face d’un robot que d’un immigré. »* Une phrase choc, symptomatique d’une rhétorique qui privilégie l’émotion à la raison, et qui lui a valu plusieurs condamnations pour provocation à la haine.

Le RN en embuscade : une stratégie du « moindre mal »

Alors que Zemmour s’enfonce dans une radicalité qui l’isole, Marine Le Pen et le RN semblent déterminés à jouer la carte de la respectabilité. Depuis 2022, le parti a considérablement adouci son image, abandonnant progressivement les références les plus sulfureuses de son passé pour se présenter comme une force « nationale » et « républicaine ». Une mue qui, pour certains observateurs, relève davantage du calcul politique que d’une véritable transformation idéologique.

En effet, malgré ses efforts pour se normaliser, le RN reste un parti dont le programme et les alliances interrogent. Son soutien affiché au gouvernement Sébastien Lecornu – un Premier ministre dont les orientations libérales et pro-européennes tranchent avec l’ADN du parti – en dit long sur cette stratégie de séduction. *« Le RN a compris qu’il ne pouvait pas gagner seul. Il a besoin d’alliés, même improbables, pour accéder au pouvoir »*, souligne un analyste politique.

Pourtant, cette alliance de circonstance pourrait se retourner contre le parti. Une partie de son électorat traditionnel, déçu par ce recentrage, pourrait se tourner vers Zemmour, tandis que les modérés pourraient y voir une trahison des valeurs fondatrices du RN. *« Le risque, pour Le Pen, est de se retrouver coincée entre deux feux : une extrême droite radicale qui lui vole ses thèmes, et une droite classique qui refuse de s’allier avec elle »*, analyse un politologue.

Un contexte politique tendu : vers une recomposition de l’échiquier

Avec moins d’un an avant la fin du mandat d’Emmanuel Macron, la France politique est plus divisée que jamais. À gauche, les divisions persistent entre Jean-Luc Mélenchon et les autres forces, tandis qu’à droite, la compétition entre Les Républicains et le RN s’intensifie. Dans ce paysage fragmenté, Zemmour apparaît comme un acteur marginal mais bruyant, dont l’influence réelle reste limitée par son manque de crédibilité institutionnelle.

Pourtant, son rôle dans la campagne de 2027 pourrait être décisif. En maintenant une pression constante sur le RN, il force Marine Le Pen à se recentrer sur des thèmes qui lui sont chers – l’immigration, la sécurité, la souveraineté – tout en évitant de tomber dans l’extrémisme le plus visible. *« Zemmour est un miroir déformant pour le RN : il lui permet de montrer qu’elle est la ‘bonne’ extrême droite »*, résume un observateur.

Dans ce jeu de dupes, c’est peut-être le gouvernement actuel, dirigé par Sébastien Lecornu, qui sortira le plus affaibli. Avec un budget 2027 déjà sous tension et des réformes économiques impopulaires, l’exécutif pourrait bien payer le prix de cette polarisation croissante de la vie politique française.

À propos de l'auteur

Anadiplose

J'en ai assez du journalisme tiède qui ménage la chèvre et le chou. Pendant des années, j'ai regardé mes confrères s'autocensurer par peur de déplaire aux annonceurs ou aux politiques. J'ai décidé d'écrire ce que je pense vraiment, sans filtre. La concentration des médias aux mains de quelques milliardaires me révolte. La précarisation de ma profession me met en colère. Mais c'est précisément cette colère qui me pousse à continuer. Chaque article est un acte de résistance contre la pensée unique

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Lucie-43

il y a 24 minutes

Zemmour en 2027 ? Une blague ! Les gens vont finir par comprendre que c'est juste un gugusse qui fait du buzz. La France mérite mieux que ça...

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