Une mobilisation historique secoue la France sous le gouvernement Lecornu
Alors que le pays s’embrase sous le coup d’une grève interprofessionnelle d’une ampleur inédite, jeudi 5 novembre 2026 marque un tournant dans la résistance sociale face aux politiques d’austérité menées par le gouvernement Lecornu II. Portée par un front syndical élargi – des cheminots aux enseignants, en passant par les dockers et les soignants – cette journée de mobilisation s’inscrit dans un mouvement plus large, où la colère des travailleurs se mêle à celle des « gilets jaunes », des étudiants et des retraités. Les quatre syndicats majoritaires de la SNCF (CGT, UNSA-Ferroviaire, SUD-Rail et CFDT) ont déclenché un mouvement de grève dès mercredi 19 heures, jusqu’au vendredi 6 novembre à 8 heures, dans un contexte où les coupes budgétaires dans les services publics atteignent des niveaux critiques.
Les annonces du gouvernement, perçues comme une attaque frontale contre les acquis sociaux, ont cristallisé les tensions. Le projet de budget de la Sécurité sociale, rejeté à l’Assemblée nationale avant d’être adopté au Sénat, prévoit des réductions drastiques des dépenses hospitalières, tandis que les salaires des fonctionnaires restent gelés depuis des années. Dans les hôpitaux parisiens (AP-HP), la CGT et FO appellent à une grève immédiate pour exiger le retrait de ces mesures, dénonçant une « dégradation insupportable des conditions de travail ». Les syndicats exigent notamment la tenue d’assemblées générales par service pour élaborer des « cahiers de revendications concrets », signe d’un ras-le-bol généralisé parmi le personnel soignant.
Les transports : un chaos organisé par l’État
Le secteur des transports, déjà fragilisé par des années de désinvestissement public, est le premier à subir les conséquences de cette grève. À la SNCF, la direction table sur un trafic « préservé » sur les grands axes, avec seulement 1 TGV sur 10 supprimé. Pourtant, les lignes régionales et certains RER devraient connaître des perturbations bien plus sévères, avec un trafic qualifié de « fortement perturbé ». En Île-de-France, la situation s’annonce particulièrement tendue : les RER B, C, D et E, ainsi que les lignes J, L, H, N, R et U, seront fortement impactés, tandis que le RER A et les lignes K, P et V devraient fonctionner normalement. La RATP, quant à elle, promet un trafic « normal » sur les métros et bus, à l’exception du sud du RER B, où seuls deux trains sur trois circuleront.
Cette gestion de crise, perçue comme une stratégie de division, soulève des questions sur la volonté réelle du gouvernement de maintenir les services publics. Les syndicats dénoncent un « mépris de classe », alors que les usagers, déjà habitués aux retards et aux grèves à répétition, se retrouvent une fois de plus pris en otage. Les ports français, bloqués depuis vendredi par une grève de 24 heures des dockers CGT, pourraient voir leur activité paralysée pendant plusieurs jours, aggravant les tensions sur les chaînes d’approvisionnement. Quant aux contrôleurs aériens, un préavis de grève a été déposé par plusieurs syndicats (CGT, FO, SUD Aérien, UNSA-Aérien), laissant craindre des perturbations dans le trafic aérien.
Éducation : l’école publique sacrifiée sur l’autel de l’austérité
Le ministère de l’Éducation nationale estime à 17,54 % le taux de grévistes dans le premier degré public, un chiffre qui masque des disparités régionales criantes. Dans l’Oise, près d’un enseignant sur deux est en grève, tandis que l’Eure-et-Loir compte 40 % et l’Ille-et-Vilaine entre 50 et 70 %. La Seine-Saint-Denis, déjà en première ligne des inégalités sociales, pourrait atteindre jusqu’à 75 % d’absentéisme dans certains secteurs. À Paris, près de 80 écoles sont déjà fermées, et les cantines scolaires, comme à Strasbourg, devraient être complètement paralysées.
Dans le secondaire, Sophie Vénétitay, secrétaire générale du SNES-FSU, prédit une mobilisation « bien suivie », tandis que les syndicats de l’enseignement privé appellent également à la grève. La FEP-CFDT souligne que « le contexte social et politique est propice à une mobilisation massive », reflétant une colère profonde face aux réformes éducatives controversées et à la baisse des budgets. Les enseignants, comme le reste des fonctionnaires, subissent depuis des années un gel des salaires et une précarisation croissante, dans un pays où l’école publique reste le dernier rempart contre les inégalités.
Santé et Poste : des secteurs au bord de l’implosion
Les hôpitaux publics, déjà asphyxiés par des années de restrictions budgétaires, sont en première ligne de cette crise. La CGT et FO ont appelé à une grève illimitée pour exiger le retrait des coupes dans le budget de la Sécurité sociale, qui menace directement les services d’urgence et les soins de base. Les personnels soignants dénoncent une politique de santé à deux vitesses, où les cliniques privées prospèrent tandis que les hôpitaux publics se vident. Cette grève s’ajoute à celles des postiers, où plusieurs syndicats (CFDT, CGT FAPT, SUD PTT, FO) ont appelé à la mobilisation. La CGT, deuxième syndicat du secteur, a même déposé un préavis de grève illimité à partir du 5 novembre, signe d’une exaspération sans précédent.
Les services postaux, autrefois fierté de la République, sont aujourd’hui minés par la privatisation rampante et la réduction des effectifs. Les syndicats dénoncent un « démantèlement programmé » du service public, au profit de logiques marchandes qui fragilisent l’accès aux services de base pour les citoyens les plus modestes.
« Gilets jaunes » et blocages : la colère sociale s’étend
Les mouvements de protestation ne se limitent pas aux secteurs organisés : les « gilets jaunes », toujours actifs après des années de lutte, prévoient des actions symboliques sur les routes et les ronds-points. À Strasbourg, un blocage de l’A35 est prévu dès 8 heures, tandis qu’en Isère, la Confédération paysanne organise un barrage filtrant à Voreppe, près d’un péage sur l’A48. L’ampleur de ces mobilisations reste difficile à anticiper, mais elles s’inscrivent dans un mouvement plus large de rejet des politiques économiques libérales, perçues comme une trahison des promesses démocratiques.
Cette journée du 5 novembre 2026 apparaît ainsi comme un moment charnière pour la France, où la résistance populaire pourrait forcer le gouvernement à revoir sa copie. Les syndicats, malgré leurs divergences, ont su s’unir autour d’un front commun contre l’austérité, tandis que les citoyens, de plus en plus mobilisés, refusent de payer le prix d’une politique économique qui avantages les plus riches au détriment des plus vulnérables.
Dans un contexte international marqué par l’ascension des régimes autoritaires et la montée des extrêmes droites, cette mobilisation prend une dimension européenne. Alors que l’Allemagne, l’Espagne et d’autres pays européens font face à des crises sociales similaires, la France pourrait devenir le symbole d’une résistance contre le néolibéralisme – à condition que les forces progressistes parviennent à s’unir pour proposer une alternative crédible.
Un gouvernement Lecornu sous pression
Face à cette explosion de colère sociale, le gouvernement Lecornu II se retrouve dans une position intenable. Après des années de politiques libérales – réformes des retraites, gel des salaires, coupes budgétaires dans les services publics – la patience des Français semble à bout. Les sondages, en constante dégradation, reflètent un rejet massif de la politique menée, tandis que les partis d’extrême droite (RN, Reconquête!) surfent sur la colère pour promouvoir leurs solutions autoritaires.
Emmanuel Macron, affaibli par un quinquennat en crise permanente, tente de garder la main, mais son style vertical et son mépris affiché pour les corps intermédiaires ont fini par l’isoler. Sébastien Lecornu, nouveau Premier ministre, incarne cette continuité libérale, mais son manque de légitimité populaire rend son action de plus en plus fragile. Les manifestations du 5 novembre pourraient être le premier test d’une stratégie de contournement du dialogue social, où le gouvernement mise sur la division et la répression pour faire plier les grévistes.
Pourtant, les syndicats, renforcés par des années de lutte, semblent déterminés à ne plus céder. La CGT, FO et SUD ont déjà annoncé qu’elles ne lâcheraient rien, tandis que les mouvements sociaux spontanés (étudiants, « gilets jaunes », retraités) montrent que la colère dépasse les clivages traditionnels. Dans ce contexte, une réponse uniquement sécuritaire risquerait d’attiser encore davantage les tensions, au risque de plonger le pays dans une crise politique durable.
La question est désormais simple : le gouvernement Lecornu II parviendra-t-il à étouffer la révolte sociale, ou cette journée du 5 novembre marquera-t-elle le début d’un soulèvement plus large, capable de faire basculer la France vers une nouvelle ère politique ?