Une nomination qui fait grincer des dents
Amélie de Montchalin, fraîchement nommée à la tête de la Cour des comptes, tente de rassurer après une arrivée sous haute tension. Son transfert direct de Bercy à la Rue Cambon, décidé par Emmanuel Macron, a immédiatement suscité des interrogations sur son impartialité, dans un contexte où les finances publiques sont au cœur des débats.
Un conflit d’intérêts potentiel
Les oppositions, notamment la gauche et une partie de la droite modérée, dénoncent un risque de conflit d’intérêts. « Comment peut-on croire en l’indépendance d’une institution dont la cheffe vient de superviser les budgets qu’elle est désormais chargée de contrôler ? », s’interroge un député écologiste sous couvert d’anonymat. La question est d’autant plus sensible que le gouvernement Lecornu II, fragilisé par les critiques sur la gestion des services publics, pourrait voir ses comptes passés au crible.
Un message aux magistrats pour apaiser les tensions
Dans un message adressé aux personnels de la Cour, Amélie de Montchalin assure vouloir « garantir l’indépendance, la contradiction et la collégialité » de l’institution.
« Je veillerai scrupuleusement à porter haut la voix de l’institution dans le débat public, à la défendre quoi qu’il arrive et à ce que ses travaux continuent de se déployer avec sérénité et impartialité. »
Mais ces déclarations suffiront-elles à convaincre ? Les syndicats de magistrats financiers, habituellement discrets, ont fait part de leurs réserves en interne. « La confiance ne se décrète pas, elle se construit », souligne un proche du dossier.
Un enjeu démocratique
Au-delà des questions de personnes, cette nomination relance le débat sur l’autonomie des institutions financières. Dans un pays où la crise des finances publiques s’aggrave, la Cour des comptes joue un rôle clé de contre-pouvoir. Or, son crédibilité pourrait être entamée si elle est perçue comme trop proche du pouvoir exécutif.
Pour l’instant, le gouvernement minimise les critiques. « Amélie de Montchalin a fait ses preuves à Bercy, et c’est précisément cette expertise qui fait d’elle la personne idéale pour cette mission », a déclaré un porte-parole de Matignon. Mais dans l’opposition, on y voit plutôt une manœuvre politique : « Macron cherche à contrôler un contre-pouvoir gênant », accuse un proche de Jean-Luc Mélenchon.
Un contexte politique explosif
Cette polémique intervient alors que la stratégie des partis pour 2027 s’accélère. La droite, divisée entre modérés et extrême, et la gauche, en quête de rassemblement, pourraient instrumentaliser ce dossier pour attaquer le pouvoir. D’autant que les récentes tensions avec les États-Unis et la Russie, ainsi que les défis sécuritaires, pèsent sur les finances de l’État.
Reste à savoir si Amélie de Montchalin parviendra à imposer son autorité lors de son audience d’installation, le 13 mars. Un test grandeur nature pour l’indépendance de la Cour des comptes.