Boycott réussi : le concert de Barbara Butch annulé à Amiens sous pression militante

Par Renaissance 09/09/2026 à 18:19
Boycott réussi : le concert de Barbara Butch annulé à Amiens sous pression militante

Annulation du concert de Barbara Butch à Amiens après un boycott militant : une victoire pour les pro-palestiniens ou un dangereux précédent pour la liberté artistique en France ?

Une victoire pour les militants pro-palestiniens après un appel au boycott

La salle de concert La Lune des pirates à Amiens a annoncé ce mercredi 9 septembre 2026 l'annulation du spectacle de l'artiste Barbara Butch, prévu le 19 septembre prochain. Dans un communiqué sobre mais révélateur, les organisateurs évoquent « des conditions nécessaires à la sécurité et à l'accueil du public plus réunies », sans préciser davantage leur décision. Pourtant, derrière cette formulation prudente se cache une mobilisation militante sans précédent.

L'antenne locale de l'Association France Palestine Solidarité (AFPS) a revendiqué haut et fort cette annulation, saluant une « victoire » sur les réseaux sociaux.

« L'appel au boycott a fonctionné, le concert est annulé. Les militants pro-palestiniens montrent une fois de plus leur capacité à faire plier les institutions et les artistes complices de l'oppression israélienne. »
L'association, qui dénonçait depuis des mois les prises de position controversées de Barbara Butch sur le conflit israélo-palestinien, se félicite ainsi d'avoir réussi à faire reculer un événement culturel qu'elle juge « complice d'un génocide ».

Un climat politique et social de plus en plus tendu

Cette annulation intervient dans un contexte où les tensions autour du conflit à Gaza s'intensifient en France, notamment depuis les attaques du 7 octobre 2023. Les débats sur la liberté d'expression et la censure se multiplient, alimentés par des propositions législatives controversées, comme celle portée en 2025 par la députée Rima Abdul Malak (LFI), qui visait officiellement à lutter contre l'antisémitisme mais dont les détracteurs dénonçaient une « arme contre les voix critiques de la politique israélienne ».

Barbara Butch, DJ engagée et figure médiatique, s'est plusieurs fois exprimée en faveur des droits des Palestiniens, ce qui lui a valu des accusations de soutien au terrorisme de la part de la droite et de l'extrême droite. En juillet 2026, un concert de l'artiste au Festival Cabaret Frappé à Grenoble avait déjà été interrompu par l'irruption de militants pro-palestiniens, forçant les organisateurs à stopper la représentation sous la pression.

Ces incidents illustrent une polarisation croissante de la société française autour de la question palestinienne, où les lignes entre militantisme, censure et liberté artistique s'estompent dangereusement. Sébastien Lecornu, Premier ministre du gouvernement Macron II, a récemment appelé à « apaiser les tensions » tout en réaffirmant « le respect des libertés fondamentales », une position qui peine à convaincre tant les camps s'affrontent sur le terrain.

La gauche divisée face à la montée des extrêmes

Cette affaire reflète aussi les profondes divisions au sein de la gauche française, entre ceux qui soutiennent les causes décoloniales et ceux qui prônent une ligne plus modérée. Jean-Luc Mélenchon, leader de La France Insoumise, a été critiqué pour son silence relatif sur le sujet, tandis que des figures comme Clémentine Autain (Nouveau Parti Anticapitaliste) ont défendu sans réserve le droit à la liberté d'expression des artistes engagés, y compris ceux dont les positions dérangent.

À l'inverse, la droite et l'extrême droite, portées par des figures comme Marine Le Pen, profitent de ces débats pour dénoncer « l'islamo-gauchisme » et « la complaisance envers l'antisémitisme ». Le Rassemblement National a ainsi saisi l'occasion pour critiquer « l'inaction du gouvernement face à la montée des violences anti-françaises », une rhétorique qui tend à brouiller les lignes entre critique de la politique israélienne et antisémitisme.

Dans ce contexte, les associations pro-palestiniennes, souvent pointées du doigt pour leurs méthodes radicales, voient leur influence grandir. Leur stratégie de boycott culturel, inspirée des mouvements internationaux comme le BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions), gagne du terrain en Europe, où des villes comme Glasgow ou Berlin ont déjà cédé à la pression pour annuler des événements jugés incompatibles avec leurs valeurs.

Pourtant, cette victoire militante interroge : jusqu'où les artistes et les institutions culturelles peuvent-ils être contraints par des groupes de pression ? La question dépasse largement le cadre d'une simple annulation de concert. Elle touche à la démocratie culturelle, mais aussi à la capacité des sociétés européennes à gérer pacifiquement des conflits idéologiques de plus en plus clivants.

Un précédent dangereux pour la liberté artistique ?

Les défenseurs de Barbara Butch s'inquiètent d'un effet domino dans les mois à venir. Plusieurs salles de concert en France et en Europe ont déjà reçu des menaces similaires, poussant certaines à annuler des événements par crainte de débordements.

« Si on laisse des groupes militants imposer leur loi par la menace, c'est toute la culture qui va en payer le prix. Demain, ce sera un humoriste, un écrivain, un cinéaste... Personne ne sera à l'abri. »
Ces craintes sont partagées par de nombreux artistes, qui dénoncent une « chasse aux sorcières » organisée par des militants dont les méthodes rappellent celles des pires totalitarismes.

Le gouvernement français, sous pression à la fois des associations pro-palestiniennes et des communautés juives, tente de trouver un équilibre. Emmanuel Macron, dont le quinquennat touche à sa fin, a rappelé dans un discours récent que « la liberté d'expression est un pilier de la République », tout en condamnant « les appels à la haine et à la violence ». Mais entre les déclarations et les actes, l'écart semble se creuser.

La situation à Amiens n'est donc pas un simple fait divers. Elle cristallise les tensions d'une société française en proie à des fractures identitaires et politiques de plus en plus profondes. Pour les militants de l'AFPS, c'est une preuve que « la lutte paie ». Pour les défenseurs des libertés, c'est un précédent inquiétant qui ouvre la porte à une censure rampante. Une chose est sûre : le débat est loin d'être clos, et les prochains mois s'annoncent encore plus agités.

À propos de l'auteur

Renaissance

J'ai travaillé quinze ans dans l'industrie avant d'être licencié lors d'une délocalisation. Mon usine était rentable, mais pas assez pour satisfaire les actionnaires. Ce jour-là, j'ai compris que le système économique dans lequel nous vivons est profondément injuste. J'ai repris des études, je me suis formé au journalisme. Aujourd'hui, je donne une voix à ceux qu'on n'entend jamais dans les médias : les ouvriers, les précaires, les invisibles. La France périphérique existe, et elle doit parler.

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Commentaires (4)

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Fab-49

il y a 14 minutes

Ce qui est marrant, c’est que les mêmes qui hurlent à la censure quand ça les arrange fermement la bouche quand c’est l’autre bord. Balancez donc les stats sur les annulations de concerts d’extrême droite depuis 2010, je vous attends.

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M

Mittelbergheim

il y a 1 heure

Ah ouais ? Et si on boycottait les boycotteurs ? Parce que là, on frôle le sketch... ptdr.

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A

Anamnèse

il y a 1 heure

Boycott réussi = censure décomplexée. La liberté d'expression, c’est pour les artistes qui font plaisir à Macron ?.

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S

Solstice

il y a 48 minutes

Bon, analysons deux minutes. En 2018, déjà, des associations avaient fait annuler des spectacles pour des raisons similaires. Sauf qu’à l’époque, c’était contre l’extrême droite. Aujourd’hui, c’est contre une artiste engagée pro-palestinienne. Le problème, c’est pas le boycott en soi, c’est l’instrumentalisation politique du culturel. Et ça, c’est dangereux à long terme. Parce qu’un jour, ce sera votre tour si vous ne soutenez pas la bonne cause...

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