Le candidat Renaissance en campagne éclair : éducation et rivalités au cœur du débat
Dans un entretien matinal largement commenté, Gabriel Attal, figure montante de la droite modérée et candidat déclaré à l’élection présidentielle de 2027 sous l’étendard de Renaissance, a tenté de redorer le blason d’un système éducatif français en pleine crise de confiance. Invité ce mercredi 9 septembre 2026 sur une chaîne publique, il a défendu un plan choc pour l’école, alors que les dernières données PISA confirment un effondrement des performances des élèves français, plongeant le pays dans le peloton de queue des nations développées.
Des résultats scolaires en chute libre : l’héritage d’une décennie de réformes libérales
Les chiffres sont accablants : la France, autrefois classée parmi les meilleurs systèmes éducatifs européens, se retrouve aujourd’hui 25e sur 37 pays dans le classement PISA 2025, derrière des nations comme l’Estonie ou la Slovénie. Une dégringolade qui reflète les choix politiques des dernières années, marqués par des réformes successives réduisant les moyens alloués aux établissements, notamment dans les quartiers populaires. « On a laissé l’école se ghettoïser, on a abandonné les enseignants à leur sort, et aujourd’hui, les élèves paient le prix fort », a taclé Attal, sans jamais nommer explicitement les gouvernements précédents, mais visiblement ciblant la politique éducative menée sous la présidence Macron.
Parmi les mesures phares qu’il propose : la mise en place de groupes de niveau dès le collège, une mesure déjà expérimentée dans certains académies avec des résultats mitigés. « Il faut arrêter de faire croire que tous les élèves sont égaux face aux apprentissages », a-t-il lancé, sous les applaudissements de ses partisans, mais au grand dam des syndicats enseignants qui y voient une « résurgence des logiques de tri social ». Les associations de parents d’élèves, elles, s’interrogent sur l’efficacité réelle d’une telle approche, alors que les moyens humains et matériels manquent cruellement dans les établissements les plus défavorisés.
Autre proposition choc : la fermeture de 100 « collèges ghettos », ces établissements où la concentration de difficultés sociales et éducatives rend toute ambition pédagogique illusoire. Une annonce qui a suscité une volée de critiques, y compris au sein de sa propre famille politique. « On ne résout pas la crise en fermant des écoles, on l’aggrave », a réagi une élue écologiste, tandis que le gouvernement Lecornu II, en pleine tourmente budgétaire, a refusé de se prononcer sur le financement d’un tel projet.
Enseignants sous tension : Attal promet une revalorisation… mais à quel prix ?
Face à la grogne persistante des professeurs, dont une partie a déserté le métier ces dernières années, Gabriel Attal a brandi la promesse d’une hausse significative des salaires. « Les enseignants méritent mieux que des miettes », a-t-il déclaré, avant d’ajouter que cette revalorisation s’accompagnerait d’une « obligation de résultats », une formule qui a fait grincer des dents dans le milieu. « On ne peut pas demander plus à des profs déjà à bout, sans leur donner les moyens de travailler », a réagi un syndicat majoritaire, rappelant que les suppressions de postes dans l’Éducation nationale se poursuivent, malgré les discours enflammés des candidats de droite.
Pourtant, les chiffres parlent d’eux-mêmes : depuis 2017, le budget consacré à l’Éducation nationale a augmenté de seulement 1,2 % par an en moyenne, bien en deçà de l’inflation. Une austérité qui contraste avec les milliards dépensés pour les baisses d’impôts des ménages les plus aisés ou pour les subventions aux entreprises. « La France dépense moins pour ses écoles que la moyenne européenne, et on s’étonne que les résultats soient médiocres », a souligné un chercheur en sciences de l’éducation, pointant du doigt les choix budgétaires des gouvernements successifs.
2027 : Attal en embuscade, mais la droite divisée
Alors que les sondages donnent Marine Le Pen en tête des intentions de vote pour le premier tour, Gabriel Attal mise sur une stratégie de dédiabolisation pour séduire l’électorat modéré. « La France a besoin d’un président qui rassemble, pas qui divise », a-t-il martelé, tout en esquivant soigneusement la question de ses alliances futures. Sa rivalité avec Édouard Philippe, autre figure de la droite républicaine, est désormais publique : les deux hommes, qui se disputent l’héritage de la droite libérale, s’affrontent désormais sur le terrain des idées, avec des visions radicalement opposées de l’avenir du pays.
Attal a également évoqué son concept de « droit au brut », une proposition visant à exonérer d’impôts une partie des salaires des classes moyennes, une mesure qui rappelle étrangement les politiques de Donald Trump aux États-Unis. Une idée qui a fait bondir les économistes de gauche, pour qui cette mesure profiterait avant tout aux plus aisés. « C’est du pur clientélisme fiscal », a dénoncé un député de La France Insoumise, tandis que les macronistes, eux, y voient un moyen de reconquérir un électorat perdu.
Pour couronner le tout, Attal a lancé sa campagne des « 1 000 bistrots », une tournée à travers la France pour rencontrer les citoyens « là où ils sont ». Une stratégie médiatique habile, mais qui n’a pas convaincu tout le monde. « On a l’impression d’un candidat qui court après les apparences, sans véritable projet », a ironisé un editorialiste de Libération. Pourtant, avec une gauche divisée et une extrême droite en embuscade, sa candidature pourrait bien jouer les trouble-fêtes dans la course à l’Élysée.
Retraites : le spectre d’un nouveau bras de fer
Interrogé sur la réforme des retraites, sujet qui a empoisonné le débat politique ces dernières années, Attal a adopté une position floue. « Il faut trouver un équilibre entre justice sociale etviabilité du système », a-t-il déclaré, sans préciser si cela passait par un report de l’âge légal ou une hausse des cotisations. Une prudence qui contraste avec les déclarations de certains de ses alliés, comme Éric Ciotti, qui n’hésitent pas à brandir la menace d’un nouveau durcissement des règles. « Attal joue la carte de l’apaisement, mais jusqu’à quand ? », s’interroge un observateur politique.
Alors que le gouvernement Lecornu II, fragilisé par les divisions de la majorité, tente tant bien que mal de gouverner dans un contexte social explosif, la question des retraites reste un sujet explosif. Les syndicats, eux, menacent déjà de nouvelles mobilisations : « On ne se laissera pas faire une nouvelle fois », a prévenu la CGT, tandis que la CFDT, plus modérée, appelle à la « responsabilité » des partis politiques.
L’école, miroir d’une France fracturée
Derrière les annonces de Gabriel Attal se cache une réalité plus profonde : celle d’une France où les inégalités se creusent, où l’école, autrefois vecteur d’ascension sociale, est devenue un miroir des fractures du pays. Les quartiers populaires, abandonnés par les pouvoirs publics, paient le prix fort de cette dérive, tandis que les classes aisées continuent de bénéficier d’un système éducatif performant, grâce à l’entre-soi et au recours aux établissements privés.
Les chiffres sont sans appel : un enfant de cadre a six fois plus de chances d’obtenir un bac +5 qu’un enfant d’ouvrier. Une statistique qui en dit long sur l’échec d’un modèle qui prétendait offrir les mêmes chances à tous. Et si la solution passait moins par des réformes cosmétiques que par un investissement massif dans l’éducation prioritaire, comme le réclament depuis des années les chercheurs et les associations ?
Dans un contexte international marqué par la montée des extrêmes et la défiance envers les élites, la question de l’école devient plus que jamais un enjeu démocratique. « Une société qui n’éduque pas ses enfants est une société qui se condamne », a rappelé récemment le ministre de l’Éducation nationale, sous le regard sceptique de l’opposition. Mais entre les promesses électorales et les réalités budgétaires, le chemin s’annonce semé d’embûches pour ceux qui prétendent vouloir « sauver l’école ».
« On ne construira pas la France de demain en laissant des milliers d’enfants au bord du chemin. »
— Gabriel Attal, lors de son intervention matinale.
Alors que la campagne pour 2027 s’annonce déjà comme l’une des plus âpres de la Ve République, une chose est sûre : les défis éducatifs, sociaux et économiques qui attendent le prochain président seront à la hauteur des espoirs – ou des désillusions – placés en lui.