Macronisme : quand l’exécutif méprise la démocratie en ruse avec la volonté populaire

Par Éclipse 05/11/2026 à 07:13
Macronisme : quand l’exécutif méprise la démocratie en ruse avec la volonté populaire

François Sureau, académicien et ancien avocat, dénonce dans son dernier livre une démocratie française où l’exécutif ruse systématiquement avec la volonté populaire. Un réquisitoire cinglant contre le mépris des urnes et la stratégie de survie d’Emmanuel Macron.

Un constat sans appel : la démocratie française sous le joug des ruses institutionnelles

Alors que la France traverse une période de turbulence politique sans précédent depuis des décennies, les mécanismes démocratiques semblent de plus en plus souvent contourner la volonté exprimée par les citoyens. François Sureau, membre de l’Académie française et ancien avocat au Conseil d’État ainsi qu’à la Cour de cassation entre 2014 et 2021, dénonce avec une virulence rare dans son dernier ouvrage, L’Heure française, la tendance croissante du personnel politique à ruser avec la souveraineté populaire. Une pratique qui, selon lui, n’est plus seulement un réflexe de survie, mais une stratégie assumée pour maintenir un pouvoir en décalage avec les aspirations réelles du pays.

Publié à un moment où les institutions françaises sont plus que jamais contestées, ce livre s’inscrit dans un contexte marqué par une défiance généralisée envers les élites. Sureau, qui fut un temps proche d’Emmanuel Macron, ne mâche pas ses mots : il décrit une démocratie malmenée, où les promesses électorales se heurtent systématiquement à des réformes imposées par le haut, sans concertation véritable. Une situation qui, selon ses analyses, nourrit un ressentiment profond au sein de la population.

Le référendum de 2005 : un précédent qui pèse lourd dans les mémoires

Le premier exemple cité par François Sureau pour illustrer cette dérive remonte à 2005, lorsque les Français ont massivement rejeté par référendum le traité constitutionnel européen. Un « non » clair, sans ambiguïté, qui aurait dû, en théorie, sceller le sort du texte. Pourtant, quelques années plus tard, les mêmes orientations ont été adoptées sous une forme légèrement modifiée, via le traité de Lisbonne. Un contournement des urnes qui a laissé une trace indélébile dans l’opinion publique, souvent perçu comme un mépris flagrant pour la voix des citoyens.

Pour Sureau, ce précédent n’est pas un cas isolé, mais bien le symptôme d’une culture politique où la volonté populaire est régulièrement instrumentalisée dès lors qu’elle ne correspond pas aux desiderata de l’exécutif. Une pratique qui, note-t-il, s’est encore aggravée sous la présidence Macron, où les réformes successives – qu’il s’agisse des retraites, de l’éducation ou de la fonction publique – ont souvent été menées dans une opacité qui frise le mépris des corps intermédiaires.

2024 : le coup de massue des législatives et la réponse cynique de l’exécutif

Les élections législatives de 2024, marquées par une poussée sans précédent de l’extrême droite et une nouvelle fois par un désaveu cuisant de la majorité présidentielle, auraient dû servir de signal d’alerte pour un exécutif en perte de vitesse. Pourtant, loin de s’incliner devant le verdict des urnes, Emmanuel Macron et son entourage ont choisi une stratégie radicalement opposée : resserrer les rênes du pouvoir autour d’un premier cercle restreint, en s’appuyant sur des alliances opportunistes et des manœuvres parlementaires pour contourner les blocages institutionnels.

Dans son livre, Sureau souligne l’hypocrisie de ces mêmes responsables politiques qui, tout en critiquant avec emphase la « brutalité » des mouvements sociaux ou l’irresponsabilité des électeurs, n’hésitent pas à piétiner les règles du jeu démocratique dès lors que celles-ci les gênent. «

Les mêmes qui ruse avec la volonté populaire sermonnent sans mesure le bon peuple sur ses passions tristes, son inadaptation, sa violence, son mépris du droit de propriété, etc.
» écrit-il, soulignant ainsi le deux poids, deux mesures qui caractérise une grande partie du débat politique actuel.

Cette stratégie, selon lui, n’est pas seulement une question de survie politique, mais bien le signe d’un déficit démocratique structurel. Un système où les institutions, au lieu de servir de cadre à l’expression de la souveraineté nationale, deviennent des instruments au service d’une minorité qui refuse de céder le pouvoir, quelles qu’en soient les conséquences.

Une démocratie en crise : les racines d’un mal profond

Les analyses de François Sureau ne se limitent pas à une critique conjoncturelle du macronisme. Elles plongent leurs racines dans une remise en cause plus large des fondements mêmes de la démocratie représentative. Pour l’écrivain et juriste, le problème ne se réduit pas à la personne d’Emmanuel Macron, mais touche à l’ensemble du personnel politique, toutes tendances confondues. Une classe dirigeante qui, selon lui, a progressivement pris l’habitude de détourner les mécanismes de la représentation pour imposer ses vues, quitte à saper la confiance des citoyens dans les institutions.

Cette crise de confiance, d’ailleurs, n’est pas propre à la France. Elle s’inscrit dans un mouvement plus global, observable dans de nombreux pays européens, où les élites politiques sont régulièrement accusées de mépriser les urnes lorsque celles-ci ne leur sont pas favorables. En Hongrie, par exemple, le Premier ministre Viktor Orbán a, à plusieurs reprises, modifié la Constitution pour verrouiller son pouvoir, tandis qu’en Biélorussie, la répression systématique des opposants politiques a réduit toute velléité de contestation à néant.

Pourtant, la France se distingue par une particularité : celle d’un pays où les mécanismes démocratiques – référendums, motions de censure, motions de défiance – sont théoriquement solides, mais où leur application concrète relève souvent du coup de force institutionnel. Une contradiction qui, selon Sureau, explique en grande partie la montée des extrêmes et le climat de défiance généralisée qui règne aujourd’hui.

Les institutions à l’épreuve : un exécutif en survie permanente

Avec le gouvernement Lecornu II, en poste depuis l’été 2026, la France semble plus que jamais engagée dans une logique de gestion de crise permanente. Un exécutif affaibli, qui ne doit son maintien au pouvoir qu’à une combinaison de manœuvres parlementaires, de recours à l’article 49.3 et de négociations opaques avec des groupes politiques marginalisés. Une situation qui, pour Sureau, illustre parfaitement le déséquilibre des pouvoirs qui caractérise la Ve République sous Macron.

Le Premier ministre Sébastien Lecornu, héritier d’une tradition gaulliste recentrée, incarne à bien des égards cette stratégie de l’équilibrisme. Entre tentatives de compromis avec une gauche divisée et alliances tactiques avec la droite modérée, son gouvernement peine à incarner une vision cohérente pour le pays. Pourtant, dans l’ombre, c’est bien l’exécutif qui dicte sa loi, contournant les assemblées et ignorant les corps intermédiaires dès que cela s’avère nécessaire.

Cette centralisation excessive du pouvoir n’est pas sans conséquences. Elle alimente un sentiment d’illégitimité chez les citoyens, qui voient dans ces pratiques non plus des exceptions, mais une règle de gouvernance. Une tendance qui, si elle se poursuit, pourrait bien menacer les fondements mêmes de la République.

L’Europe, miroir des contradictions françaises

François Sureau, dans son livre, consacre une large partie de ses réflexions à la place de la France dans l’Union européenne. Un sujet qui, pour lui, est indissociable de la crise démocratique française. Car si la France a autrefois été un fer de lance de la construction européenne, son engagement actuel semble marqué par une ambivalence croissante.

D’un côté, Paris continue de défendre les valeurs fondatrices de l’UE – paix, coopération, respect des droits humains – et plaide pour une Europe plus intégrée, notamment sur les questions de défense et d’environnement. De l’autre, la France de Macron a souvent été accusée de freiner les avancées en matière de fiscalité commune ou de politique industrielle, par crainte de perdre une partie de sa souveraineté.

Cette contradiction, selon Sureau, n’est pas anodine. Elle reflète une crise de projet européen, où les grandes déclarations d’intention se heurtent à des réalités politiques nationales. Une situation qui, si elle n’est pas corrigée, pourrait bien affaiblir durablement l’Union et, par ricochet, la France elle-même.

Pourtant, l’auteur reste convaincu que l’Europe reste le meilleur rempart contre les dérives autoritaires. Contrairement à des pays comme la Russie ou la Chine, où la démocratie est systématiquement étouffée au profit d’un pouvoir centralisé, l’UE offre un cadre où les droits fondamentaux sont protégés – du moins en théorie. Une protection que la France, malgré ses dérives internes, a encore les moyens de préserver, à condition de réformer en profondeur ses institutions.

Et demain ? Les scénarios d’un avenir incertain

Alors que la France se dirige vers une échéance présidentielle cruciale – dans moins d’un an – les perspectives pour l’avenir du pays s’annoncent particulièrement sombres. Les sondages donnent une avance confortable à l’extrême droite, tandis que la gauche, divisée et affaiblie, peine à proposer une alternative crédible. Quant au centre, il semble englué dans des querelles internes et une stratégie de survie qui ne convainc plus grand monde.

Dans ce contexte, l’ouvrage de François Sureau apparaît comme un signal d’alarme. Non seulement il rappelle que les dérives démocratiques ne sont pas une fatalité, mais il propose aussi une réflexion sur les moyens de réconcilier les citoyens avec leurs institutions. Une tâche ardue, mais indispensable, si la France veut éviter de basculer dans un autoritarisme larvé ou, à l’inverse, dans une instabilité chronique.

Pour Sureau, la solution passe nécessairement par un retour à la transparence, une réforme des modes de scrutin et une reconnaissance de la place des corps intermédiaires. Des mesures qui, bien que nécessaires, semblent aujourd’hui lointaines dans un paysage politique où les calculs électoraux priment sur l’intérêt général.

Une chose est sûre : la France de 2026 n’est plus celle de 2017. Les illusions d’un « en même temps » salvateur se sont dissipées, laissant place à un pays profondément divisé, où la démocratie semble de plus en plus souvent un écran de fumée plutôt qu’un pilier de la République.

À propos de l'auteur

Éclipse

Les affaires étouffées, les scandales enterrés, les lanceurs d'alerte persécutés : je m'intéresse à tout ce que le pouvoir voudrait garder dans l'ombre. J'ai reçu des menaces, des pressions, des tentatives d'intimidation. Ça ne m'arrêtera pas. La transparence démocratique n'est pas négociable. Quand un élu détourne de l'argent public, quand une entreprise pollue en toute impunité, quand un ministre ment au Parlement, les citoyens ont le droit de savoir. Je suis là pour ça. Et je ne lâcherai rien

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Quimperlé

il y a 4 minutes

Macron qui méprise la démocratie ? Pfff, c'est juste la spécialité de la Ve depuis De Gaulle. Démocratie participative ? Plus personne y croit après les Gilets jaunes.

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