Une désignation sous haute tension : Renaissance sacre Gabriel Attal malgré les dissensions internes
Le conseil national de Renaissance a acté, mardi 12 mai 2026, la candidature de Gabriel Attal à l’élection présidentielle de 2027, par un vote que ses partisans qualifient d’« écrasant ». Pourtant, derrière l’apparente unité affichée par les macronistes se cachent des tensions larvées, des critiques voilées et des stratégies individuelles qui pourraient fragiliser le camp présidentiel dans les mois à venir.
Alors que le jeune secrétaire général du parti – désormais âgé de 37 ans – a multiplié les prises de parole et les publications pour préparer son entrée en campagne, son leadership est loin de faire l’unanimité au sein de sa propre formation. Les adhérents, les élus locaux et les députés ont bien été invités à se ranger derrière lui, mais les réticences persistent, notamment parmi les figures historiques du macronisme.
Un soutien de façade, des calculs stratégiques
« Il n’y a aucun débat. Tout le parti est en ordre de marche derrière Gabriel », assure Prisca Thévenot, députée des Hauts-de-Seine et proche d’Attal, minimisant les divergences. Pourtant, plusieurs élus de premier plan, comme Aurore Bergé, Yaël Braun-Pivet ou encore l’ancienne Première ministre Élisabeth Borne, ont choisi de prendre leurs distances avec la ligne officielle. Cette dernière a même quitté la présidence du conseil national de Renaissance pour fonder une structure indépendante, Bâtissons ensemble, afin de « rassembler au-delà des partis » et de proposer des débats citoyens. Une décision qui en dit long sur l’essoufflement d’un mouvement perçu comme trop vertical et trop marqué par l’héritage d’Emmanuel Macron.
« Je ne me retrouve pas complètement dans la ligne. […] Donc j’ai décidé de démissionner du conseil national de Renaissance, de me mettre en retrait du bureau exécutif et de me consacrer à la structure que j’ai créée », avait justifié Borne sur France Inter début mai. Une sortie qui a suscité des réactions contrastées au sein du parti. Certains, comme Prisca Thévenot, l’ont qualifiée d’« incompréhensible », tandis que d’autres y voient un soulagement : « Elle a une image très dégradée auprès des Français – ‘Madame 49.3’ – et il vaut mieux qu’il ait dans son équipe des gens solides et loyaux. »
Emmanuel Macron, spectateur ou acteur de ces divisions ?
Les tensions au sein de Renaissance ne sont pas seulement internes. Elles reflètent aussi les frictions persistantes entre Attal et l’Élysée, où Emmanuel Macron, affaibli par la perte de majorité absolue à l’Assemblée nationale après la dissolution de 2024, voit d’un mauvais œil l’ascension de son ancien Premier ministre. Depuis son départ de Matignon, Attal n’a cessé de prendre ses distances avec le chef de l’État, allant jusqu’à dénoncer dans son livre En homme libre le « piège de la verticalité » dans lequel s’est enfermé Macron.
« C’est en homme libre que j’ai quitté l’hôtel de Matignon. Et c’est en homme libre que j’ai entendu tracer la suite de ma route », avait-il déclaré, marquant une rupture symbolique avec un président qui, selon ses détracteurs, a transformé l’exécutif en un « régime personnel ». Ces déclarations ont
- agacé les proches de Macron, qui multiplient les critiques à l’encontre d’Attal ;
- fait naître des suspicions sur ses ambitions réelles : cherche-t-il vraiment à incarner une alternative, ou n’est-il qu’un opportuniste surfant sur l’air du temps ?
« Gabriel regarde trop les sondages. Ça se saurait si pour gagner une présidentielle, il fallait regarder les sondages », ironise un fidèle du président, tandis qu’un autre dénonce « une absence de sincérité » et une capacité à naviguer entre les positions, passant de la droite à la gauche selon les semaines.
Un manque d’enthousiasme qui interroge
Si Attal est présenté comme le « leader incontesté » de Renaissance, rares sont ceux qui osent employer ce terme sans nuance. « C’est le mieux placé, mais il n’y a pas d’enthousiasme autour de cette candidature », reconnaît un élu macroniste sous couvert d’anonymat. Le problème est double : d’une part, Attal incarne une continuité avec la politique de Macron, un héritage devenu encombrant après dix ans de pouvoir ; d’autre part, il peine à séduire au-delà de l’électorat traditionnel du centre, déjà très réduit.
« Il ne gagnera pas la présidence avec seulement des fidèles. Il faut ouvrir les chakras à un moment », glisse un autre parlementaire, soulignant l’urgence pour Attal de fédérer au-delà du microcosme macroniste. Or, dans un paysage politique fragmenté, où la gauche peine à se reconstruire et où l’extrême droite domine les intentions de vote, cette tâche s’annonce colossale.
Face à lui, Édouard Philippe, ancien Premier ministre et figure d’Horizons, reste le mieux placé dans les sondages pour incarner une alternative au bloc central. Un pacte de non-agression a été signé entre les deux hommes pour éviter une dispersion des voix, mais les alliances restent fragiles. « On a tous les deux à cœur d’empêcher un second tour entre La France insoumise et le Rassemblement national », avait déclaré Attal, rappelant que des comités de liaison avaient été mis en place avec le MoDem pour coordonner les efforts.
« Gabriel Attal, c’est le futur allié, donc on se parle. On ne va pas jouer la présidentielle à pile ou face », avait confirmé un cadre d’Horizons. Pourtant, les observateurs s’interrogent : dans un scrutin où chaque point compte, une bataille fratricide entre Attal et Philippe pourrait offrir une victoire facile à Marine Le Pen ou Jordan Bardella.
L’Union européenne comme dernier recours ?
Dans ce contexte de divisions, certains au sein de Renaissance misent sur une stratégie européenne pour redynamiser la campagne. Attal, qui a toujours affiché son attachement à l’UE, pourrait tenter de mobiliser un électorat modéré en faisant de la construction européenne un pilier de son projet. Une approche qui, si elle est cohérente avec ses positions passées, risque de se heurter à la défiance croissante des Français envers les institutions bruxelloises.
« Il faudra voir comment les dynamiques évoluent après l’été », confie un macroniste de la première heure. D’ici là, les jeux d’alliances et les déclarations de soutien ou de rejet continueront de façonner le paysage politique, dans un ballet où chaque mot pèse et chaque silence peut être interprété comme un aveu de faiblesse.
Le défi d’Attal : rassembler dans un pays fracturé
Alors que Renaissance entérinera officiellement la candidature d’Attal lors d’un vote des adhérents dans les prochaines semaines, le parti présidentiel se retrouve face à un paradoxe : il a trouvé son champion, mais ce champion n’inspire pas. Entre les critiques de l’Élysée, les dissidences internes et l’incapacité à séduire au-delà de son socle historique, la route vers l’Élysée s’annonce semée d’embûches.
Pourtant, dans un contexte où la gauche est en pleine reconstruction et où l’extrême droite caracole en tête des intentions de vote, Renaissance n’a pas d’autre choix que de faire bloc derrière son candidat. Reste à savoir si Attal parviendra à incarner cette unité… ou si, au contraire, sa candidature ne fera que révéler les failles d’un système politique à bout de souffle.
Une chose est sûre : avec un président affaibli, un Premier ministre aux abois et une opposition divisée, la campagne de 2027 s’annonce comme l’une des plus incertaines de la Ve République.