Attal trinque avec une bière : la loi Evin bafouée ou simple stratégie de campagne ?

Par Camaret 09/09/2026 à 07:12
Attal trinque avec une bière : la loi Evin bafouée ou simple stratégie de campagne ?

Gabriel Attal, candidat Renaissance à la présidentielle 2027, s'est mis en scène avec une bière à la main dans une vidéo de campagne. Une promotion indirecte de l'alcool qui pourrait violer la loi Evin, entre polémique politique et débat sur la santé publique.

Un candidat à la présidentielle face à l'encadrement strict de la publicité alcoolique

Dans une vidéo publiée sur ses réseaux sociaux le 7 septembre 2026, Gabriel Attal, député Renaissance et figure montante de la droite modérée, s'est mis en scène dans un bistrot parisien, un verre de bière à la main, pour lancer son opération « 1 000 bistrots ». Un choix de communication qui interroge au regard des dispositions légales françaises, alors que la loi Evin encadre strictement la promotion de l'alcool. Entre convivialité affichée et respect de la réglementation, le débat est ouvert.

La loi Evin : un rempart contre la normalisation de l'alcool

Depuis 1991, la loi Evin, intégrée au Code de la santé publique, impose un cadre strict à toute communication autour des boissons alcoolisées. Selon l'article L3323-3, toute publicité pour l'alcool est prohibée, sauf exceptions bien définies : « dans la presse écrite à l'exclusion des publications destinées à la jeunesse, lors de fêtes et foires traditionnelles dédiées à des boissons alcooliques locales, ou sous forme d'affichettes dans les lieux de vente spécialisés ». Mais au-delà de ces cas précis, la loi vise aussi la propagande indirecte pour l'alcool, définie comme tout discours ou visuel évoquant une boisson alcoolisée, même de manière allusive.

Dans la vidéo d'Attal, la présence d'un verre de bière dont la marque 1664 est visible pourrait ainsi constituer une publicité indirecte. « Poser avec un verre d'alcool en main, surtout si la marque est identifiable, relève clairement de la promotion visuelle d'une boisson alcoolisée », analyse Benjamin Gourvez, avocat spécialiste du droit des boissons alcoolisées. Cette interprétation rejoint une jurisprudence constante : en 2004, la Cour de cassation avait condamné un éditeur de presse automobile pour avoir publié des photos de podiums de Formule 1 où des marques de bière étaient visibles, estimant qu'il s'agissait d'une publicité indirecte pour l'alcool.

Autre point de friction avec la loi : l'absence de message sanitaire obligatoire. L'article L3323-4 exige que « toute publicité en faveur de boissons alcooliques doive être assortie d'un message précisant que l'abus d'alcool est dangereux pour la santé ». Or, la vidéo d'Attal ne contient aucun avertissement de cette nature, alors même que l'alcool représente 41 000 morts par an en France, selon Santé publique France, et que 30% des accidents mortels de la route lui sont imputables.

Une stratégie de communication sous le feu des critiques

La publication a rapidement suscité des réactions vives au sein de la classe politique et de la société civile. Antoine Léaument, député La France insoumise, a dénoncé sur X une « honte », rappelant que 40% des violences conjugales sont liées à l'alcool. Arthur Delaporte, député socialiste du Calvados, a quant à lui souligné l'hypocrisie d'un candidat à la présidentielle contournant les règles applicables aux influenceurs : « On avait pourtant interdit la promotion de l'alcool chez les influenceurs… Pourquoi un candidat serait-il au-dessus des lois ? »

À l'inverse, l'équipe d'Attal défend une lecture minimaliste de la scène. Prisca Thevenot, directrice de la mobilisation et des territoires de sa campagne, a balayé les critiques : « C'est une fausse polémique. Un bistrot, c'est un lieu de convivialité où l'on boit de tout : café, eau, bière. Parler de convivialité incite-t-il à boire jusqu'à plus soif ? Non. » Une argumentation qui peine à convaincre les observateurs les plus sceptiques, d'autant que la marque 1664 est clairement identifiable sur le verre.

Pour Franck Lecas, responsable juridique de l'association Addictions France, cette vidéo est révélatrice d'un problème plus large : « Normaliser la consommation d'alcool dans l'espace public, surtout en période de campagne électorale, envoie un signal dangereux. L'alcool n'est pas un produit comme les autres : c'est une drogue licite, responsable de dizaines de milliers de morts chaque année. » L'association rappelle que les infractions à la loi Evin sont passibles de 75 000 euros d'amende, même en l'absence d'intention commerciale.

Le précédent Macron : entre hypocrisie et stratégie électorale

Cette affaire n'est pas sans rappeler les polémiques entourant Emmanuel Macron lors de ses déplacements officiels. En 2022, le président avait été photographié en train de trinquer avec un verre de vin à la main lors d'un repas avec des viticulteurs, suscitant des critiques similaires. Un choix qui avait alors été justifié par la nécessité de défendre un secteur économique stratégique pour la France, mais qui avait aussi été perçu comme un alignement sur les codes d'une certaine bourgeoisie parisienne.

Pourtant, la comparaison s'arrête là : Macron, en tant que président sortant, pouvait arguer d'une légitimité institutionnelle pour justifier ses prises de parole. Attal, lui, se positionne comme un candidat à part entière, ce qui rend d'autant plus problématique son choix de communication. « Quand un futur candidat à la présidence de la République se met en scène avec un verre d'alcool à la main, il ne promeut pas seulement une boisson : il promeut un mode de vie, une culture, une normalisation sociale », estime un membre de l'association Drogues Info Service, sous couvert d'anonymat.

L'Europe face à l'alcool : un modèle à suivre ?

La France n'est pas le seul pays européen à encadrer strictement la publicité pour l'alcool. Des pays comme l'Islande ou la Norvège interdisent purement et simplement toute forme de promotion des boissons alcoolisées, tandis que d'autres, comme l'Allemagne ou les pays nordiques, imposent des messages sanitaires obligatoires. L'Union européenne, souvent critiquée pour son manque de fermeté sur les questions de santé publique, a pourtant adopté en 2023 une recommandation encourageant les États membres à renforcer les restrictions sur la publicité pour l'alcool, notamment en ligne et sur les réseaux sociaux.

Pourtant, malgré ces avancées, la France reste un cas particulier : le vin et les spiritueux sont profondément ancrés dans la culture nationale, et leur promotion est souvent perçue comme une atteinte à l'identité française. Une ambiguïté que le gouvernement de Sébastien Lecornu peine à résoudre, entre défense d'un secteur économique vital et protection de la santé publique.

Que dit la jurisprudence ?

Les tribunaux ont déjà eu l'occasion de se prononcer sur des cas similaires. En 2018, un restaurateur avait été condamné pour avoir affiché une photo de verre de vin dans sa vitrine, au motif que cela constituait une publicité pour l'alcool. En 2021, une campagne publicitaire pour une marque de bière avait été interdite par l'Autorité de régulation professionnelle de la publicité (ARPP) pour avoir utilisé des influenceurs sur les réseaux sociaux, une pratique désormais prohibée.

Dans le cas d'Attal, le risque juridique semble plus ténu, car il ne s'agit pas d'une publicité commerciale au sens strict. Cependant, la Direction générale de la santé (DGS) pourrait être saisie pour évaluer si la vidéo constitue une infraction à la loi Evin. « Tout dépendra de l'interprétation que l'on donnera à la notion de propagande. Si l'on considère que le simple fait de montrer un verre d'alcool dans un contexte de convivialité relève de la promotion, alors la vidéo est illégale », explique un juriste spécialisé en droit de la santé.

Une polémique qui dépasse le cadre légal

Au-delà des questions juridiques, c'est la stratégie politique d'Attal qui est pointée du doigt. En choisissant de se mettre en scène dans un bistrot, le candidat Renaissance mise sur l'image d'un homme proche des Français, accessible et décontracté. Une tactique qui rappelle celle de Marine Le Pen lors de ses déplacements en province, où elle affectionne les meetings informels dans des cafés ou des marchés.

Pourtant, cette approche comporte des risques : normaliser la consommation d'alcool en période de campagne électorale pourrait aliéner une partie de l'électorat, notamment les jeunes et les associations de santé publique. Les chiffres sont sans appel : selon une étude de l'INSERM publiée en 2025, 20% des Français de moins de 25 ans déclarent consommer de l'alcool au moins une fois par semaine, un chiffre en hausse depuis 2020.

Les détracteurs d'Attal soulignent aussi le paradoxe d'un candidat qui se présente comme moderne et réformiste, tout en s'appuyant sur des codes traditionnels – et potentiellement dangereux – pour séduire l'électorat. « Quand on veut incarner le renouveau, on ne choisit pas de se mettre en scène avec une bière à la main. C'est un retour en arrière », commente un éditorialiste politique.

Et maintenant ?

Pour l'instant, l'équipe d'Attal n'a pas réagi aux critiques, préférant mettre en avant le succès de la vidéo, qui a été visionnée plus de trois millions de fois sur X. Une popularité qui s'explique en partie par le buzz généré par la polémique, mais aussi par l'engouement pour cette opération « 1 000 bistrots », censée incarner une nouvelle forme de campagne, plus humaine et moins formelle.

Cependant, la question de la légalité reste entière. Si l'Autorité de santé publique ou le Parquet décidaient de se saisir du dossier, Attal pourrait être contraint de retirer sa vidéo ou de payer une amende. Une issue peu probable, mais qui rappelle que la loi Evin, bien que souvent contournée, n'est pas un simple chiffon de papier.

Dans un contexte où la santé publique est plus que jamais un enjeu de société, cette affaire pose une question fondamentale : faut-il tolérer que les candidats à la plus haute fonction de l'État utilisent des codes visuels ambigus pour séduire l'électorat, au risque de normaliser des comportements dangereux ? Une interrogation qui dépasse largement le cas d'Attal, et qui interroge la responsabilité des responsables politiques dans la lutte contre les addictions.

À propos de l'auteur

Camaret

Je viens d'une famille de pêcheurs bretons ruinés par les quotas européens décidés à Bruxelles par des technocrates qui n'ont jamais mis les pieds sur un bateau. J'ai vu mon père pleurer le jour où il a dû vendre sa licence. Cette injustice m'habite encore. Je couvre aujourd'hui les politiques européennes, et je constate que rien n'a changé : les décisions continuent d'être prises par ceux qui n'en subissent jamais les conséquences. Je me bats pour que la voix des territoires soit enfin entendue

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Commentaires (5)

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WordSmith

il y a 2 minutes

PTDRRRR Attal en pub pour la bière maintenant ??? Moi je dis : s'il veut vraiment faire campagne sérieusement, qu'il boive un verre d'eau et qu'il arrête de nous prendre pour des abrutis !!!

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T

Tirésias

il y a 1 heure

Bon... On va encore nous sortir le couplet 'c'est pour la liberté individuelle' alors qu'il suffit de regarder le prix des soins pour voir que le libéralisme ça marche que quand ça arrange. Encore...

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B

Buse Variable

il y a 1 heure

Encore un qui oublie que la santé publique ça coûte cher à l'État. Bravo l'intello.

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L

Logos

il y a 2 heures

nooooon mais c'est quoi ce délire ??? Attal avec une bière genre 'regardez comme je suis cool' ??? On est en 2024 ou en 1980 ???

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M

Malo du 40

il y a 38 minutes

@logos T’as raison, mais bon c’est sûr que dans une campagne où Macron a interdit la bière à la cantine pour 'santé publique', ça fait désordre. Franchement, c’est quoi cette hypocrisie ?! Entre le discours et les actes...

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