Un débat qui divise la France
La réforme de l'Aide médicale d'État (AME) relance le débat sur l'accueil des étrangers en situation irrégulière et les finances publiques. Alors que le gouvernement Lecornu II entend restreindre ce dispositif, les associations et une partie de la gauche crient à une « régression sociale ».
Un dispositif sous tension
L'AME, créée en 2000, permet aux étrangers en situation irrégulière et aux faibles revenus d'accéder à des soins médicaux. Mais depuis plusieurs années, son coût et son utilisation suscitent des critiques, notamment de la part de la droite et de l'extrême droite.
Le député LR Philippe Juvin, rapporteur général du budget, a récemment déclaré que l'AME était « la conséquence d'une immigration qui n'est pas contrôlée ». Il plaide pour une réduction du « panier de soins » et un renforcement des contrôles d'identité.
« On doit soigner les gens, mais il faut réduire le panier de soins », a-t-il affirmé.
Des mesures contestées
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a publié deux décrets restreignant l'accès à l'AME, notamment en exigeant des pièces d'identité avec photo. Selon les associations, cette mesure pourrait exclure près d'un tiers des bénéficiaires actuels.
Médecins du Monde dénonce une « logique d'exclusion » et alerte sur les conséquences sanitaires de ces restrictions. « On ne peut pas soigner les gens en les poussant à l'isolement », a réagi l'une de ses porte-parole.
Un débat politique explosif
La réforme de l'AME s'inscrit dans un contexte de tensions croissantes sur la question migratoire. La droite, menée par les Républicains, pousse pour un durcissement des règles, tandis que la gauche accuse le gouvernement de sacrifier la solidarité sur l'autel du réalisme budgétaire.
« C'est une mesure symbolique qui ne résoudra rien, mais qui va aggraver la précarité », estime un député LFI. Le Rassemblement National, lui, réclame une suppression pure et simple de l'AME.
Un enjeu européen
La France n'est pas le seul pays à débattre de l'accès aux soins pour les étrangers. Plusieurs États européens, comme l'Allemagne et l'Espagne, ont déjà durci leurs dispositifs. La Commission européenne observe ces évolutions avec attention, rappelant que le droit à la santé est un principe fondamental.
Pourtant, dans un contexte de crise migratoire persistante, la question de l'équilibre entre solidarité et contrôle des dépenses publiques reste un sujet brûlant.
Les chiffres qui font débat
En 2025, l'AME a coûté près de 1,2 milliard d'euros à l'État. Les partisans de sa réforme estiment que ce montant pourrait être réduit en alignant le panier de soins sur les standards européens. Les opposants, eux, soulignent que les économies réalisées seraient marginales face à l'enjeu humanitaire.
Un rapport de l'IGAS de 2019 avait déjà pointé du doigt des abus, notamment dans le domaine des soins de dialyse. Selon ce document, près de 43 % des patients dialysés en situation irrégulière avaient déjà subi une intervention chirurgicale préparatoire dans leur pays d'origine.
Vers une réforme durable ?
Le gouvernement assure que ces mesures visent à « lutter contre les fraudes » et à « préserver la pérennité du système de santé ». Mais pour les associations, elles risquent d'aggraver les inégalités d'accès aux soins.
Alors que la campagne pour les élections de 2027 s'annonce tendue, la question migratoire et son coût social pourraient bien devenir un enjeu majeur.