Brésil : l'ombre des trafics et des urnes sous tension avant le duel Lula-Bolsonaro

Par Aurélie Lefebvre 25/10/2026 à 21:09
Brésil : l'ombre des trafics et des urnes sous tension avant le duel Lula-Bolsonaro

Brésil : entre urnes sous surveillance et bureaux de vote déplacés pour cause de trafics, le second tour de la présidentielle opposant Lula à Flavio Bolsonaro se joue aussi dans l’ombre des factions criminelles. Un scrutin sous haute tension.

Un scrutin sous haute surveillance dans les zones les plus vulnérables

Alors que le Brésil s’apprêtait à clore une campagne présidentielle parmi les plus tendues de son histoire, les 160 millions d’électeurs appelés aux urnes ce dimanche 25 octobre 2026 ont dû composer avec une réalité brutale : dans certaines régions, voter relève moins d’un acte citoyen que d’un parcours du combattant. À Rio de Janeiro, comme dans d’autres bastions de l’insécurité, les autorités ont été contraintes de délocaliser des bureaux de vote, officiellement pour des raisons de sécurité, mais aussi pour contourner l’influence des groupes criminels sur le scrutin.

Dans le nord de la ville, près d’une favela où s’affrontent Comando Terceiro et Comando Vermelho, le déplacement des urnes électroniques – transportées dès la veille sous bonne garde policière – illustre l’état de siège dans lequel se trouve une partie de la population. Vanilton Vieira, président d’un bureau de vote, confirme cette logique sécuritaire :

"Les volontaires travaillent désormais dans un environnement plus contrôlé. Ils ont une meilleure autonomie pour accomplir leur mission, car la favela est sous l’emprise des trafiquants."

L’ombre du crime organisé plane sur les élections

Artur Viana, 29 ans, habitant de longue date de ce quartier en proie aux règlements de comptes, décrit avec une précision glaçante la cartographie des territoires contrôlés. "À droite, c’est le Comando Terceiro qui règne entre les rues Esperança et Sapateiro. À gauche, le Comando Vermelho impose sa loi, tandis qu’une milice illégale étend son influence plus haut." Les façades criblées d’impacts de balles et les fenêtres murées témoignent de cette guerre silencieuse, ponctuée par des opérations policières sanglantes – comme celle de la semaine dernière, qui a fait trois morts et six blessés, assortie d’une saisie record d’armes et de stupéfiants.

Les habitants, résignés, décrivent un quotidien rythmée par des "règles de conduite" imposées par les factions, où la liberté n’est qu’une illusion. "On est libres, entre guillemets", lâche l’un d’eux, tandis qu’un autre évoque la nécessité de baisser les vitres de sa voiture pour éviter les ennuis. Filmer ces zones est devenu un luxe : une équipe de journalistes a été stoppée net par des hommes armés de fusils-mitrailleurs, brandissant les initiales CV du Comando Vermelho, taguées à chaque coin de rue.

Corruption électorale et abstention record

Cette ambiance délétère a aussi servi de terreau à une pratique aussi ancienne que clandestine : la ‘boca de urna’, ou corruption électorale. "Entre 10 et 20 euros, parfois plus selon le candidat. Ça dure depuis des années, et personne n’y peut rien", confie un électeur. Une aubaine pour certains, une contrainte supplémentaire pour d’autres, surtout depuis que 72 bureaux de vote ont été déplacés dans l’État de Rio, entraînant une hausse de 6 points de l’abstention au premier tour par rapport à 2022.

Car si les urnes ont été protégées, leur accessibilité, elle, a souffert. Carla Caldas, assesseuse, reconnaît que "les électeurs ont dû parcourir de longues distances, parfois bondés de monde, au point que certains ont fait des malaises." Une logistique qui, outre les risques sécuritaires, a aussi contribué à décourager une partie de l’électorat. "Avant, on votait à deux pas de chez nous. Maintenant, c’est un vrai parcours du combattant."

Une campagne présidentielle sous le signe de la peur

Derrière ce scrutin historique – opposant le président sortant Lula à Flavio Bolsonaro, fils de l’ex-chef de l’État condamné pour tentative de coup d’État – se cachent bien plus que des programmes politiques. La question de la sécurité, brandie comme un étendard par les deux camps, a servi de paravent à une réalité plus complexe : celle d’un pays où l’État peine à exercer son monopole sur la violence légitime.

Les déplacements forcés de bureaux de vote, les urnes surveillées 24 heures sur 24, ou encore les témoignages sur les pressions exercées par les factions criminelles révèlent une démocratie sous tension. "Les élections ne sont qu’un miroir de nos failles. Sans une refonte profonde de la sécurité, voter restera un acte de courage."

Le Brésil à la croisée des chemins

Alors que les résultats du second tour s’annoncent serrés, une question persiste : ce scrutin, déjà marqué par les violences et les manipulations, parviendra-t-il à ressouder un pays fracturé entre inégalités sociales, crime organisé et méfiance envers les institutions ? Ou confirmera-t-il l’emprise toujours plus forte des groupes armés sur la vie politique ?

Une chose est sûre : au Brésil, la démocratie se vote, mais elle se gagne aussi sur le terrain. Et ce terrain, aujourd’hui, ressemble à un champ de bataille.

Plus de 3 000 électeurs dans le seul État de Rio ont vu leur bureau de vote modifié. Une décision saluée par les défenseurs des droits humains, mais critiquée pour son impact sur la participation.

L’Union européenne et la France observent, inquiètes

Alors que l’Union européenne suit avec attention l’évolution de la situation, certains observateurs soulignent le risque d’un effet domino dans d’autres pays d’Amérique latine, où les cartels et les milices gagnent en influence. "Un Brésil instable, c’est toute la région qui vacille", estime un diplomate européen sous couvert d’anonymat. La France, de son côté, maintient une veille étroite, consciente que la stabilité du géant sud-américain a des répercussions bien au-delà de ses frontières.

En attendant, les Brésiliens ont dû choisir entre deux visions d’un pays en crise. Et pendant ce temps, dans les favelas, la vie continue, rythmée par le bruit des armes et le silence des urnes.

À propos de l'auteur

Aurélie Lefebvre

Lassée de ne pas avoirs d'informations fiables sur la politique française, j'ai décidé de créer avec Mathieu politique-france.info ! Je m'y consacre désormais à plein temps, pour vous narrer les grands faits politique du pays et d'ailleurs. Je lis aussi avec plaisir les articles de politique locale que VOUS écrivez :)

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Commentaires (6)

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Jean-Marc C.

il y a 12 minutes

Ah beh tiens, encore une élection où le crime organisé fait la loi pendant que les politiciens jouent les vierges effarouchées... mouais. Comme d'hab.

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P

Ploumanach

il y a 35 minutes

L'article omet un point crucial : le rôle des milices urbaines dans le contrôle des quartiers populaires. Ces groupes armés, souvent liés à des clans politiques, jouent un rôle bien plus large que le simple trafic de drogue. Leur influence sur les urnes est documentée depuis des années.

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K

Kaysersberg

il y a 14 minutes

@ploumanach Vous exagérez un peu non ? Vous réduisez tout à une conspiration ? Les trafics existent, c'est indéniable, mais de là à dire que c'est organisé pour influencer l'élection... Enfin, prouvez-le !

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L

Le Chroniqueur

il y a 1 heure

Ce qui me choque surtout, c'est cette militarisation des bureaux de vote. On dirait un état en guerre civile... Et après on s'étonne que l'abstention explose ?

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B

Bourdon Velu

il y a 58 minutes

ptdr les brésiliens ils sont vraiment dans la merde mdr. Entre Bolso et Lula les deux pires options possibles... pffff

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C

Cigogne Sage

il y a 1 heure

SA M*RDE ça aussi !!! On veut juste voter en paix et on nous parle de trafics et de bureaux déplacés ??? sérieux, c'est quoi ce bordel ??? nooooon...

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