Yaël Braun-Pivet claque la porte à Macron : "Nos méthodes sont catastrophiques"

Par Aurélie Lefebvre 07/05/2026 à 10:19
Yaël Braun-Pivet claque la porte à Macron : "Nos méthodes sont catastrophiques"

Yaël Braun-Pivet, présidente de l'Assemblée, claque la porte à la méthode Macron : « Trop vertical, l'Assemblée ignorée ». Critique de la ligne Attal et appel à une démocratie partagée alors que le pouvoir d'achat s'effondre.

Crise démocratique à l'Assemblée : Braun-Pivet pointe l'échec de la verticalité du pouvoir macroniste

La présidente de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, a livré ce jeudi 7 mai 2026 une autocritique cinglante sur la gestion du pouvoir sous Emmanuel Macron, lors de son passage dans l'émission Les 4 Vérités. Dans un aveu rare de la part d'une figure centrale de Renaissance, elle a reconnu que la méthode présidentielle avait été « trop verticale », que l'Assemblée nationale avait été « ignorée », et que les résultats de cette gouvernance étaient « collectivement catastrophiques ».

Alors que Sébastien Lecornu, Premier ministre, s'apprête à présenter un nouveau plan économique ce soir pour tenter de juguler la crise du pouvoir d'achat qui frappe les Français, Braun-Pivet a mis en lumière l'échec d'un système où les décisions ont été prises sans concertation, où « les référendums et les consultations populaires ont été systématiquement écartés ». Une critique qui résonne comme un aveu d'impuissance face à la défiance croissante des citoyens envers leurs institutions.

L'Assemblée nationale sacrifiée sur l'autel d'un pouvoir solitaire

Yaël Braun-Pivet, figure historique du macronisme, a choisi ce créneau pour distiller une critique frontale et inédite contre la ligne politique portée par Gabriel Attal et le gouvernement actuel. Sans nommer directement l'exécutif, elle a pointé du doigt une « logique de communication » qui a transformé Renaissance en une « agence de com’ » plutôt qu'en un parti de débat et de proposition. Une sortie qui s'ajoute aux tensions internes au camp présidentiel, après le départ fracassant d'Élisabeth Borne, qui a dénoncé une « dérive autocratique ».

« Nous avons fait des choses extraordinaires, mais aussi des choses catastrophiques. Il faut avoir l'honnêteté de le reconnaître. Le pouvoir a été trop vertical, l'Assemblée n'a pas été assez écoutée. On n'a pas réussi à faire vivre la démocratie parlementaire, sociale, ni même citoyenne. Pas de référendum, pas de consultation. C'est extrêmement regrettable. »

Cette prise de position intervient alors que le pays traverse une crise de représentation sans précédent, avec une défiance historique envers les élites politiques. Braun-Pivet, qui incarne une ligne plus institutionnelle au sein de Renaissance, a insisté sur la nécessité de rééquilibrer les pouvoirs en faveur du Parlement, des collectivités locales et des citoyens. Une position qui contraste avec le style vertical de l'exécutif macroniste, souvent accusé de mépriser les corps intermédiaires.

Le gouvernement face à l'urgence économique : entre aides ciblées et impuissance budgétaire

Alors que Lecornu doit réunir ses ministres ce soir pour ajuster sa stratégie économique, Braun-Pivet a rappelé l'urgence d'agir face à une inflation persistante et à une crise du pouvoir d'achat qui s'étend aux vacances des Français. Interrogée sur la taxation des superprofits, notamment ceux de TotalEnergies, elle a tempéré les attentes : « La taxation des superprofits a un effet très dilué et lointain. Ce qui compte aujourd'hui, c'est d'agir vite pour aider les Français qui souffrent. »

Une position pragmatique, mais qui laisse entrevoir les limites budgétaires de l'État, contraintes par des finances publiques exsangues. Braun-Pivet a plaidé pour des aides « ciblées », excluant toute dilution des efforts dans un « arrosage du sable » inefficace. Elle a également appelé les entreprises, raffineurs et distributeurs à prendre leur part de l'effort collectif, notamment via des mesures comme le télétravail pour limiter la consommation d'énergie. Une approche qui, si elle évite les mesures radicales, risque de laisser des pans entiers de la population sur le carreau.

Pourtant, les signaux d'alerte se multiplient : les réservations dans les campings chutent, les ménages reportent leurs projets de vacances, et la colère sociale gronde. Les appels à une taxation plus forte des géants énergétiques, comme Total, se heurtent à la réalité d'une économie française déjà asphyxiée par le coût du travail et les prélèvements obligatoires. Dans ce contexte, le gouvernement semble condamné à des ajustements marginaux, loin des mesures structurelles promises.

Renaissance en pleine implosion ? Braun-Pivet défie la ligne Attal

La sortie de Braun-Pivet marque une nouvelle étape dans la guerre des egos et des lignes politiques au sein de Renaissance, alors que les élections de 2027 se profilent. Entre ceux qui défendent une ligne libérale et pro-européenne, et ceux qui prônent un recentrage plus social, les tensions sont palpables. Braun-Pivet, qui se revendique d'une « marcheuse née », a tenté de se positionner comme une force de modération, appelant à un « partage des responsabilités » plutôt qu'à une concentration du pouvoir.

Son intervention intervient après celle d'Élisabeth Borne, qui a quitté les instances du parti en dénonçant une « agence de com’ » au service d'un seul homme. Une critique qui vise directement Gabriel Attal, dont l'influence croissante au sein de Renaissance est perçue comme une menace par une partie de la vieille garde macroniste. Braun-Pivet, elle, a refusé de tomber dans la polémique personnelle, préférant pointer les défauts structurels du système plutôt que les individus. Une stratégie habile pour préserver son image, mais qui ne suffira peut-être pas à éviter un éclatement du parti avant 2027.

Face à la montée des extrêmes et à la défiance des Français, Renaissance semble plus que jamais divisé entre ceux qui croient encore à une « démocratie apaisée » et ceux qui préfèrent l'efficacité à tout prix. Une équation impossible à résoudre sans un changement radical de méthode.

Les commissions d'enquête à l'Assemblée : vers plus de transparence ?

Yaël Braun-Pivet a également évoqué la nécessité de réformer le fonctionnement des commissions d'enquête à l'Assemblée, après les tensions observées lors de celle sur l'audiovisuel public. Elle a confirmé son intention de renforcer leur cadre déontologique, notamment en clarifiant les rôles entre rapporteurs et présidents, et en limitant les débordements médiatiques. Une réforme qui, si elle est adoptée, pourrait redonner un peu de crédibilité à une institution souvent perçue comme un théâtre politique.

« On peut mener des travaux d'enquête plus sereinement, plus discrètement. C'est ce que font tous les autres, quels que soient les partis. Moi, j'aimerais que ça soit généralisé à tous les sujets. »

Une proposition qui tombe à point nommé, alors que l'Assemblée est régulièrement pointée du doigt pour son manque de transparence et son goût pour les polémiques stériles. Pourtant, sans une réelle volonté de la part des partis de jouer le jeu de la concertation, ces réformes risquent de rester lettre morte.

Crise économique : le gouvernement Lecornu entre l'enclume et le marteau

Alors que la France s'enfonce dans une crise économique et sociale aux multiples facettes, Sébastien Lecornu s'apprête à présenter ce soir un nouveau plan pour tenter de calmer le jeu. Entre la nécessité de soutenir le pouvoir d'achat et les contraintes budgétaires, le gouvernement marche sur un fil. Les aides ciblées, prônées par Braun-Pivet, pourraient soulager une partie de la population, mais risquent de laisser des millions de Français sur le côté.

Dans un contexte où l'inflation reste élevée et où les inégalités se creusent, la question de la justice fiscale revient sur le devant de la scène. La taxation des superprofits, déjà mise en place pour les énergéticiens, pourrait-elle s'étendre à d'autres secteurs ? Braun-Pivet a laissé la porte entrouverte, tout en rappelant que l'urgence était aujourd'hui de « faire des choses immédiates ». Une position qui, si elle évite les débats idéologiques, pourrait s'avérer insuffisante face à l'ampleur des problèmes.

Pourtant, les signaux sont au rouge : les ménages réduisent leurs dépenses, les entreprises reportent leurs investissements, et la confiance dans l'action publique s'effrite. Dans ce contexte, le gouvernement Lecornu II doit faire preuve d'imagination pour éviter un hiver social explosif. Une tâche rendue encore plus difficile par la division de la majorité présidentielle et l'absence de vision à long terme.

Vers une refonte des pratiques politiques ?

L'intervention de Yaël Braun-Pivet ne se limite pas à une critique conjoncturelle. Elle s'inscrit dans une remise en question plus large des pratiques politiques en France, où le pouvoir exécutif a souvent eu tendance à marginaliser le Parlement et les corps intermédiaires. Son appel à une « démocratie partagée » et à une meilleure écoute des citoyens résonne comme un écho aux revendications portées par les Gilets jaunes et les mouvements sociaux récents.

Pourtant, le chemin sera long. Entre les habitudes prises par l'exécutif, les divisions de la majorité et l'urgence des crises qui s'accumulent, la France peine à inventer un nouveau modèle de gouvernance. Les propositions de Braun-Pivet, si elles sont louables, restent à concrétiser. Et le temps presse.

Alors que les élections municipales approchent et que la perspective de 2027 se précise, une question se pose : Renaissance, miné par ses divisions internes, parviendra-t-il à se réinventer avant qu'il ne soit trop tard ?

Une chose est sûre : l'heure des constats est terminée. Il est temps d'agir.

À propos de l'auteur

Aurélie Lefebvre

Lassée de ne pas avoirs d'informations fiables sur la politique française, j'ai décidé de créer avec Mathieu politique-france.info ! Je m'y consacre désormais à plein temps, pour vous narrer les grands faits politique du pays et d'ailleurs. Je lis aussi avec plaisir les articles de politique locale que VOUS écrivez :)

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Commentaires (4)

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Enlightenment

il y a 1 semaine

Mouais. Tout ça pour ça. On a une présidente d’Assemblée qui découvre que Macron est vertical ? Mouais. Comme si elle n’était pas au courant avant de prendre le job. Bof. Et puis bon, entre nous, elle a pas mal profité du système elle aussi... m’enfin.

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Lacannerie

il y a 1 semaine

Encore une fois, on a le spectacle d’une majorité qui se déchire. Entre Braun-Pivet qui joue les rebelles et Macron qui continue en mode autiste... C’est ballot. Perso, j’ai plus l’impression de regarder une mauvaise série Netflix qu’un pays qui se gouverne. Bon. Encore un épisode perdu.

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Prologue48

il y a 1 semaine

Yaël Braun-Pivet qui critique Macron en public, c’est du jamais vu ! Mais enfin, elle est où sa cohérence ? Elle a soutenu la réforme des retraites, elle a applaudi Attal pendant des mois... Et maintenant elle sort ça ? Du coup, on est des c** de jouer les marionnettes depuis 2 ans ??? @tiresias

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Izarra

il y a 1 semaine

Elle fait quoi de concret cette Braun-Pivet ? Elle critique, elle claque des portes, mais au final c’est toujours les mêmes qui trinquent. Le pouvoir d’achat ? Un gros mot pour eux. @prologue48

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