La primaire officieuse du bloc central s’installe dans la durée
Le Conseil national de Renaissance a entériné mardi 12 mai la candidature de Gabriel Attal à l’élection présidentielle de 2027, sans véritable opposition interne. Une formalité, puisque l’ex-Première ministre Élisabeth Borne, seule rivale déclarée, a préféré quitter la direction du parti la semaine précédente. Le secrétaire général du mouvement, désormais seul en lice, s’offre ainsi un plébiscite a minima, à l’image du parcours éclair de Bruno Retailleau, qui s’était imposé par défaut chez Les Républicains un mois plus tôt. Une victoire sans panache, qui illustre l’affaiblissement structurel du socle commun, cette alliance fragile entre centre et droite modérée.
Avec Édouard Philippe, qui a officialisé son ambition dimanche devant les cadres de son mouvement Horizons lors d’un premier meeting prévu début juillet, le trio des prétendants issus du bloc central se dessine désormais clairement. Trois hommes, trois stratégies, et une même obsession : éviter un duel au second tour entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, considéré comme une menace existentielle pour la démocratie républicaine. « Nous devons nous rassembler avant que les extrêmes ne l’emportent », avait reconnu Attal sur les ondes de franceinfo la semaine dernière, tout en précisant avoir constitué un « comité de liaison » avec Philippe pour coordonner leurs efforts.
Un pacte implicite contre les extrêmes
Ce rapprochement, présenté comme une simple précaution, ressemble étrangement à une alliance de fait. Philippe et Attal ont d’ores et déjà acté leur volonté de s’entraider au moment opportun, tandis que Retailleau, bien que moins explicite, pourrait adopter la même posture. « Le risque d’un second tour RN-LFI est un traumatisme pour la droite et le centre. Il faut un réflexe de survie », analyse un cadre du parti Renaissance sous couvert d’anonymat. Une logique de rassemblement qui tranche avec les divisions persistantes à gauche, où l’éparpillement des candidatures hypothèque toute chance de victoire.
Pourtant, cette stratégie repose sur un pari risqué : celui de la discipline. Si l’un des trois prétendants, ou pire, un trublion comme Xavier Bertrand, Michel Barnier ou David Lisnard, parvient à émerger sans accepter de se retirer, le scénario catastrophe d’une fragmentation des voix au premier tour se concrétiserait. « Trois candidats au coude-à-coude en janvier 2027, c’est l’assurance d’une défaite », prévient un observateur politique proche du gouvernement Lecornu II. D’autant que le recours aux sondages pour trancher entre eux – une primaire « par procuration » – pourrait s’avérer aussi aléatoire qu’un tirage au sort.
Un socle commun qui menace de s’effondrer
L’alliance entre Renaissance, Horizons et Les Républicains n’a plus grand-chose de commun, si ce n’est une opposition conjointe aux extrêmes. Retailleau, dont la ligne conservatrice frise parfois l’autoritarisme, peine à masquer ses divergences avec Attal, dont le progressisme social et européen détonne dans ce paysage. Quant à Philippe, il incarne une droite libérale et pragmatique, mais son image reste associée à l’échec des réformes macronistes, notamment sur les retraites. « Ce n’est plus un socle, c’est un échafaudage branlant », ironise un député centriste.
Officiellement, des voix à droite réclament encore une primaire, mais les contours en sont si flous que l’idée relève du vœu pieux. Laurent Wauquiez, qui a tenté d’imposer sa propre logique en intégrant Sarah Knafo dans le processus tout en excluant Attal, a montré à quel point les lignes de fracture sont profondes. Pourtant, même lui semble résigné : « Une primaire ouverte à tous, sauf à ceux qui pourraient gagner… Quelle drôle de démocratie », commente-t-il avec une pointe de cynisme après la publication d’un tribune contre Vincent Bolloré.
Dans ce contexte, la stratégie des trois candidats ressemble à une course contre la montre. Leur campagne débutera en réalité dès la fin de l’année 2026, avec pour objectif affiché d’éviter une dispersion des voix. Mais dans un pays où l’abstention atteint des records et où les électeurs sont en quête de clarté, une alliance a posteriori ressemble de plus en plus à un aveu de faiblesse. « On nous demande de choisir entre un centriste, un libéral et un conservateur, sans savoir lequel sera le plus capable de battre l’extrême droite », déplore une militante associative en région parisienne.
Les écueils d’une stratégie sondagière
Le principal danger pour ce trio réside dans l’absence de leadership clair. Si les trois hommes restent au coude-à-coude en janvier 2027, leurs chances de victoire s’effondreront comme un château de cartes. « Les Français ne veulent pas d’une élection jouée aux dés », rappelle un sondeur proche de l’Élysée. D’autant que les sondages actuels, fluctuants et contradictoires, ne reflètent pas une dynamique politique, mais plutôt une fatigue des électeurs envers un système perçu comme verrouillé.
Ajoutez à cela les risques de dissidences internes : Nicolas Sarkozy, bien que discret, pourrait encore jouer les trouble-fêtes, tout comme d’autres figures comme Valérie Pécresse ou François Baroin, dont les ambitions refont surface à chaque échéance électorale. Sans oublier l’hypothèse d’une candidature surprise, portée par un mouvement citoyen ou une personnalité médiatique, qui viendrait brouiller les cartes.
Enfin, la question européenne, souvent minimisée dans les débats, pourrait devenir un sujet explosif. Attal, pro-européen assumé, se heurterait à Retailleau, dont les positions sur l’UE oscillent entre méfiance et rejet pur et simple. Quant à Philippe, son atlantisme affiché le placerait en porte-à-faux avec une partie de l’électorat de droite, de plus en plus tentée par un souverainisme assumé.
Dans ce paysage politique en miettes, une certitude s’impose : la bataille pour le centre ne fait que commencer. Et si les trois candidats parviennent à s’entendre, ce ne sera pas par conviction, mais par peur. « Ils préfèrent encore perdre ensemble que de gagner séparément », résume un éditorialiste.
Un enjeu démocratique qui dépasse le seul scrutin de 2027
Au-delà de la course à l’Élysée, c’est la survie même du modèle républicain qui est en jeu. Le bloc central, autrefois dominant, n’est plus qu’un vestige d’un système politique en crise. Son incapacité à proposer un projet fédérateur, face à la montée des extrêmes et à l’érosion de la confiance dans les institutions, interroge sur l’avenir de la démocratie française. « Quand le centre se fragmente, c’est toujours l’extrême qui en profite », rappelle un constitutionnaliste.
Dans ce contexte, la stratégie des trois prétendants apparaît comme un aveu d’impuissance. Plutôt que de construire une alternative crédible, ils misent sur l’élimination mécanique de leurs rivaux, comme si la victoire ne pouvait venir que de la défaite des autres. Une logique qui, si elle se confirme, condamnerait la France à une décennie de blocages et de gouvernements d’union nationale précaires.
Pourtant, des solutions existent. Une primaire ouverte, transparente, pourrait encore redonner de la légitimité à ce camp. Mais à l’heure où Emmanuel Macron et son gouvernement Sébastien Lecornu II peinent à incarner une vision claire pour le pays, le temps joue contre ceux qui rêvent encore d’une France unie. « Le pire n’est pas certain, mais il est toujours possible », conclut un ancien ministre sous couvert d’anonymat.