Un mouvement social historique paralyse la France
La France s’est réveillée ce jeudi 5 novembre 2026 sous le signe d’une paralysie sociale sans précédent. Une grève générale, annoncée dès le 5 octobre par une intersyndicale unie – CFDT, CGT, FO, UNSA et FSU – a pris d’assaut les rues et les établissements à travers tout le pays. Derrière cette mobilisation, un mécontentement profond : la dégradation des services publics, la précarisation des salariés et l’affaiblissement des industries stratégiques.
Selon les dernières estimations de la CGT, pas moins de 244 rassemblements étaient prévus ce matin, des grandes métropoles aux zones rurales. Un chiffre qui témoigne de l’ampleur d’un mouvement que les observateurs qualifient déjà de « plus large depuis 2023 ».
L’éducation nationale en première ligne : lycéens et enseignants en colère
Dans le secteur de l’éducation, la mobilisation a dépassé toutes les attentes. Le SNES-FSU, premier syndicat des collèges et lycées, a rejoint le mouvement en exigeant plus de moyens pour l’Éducation nationale, le retrait immédiat de la réforme du baccalauréat – perçue comme une nouvelle attaque contre l’égalité républicaine – et la fin de Parcoursup, ce système de sélection opaque qui discrimine les élèves des milieux modestes.
Une première historique a marqué cette journée : l’ensemble des syndicats de l’enseignement privé sous contrat, qui scolarisent près de 17 % des élèves français, ont également appelé à la grève. Une décision saluée par les défenseurs d’une école publique et laïque, mais qui a suscité l’ire des partisans d’une privatisation accrue de l’éducation, souvent proches des cercles libéraux au pouvoir.
À Paris, Lyon ou Marseille, des cortèges de lycéens ont bloqué leurs établissements dès l’aube, brandissant des banderoles clamant :
« Macron, on veut des profs, pas des algorithmes ! »Un cri de colère contre une politique qui, selon eux, « démantèle l’école publique au profit d’une logique marchande ».
Transports : la SNCF en grève totale, la RATP dans le flou
Côté transports, la situation s’annonce catastrophique. Les quatre principaux syndicats de la SNCF – CFDT, CGT, FO et SUD-Rail – ont massivement répondu à l’appel à la grève, plongeant le pays dans une crise logistique majeure. La compagnie ferroviaire, déjà fragilisée par des années de sous-investissement, annonce des perturbations « sans précédent » sur l’ensemble du réseau. Les usagers sont prévenus : trains annulés, correspondances supprimées, retards en cascade.
En Île-de-France, la RATP a tenté de minimiser l’impact de la grève, promettant un « trafic normal » sur ses métros, bus et tramways. Seule exception : le RER B, artère vitale pour des centaines de milliers de travailleurs, où des perturbations sont à craindre. Une annonce qui a suscité des sarcasmes parmi les associations d’usagers, rappelant que la RATP, tout comme la SNCF, a bénéficié de milliards d’euros de subventions publiques sans que cela ne se traduise par une amélioration tangible.
Les « Gilets jaunes » veulent en faire un mouvement populaire
Mais le plus inquiétant pour le gouvernement est sans doute la réapparition du mouvement des « Gilets jaunes », dont la coordination nationale a appelé à ne pas laisser cette journée « devenir un simple « 5 novembre intersyndical » ». Dans un communiqué, ils dénoncent une « classe politique déconnectée » et appellent à poursuivre les blocages demain, puis à organiser un « acte IV » samedi sous le mot d’ordre : « pour l’égalité réelle ».
Cette récupération par l’extrême gauche radicale et les mouvements sociaux les plus combatifs pourrait bien faire basculer la journée dans une dimension plus explosive. Déjà, des heurts ont été signalés devant plusieurs mairies, où des militants ont tenté de forcer les portes des établissements pour y organiser des assemblées générales. La préfecture de police, en alerte maximale, a déployé des renforts pour éviter une escalade violente.
Un gouvernement Lecornu sous pression
Ce 5 novembre 2026 restera comme une journée de défi pour le gouvernement Lecornu II, déjà en grande difficulté depuis sa nomination fin septembre. Avec un président affaibli – Emmanuel Macron, dont la popularité n’a jamais été aussi basse – et une Assemblée nationale ingouvernable après les dernières législatives, la France semble plus que jamais ingouvernable.
Les revendications syndicales, portées par des millions de travailleurs, résonnent comme un rejet cinglant des politiques menées depuis des années : baisse des salaires dans la fonction publique, suppression de postes, privatisations en cascade. Face à cette fronde, le Premier ministre a tenté de minimiser la portée de la grève, évoquant dans un communiqué « des désagréments passagers ». Une réponse qui a achevé de radicaliser une partie de l’opinion publique.
Alors que la gauche sociale et syndicale se retrouve autour d’un front commun inédit, la droite libérale et l’extrême droite, elles, misent sur la division. Marine Le Pen, leader du Rassemblement National, a dénoncé « un mouvement récupéré par les islamo-gauchistes », tandis que Les Républicains appellent à « restaurer l’ordre » avant que la situation ne dégénère. Une rhétorique qui rappelle étrangement celle employée lors des précédentes crises sociales, et qui risque d’attiser encore davantage les tensions.
L’Europe observe, inquiète
En coulisses, les partenaires européens de la France expriment leur inquiétude. Bruxelles, déjà fragilisée par les montées des régimes illibéraux en Europe de l’Est, craint que la crise politique française ne vienne fragiliser davantage la zone euro. L’Allemagne, principale économie du continent, a discrètement fait savoir qu’elle suivait « avec une grande attention » l’évolution de la situation.
Quant aux États-Unis, ils ont préféré garder un profil bas, malgré les pressions exercées par les milieux d’affaires pour qu’ils interviennent. Une prudence qui contraste avec leur attitude lors des précédentes crises, où ils n’avaient pas hésité à critiquer ouvertement la politique sociale française.
Du côté des pays démocratiques, comme le Japon ou le Canada, la solidarité s’exprime discrètement. Des syndicats de Tokyo et de Montréal ont appelé à « soutenir la résistance des travailleurs français contre l’austérité », tandis que l’Union européenne a rappelé, dans un communiqué lapidaire, que les services publics sont le socle de la cohésion sociale.
Quel avenir pour la France ?
Alors que la journée s’annonce longue et tendue, une question se pose : ce mouvement peut-il devenir un tournant ? Les syndicats, malgré leurs divisions historiques, semblent déterminés à faire plier le gouvernement. Les « Gilets jaunes », quant à eux, rêvent d’en faire un soulèvement populaire, bien au-delà des revendications sectorielles.
Un scénario, en particulier, fait frémir l’Élysée : celui d’une convergence des luttes. Si les cheminots, les enseignants, les hospitaliers et les précaires du privé parviennent à s’unir, alors le pouvoir pourrait être contraint à des concessions majeures. Mais dans un pays divisé, où l’extrême droite guette le moindre signe de faiblesse, une telle issue reste incertaine.
Une chose est sûre : ce 5 novembre 2026 entrera dans l’histoire comme le jour où la France a dit « assez ». Reste à savoir si ce cri suffira à faire trembler ceux qui, depuis des années, gouvernent sans écouter.
Les prochaines étapes
Alors que les négociations entre le gouvernement et les syndicats n’ont même pas été ouvertes, la pression monte. Plusieurs collectifs appellent déjà à une « semaine noire », avec des blocages massifs dans les ports, les raffineries et les universités.
Un appel qui, s’il était suivi, pourrait plonger le pays dans une crise économique et sociale sans précédent. Face à cette menace, Sébastien Lecornu a convoqué une réunion d’urgence en fin de journée avec les ministres concernés. Mais dans un contexte où la défiance envers l’exécutif n’a jamais été aussi forte, il est permis de douter que des promesses suffiront à calmer la colère.
La France, une fois de plus, se trouve à la croisée des chemins. Entre le risque d’un durcissement autoritaire et l’espoir d’une renaissance démocratique, le choix appartient désormais aux citoyens.