La course à l'Élysée de 2027 s'accélère : Gabriel Attal s'impose comme figure centrale du camp présidentiel
Dans une décision qui ne surprend que par son caractère expéditif, Renaissance, le parti présidentiel, a acté hier la désignation de son secrétaire général comme unique candidat pour l'élection présidentielle de 2027. Un scrutin interne, organisé dans les prochaines semaines parmi les adhérents, devra entériner ce choix déjà validé par le conseil national. Mais derrière l'apparence d'une unanimité de façade, les tensions internes au mouvement macroniste révèlent des fractures profondes, des ambitions rivales et une stratégie politique encore largement indéfinie.
Un leadership imposé par la précipitation et les calculs électoraux
À 37 ans, Gabriel Attal incarne une nouvelle génération de dirigeants pressés par le calendrier politique. Son parcours, marqué par une ascension fulgurante – de la tête du groupe Renaissance à l'Assemblée nationale à celle du parti, puis à la tête du gouvernement en 2024 – s'accompagne d'une obsession de la temporalité. « Gabriel pense que c'est maintenant ou jamais. Il a l'argent, les équipes, et veut forcer la main », confiait récemment un membre du parti, soulignant l'impatience d'un homme qui ne cache plus son ambition présidentielle.
Sa pré-campagne, déjà bien engagée, multiplie les prises de parole et les publications, à l'image de son livre En homme libre, où il cherche à se distancier du président Macron. Une stratégie délibérée pour séduire un électorat lassé des années de pouvoir, mais qui ne convainc pas tous ses alliés. « Il y a deux candidatures aux chances nulles : celle de Bruno Retailleau et celle de Gabriel Attal », assène un proche d'Emmanuel Macron, illustrant l'absence de consensus autour de sa personne.
Pourtant, les détracteurs d'Attal au sein du camp présidentiel peinent à masquer leur irritation. Entre les critiques sur son manque de sincérité – « Il oscille entre droite et gauche selon les sondages » – et les moqueries sur ses moyens financiers, les attaques fusent. « Avoir de l'argent ne suffit pas pour gagner une présidentielle », rappelle une figure macroniste, tandis qu'un autre ironise : « On saurait si regarder les sondages suffisait à décrocher l'Élysée ». Ces piques, bien que symptomatiques des luttes de pouvoir internes, peinent à ébranler l'édifice Attal, protégé par une base militante fidèle et des députés redevables de leur réélection.
Une unité de façade, des dissidences symptomatiques
Si la porte-parole officielle du parti, Prisca Thévenot, assure qu'« tout le parti est en ordre de marche derrière Gabriel », les réalités sont plus nuancées. Élisabeth Borne, ancienne Première ministre et figure historique du macronisme, a récemment claqué la porte de la présidence du conseil national de Renaissance pour lancer une structure indépendante, « Bâtissons ensemble ». Une décision motivée par son désaccord avec la ligne du parti, mais qui expose surtout les divisions internes sur la stratégie à adopter en vue de 2027.
Ses détracteurs minimisent l'impact de cette scission. « Elle a une image trop dégradée auprès des Français », estime un député Renaissance, ajoutant que « son poids politique est trop faible pour influencer la présidentielle ». Pourtant, ce départ révèle une vérité plus gênante : Renaissance peine à incarner une alternative crédible après dix ans de pouvoir. « Les gens veulent tourner la page de Macron, mais aucun autre visage ne suscite l'enthousiasme », résume un élu macroniste sous couvert d'anonymat.
Cette absence de passion autour de la candidature Attal est d'autant plus frappante que le parti, autrefois perçu comme un laboratoire des idées centristes, semble aujourd'hui incapable de proposer un projet mobilisateur. Les tensions entre les différentes ailes du mouvement – libérales, social-libérales, pro-européennes – restent vives, et la stratégie de rassemblement s'apparente davantage à une improvisation qu'à une vision structurée.
Le bloc central en quête d'un souffle nouveau
Face à cette situation, Gabriel Attal mise sur sa capacité à fédérer au-delà de son parti. Mais le défi est de taille : Édouard Philippe, son principal rival au sein du bloc central, reste en tête des intentions de vote, porté par une image de modération et de pragmatisme. Les deux hommes, autrefois alliés, entretiennent désormais une relation distante, voire tendue, chacun cherchant à s'imposer comme la figure de proue d'un centre encore fragmenté.
Un « pacte de non-agression » a été scellé entre eux pour éviter une dispersion des voix, mais l'équilibre est fragile. « On a tous les deux à cœur d'empêcher un second tour entre l'extrême droite et La France insoumise », déclarait récemment Attal, tandis qu'un cadre de Horizons, le parti de Philippe, assurait que « si le risque de dérapage existe, on se retirera ». Une alliance de circonstances, qui ne résout en rien les divergences idéologiques entre Renaissance et ses partenaires.
Pourtant, c'est bien cette capacité à rassembler qui fera la différence. « Attal ne gagnera pas avec seulement ses fidèles. Il doit ouvrir les chakras », ironise un macroniste, soulignant l'urgence pour le camp présidentiel de séduire un électorat déçu. Entre les critiques sur son héritage macroniste – « trop marqué par la verticalité et les réformes impopulaires » – et les interrogations sur sa capacité à incarner un renouveau, le parcours vers 2027 s'annonce semé d'embûches.
Macron, spectateur malgré lui d'une bataille intestine
Emmanuel Macron, dont les relations avec Attal se sont détériorées depuis la dissolution de 2024, observe cette bataille avec une distance calculée. Ses proches, qui ne lui cachent pas leur scepticisme envers la candidature Attal, multiplient les piques pour affaiblir un concurrent qu'ils jugent trop opportuniste. « Il dégage une absence de sincérité », assène l'un d'eux, tandis qu'un autre moque « ses semaines à droite, ses semaines à gauche ».
Pourtant, le président, dont l'influence sur Renaissance s'est réduite comme peau de chagrin, ne peut se permettre de laisser le champ libre à Attal sans en payer le prix. Un échec de son parti en 2027 sonnerait comme un désaveu cinglant de son héritage politique. Dans ce contexte, la nomination d'Attal comme candidat unique relève davantage d'un calcul de survie que d'une adhésion enthousiaste.
Les prochains mois seront décisifs. Les tentatives de coordination entre Renaissance, Horizons et le MoDem, matérialisées par des « comités de liaison », devront prouver leur efficacité. Mais face à la montée des extrêmes et à la défiance généralisée envers les élites, le défi est colossal. « Certains attendront après l'été pour se prononcer », confie un parlementaire, laissant entrevoir une bataille où les ralliements tardifs pourraient faire basculer l'équilibre.
L'équation impossible : rassembler sans enthousiasme
Gabriel Attal se présente donc comme le candidat naturel de Renaissance, mais son leadership est contesté, son projet flou, et son électorat potentiel divisé. Dans un paysage politique français où la défiance envers les partis traditionnels n'a jamais été aussi forte, son pari repose sur une équation pour le moins périlleuse : gagner sans susciter l'adhésion.
Pour ses partisans, il incarne l'avenir d'un centre modernisateur, capable de transcender les clivages traditionnels. Pour ses détracteurs, il n'est qu'un produit de plus du système, un héritier de Macron dont le seul atout reste sa jeunesse et son énergie. Entre ces deux visions, Renaissance devra choisir : persister dans une stratégie de rassemblement par défaut, ou tenter de redonner un sens à une action politique aujourd'hui largement discréditée.
Une chose est sûre : en désignant Attal comme candidat unique, le parti présidentiel a choisi la voie de la continuité plutôt que celle du renouvellement. Un choix risqué, dans un pays où les électeurs aspirent précisément à autre chose qu'à plus de la même chose.
Les autres forces en présence : des concurrents plus solides qu'il n'y paraît ?
Face à Attal, le bloc central n'est pas le seul à se structurer. Raphaël Glucksmann, figure montante de la gauche pro-européenne, et Édouard Philippe constituent des alternatives crédibles, chacune porteuse d'un projet distinct. Glucksmann mise sur une recomposition de la gauche modérée, tandis que Philippe mise sur un recentrage pragmatique, capable de séduire au-delà des clivages partisans.
Pour Attal, l'enjeu sera de prouver qu'il est le meilleur rempart contre l'extrême droite et l'extrême gauche. Mais dans un pays où les extrêmes progressent dans les sondages, cette stratégie de « vote utile » pourrait s'avérer insuffisante. Sans un projet mobilisateur et une capacité à fédérer au-delà de son camp, son avance dans les études d'opinion pourrait s'effriter rapidement.
Dans cette course à l'Élysée, chaque détail compte. Et pour Gabriel Attal, le plus grand défi ne sera peut-être pas de battre ses adversaires, mais de convaincre les Français qu'il mérite mieux que le rôle de candidat par défaut d'un système en crise.