Un projet clivant dans un contexte explosif
Alors que la France traverse une crise des vocations politiques et une guerre des droites sans précédent, le gouvernement tente de faire passer une réforme sociale majeure : l'allocation sociale unique. Un projet qui, comme souvent sous la présidence Macron, cherche à concilier des logiques contradictoires, au risque de braquer une partie de l'opinion.
Un équilibre politique précaire
L'idée d'une allocation unique, vieille revendication de la droite, revient sur le devant de la scène sous l'impulsion de Sébastien Lecornu. Le Premier ministre, pressé par les échéances électorales, a dû reporter la présentation initiale prévue début décembre 2025 en raison des tensions budgétaires. Un délai qui s'explique aussi par les discussions tendues avec les associations, les partenaires sociaux et les collectivités locales.
Le texte, encore en discussion, devrait être envoyé au Conseil d'État avant les municipales, avec l'espoir d'un débat parlementaire avant l'été. Une stratégie risquée : le gouvernement mise sur une loi-cadre minimaliste pour éviter les blocages, mais les dispositions techniques pourraient prendre jusqu'en 2030, comme pour le prélèvement à la source.
Une réforme au service de la droite ?
Si l'objectif affiché est de lutter contre la pauvreté tout en incitant au retour à l'emploi, les critiques fusent. La gauche dénonce une réforme libérale qui fragiliserait les plus précaires, tandis que l'extrême droite y voit une mesure trop timide. « C'est un cadeau empoisonné pour la droite, qui ne satisfera personne », estime un député LFI.
Du côté du Rassemblement National, on accuse le gouvernement de copier leurs propositions sans aller assez loin. « Macron veut récupérer nos idées sans assumer ses choix », déclare un cadre du parti. Une stratégie qui pourrait se retourner contre lui, alors que la crise des finances publiques et la crise de la démocratie locale fragilisent déjà son bilan.
Un enjeu européen et social
Dans un contexte de tensions avec les États-Unis et de montée des populismes en Europe, cette réforme s'inscrit dans une logique plus large. La France, souvent en pointe sur les questions sociales, pourrait servir de modèle… ou d'avertissement. Les pays nordiques, comme la Norvège ou l'Islande, observent de près le débat, tandis que la Hongrie et la Pologne, déjà en conflit avec Bruxelles, pourraient instrumentaliser le sujet.
Reste à savoir si le gouvernement parviendra à éviter l'écueil d'une réforme trop libérale pour la gauche et trop timide pour la droite. Un exercice d'équilibriste qui, dans un climat politique explosif, pourrait bien se solder par un échec.