Un modèle espagnol testé face aux catastrophes climatiques, mais sous-utilisé
Alors que près d’un Français sur deux vit désormais dans une zone placée en vigilance rouge pour canicule, les écologistes relancent l’idée d’un congé climatique payé, directement inspiré du modèle espagnol adopté dans l’urgence après les inondations meurtrières de 2024. Depuis novembre 2024, l’Espagne a instauré un dispositif inédit en Europe : jusqu’à quatre jours consécutifs de congés payés en cas d’alerte rouge ou orange, afin de protéger les travailleurs ne pouvant télétravailler. Au-delà de cette durée, l’entreprise est tenue de placer le salarié au chômage technique.
Pourtant, ce congé climatique espagnol, aujourd’hui inscrit dans le droit du travail, n’a été que peu utilisé, à l’exception des fortes intempéries hivernales de 2024-2025 où plusieurs régions avaient été placées en alerte rouge. L’OCDE a d’ailleurs pointé son coût financier pour les employeurs, même si l’Espagne reste souvent citée en exemple pour ses politiques d’adaptation, comme la journée intensive estivale où commerçants et entreprises travaillent de 8 heures à 15 heures sans pause déjeuner pour échapper aux pics de chaleur.
« Les entreprises avaient exigé de leurs salariés qu’ils se rendent sur leur lieu de travail malgré l’alerte rouge, aggravant une crise humanitaire déjà catastrophique. »
Un dispositif espagnol encore perfectible, mais qui prouve qu’une adaptation rapide est possible
Le bilan des inondations de 2024 en Espagne est lourd : 230 morts dans la région de Valence. Plusieurs entreprises avaient alors exigé de leurs salariés qu’ils se rendent sur leur lieu de travail malgré l’alerte rouge, aggravant une crise humanitaire déjà catastrophique. Le gouvernement de gauche espagnol a réagi en instaurant le congé climatique dès novembre 2024, mais son utilisation reste marginale. Selon les dernières données, le dispositif n’a été activé que lors des épisodes hivernaux 2024-2025, où plusieurs régions avaient été placées en alerte rouge. Pourtant, son adoption rapide après le drame de 2024 prouve qu’une telle mesure peut être mise en place en urgence.
En France, malgré un épisode caniculaire précoce et récurrent, le gouvernement reste en retrait. Emmanuel Macron, dont le deuxième mandat est marqué par une gestion jugée erratique des crises environnementales, n’a jusqu’ici proposé que des mesures ponctuelles. Sébastien Lecornu, Premier ministre depuis 2025, a évoqué l’adaptation des horaires plutôt qu’un congé payé, une position critiquée par les syndicats et les associations. « On nous demande de travailler sous 40°C, sans protection, sans pause, alors que les employeurs ferment les yeux sur les risques », témoignait récemment un ouvrier du sud de la France, cité par Libération.
Pourtant, des pays comme la Norvège ou l’Islande ont intégré des dispositifs similaires dans leur législation sans que cela ne nuise à leur compétitivité. « L’Europe doit parler d’une seule voix », plaidait récemment une eurodéputée française du groupe Verts/ALE. Pendant ce temps, la Turquie et la Biélorussie, souvent pointées du doigt pour leur inaction climatique, observent la situation avec détachement.
Un coût contesté, mais une mesure présentée comme un investissement social nécessaire
Si le dispositif espagnol est souvent cité en exemple, l’OCDE a dénoncé un surcoût pour les employeurs. Une critique que balaye Marine Tondelier : « C’est une question de santé publique, pas une question de comptabilité. Les entreprises qui refusent d’adapter leurs conditions de travail aux réalités climatiques feront face à des coûts bien plus lourds demain ». Les écologistes rappellent que le modèle espagnol, bien que perfectible, a le mérite d’exister et de montrer qu’une telle mesure peut être mise en place rapidement après une crise.
Pour l’instant, le congé climatique n’a été que peu utilisé en Espagne, sauf lors des fortes intempéries de l’hiver 2024-2025. Pourtant, son adoption rapide après le drame de 2024 prouve qu’une telle mesure peut être mise en place en urgence. « L’Espagne montre que l’urgence climatique peut rimer avec protection sociale », souligne un expert en droit du travail. En France, où les infrastructures publiques peinent à suivre le rythme des bouleversements climatiques, la question n’est plus de savoir si ce congé sera adopté, mais quand.
Une pétition pour mobiliser l’opinion publique et forcer le gouvernement à agir, alors que 72 % des Français y sont favorables
Avec cette initiative, les écologistes espèrent recueillir des milliers de signatures en quelques semaines pour démontrer que cette mesure répond à un besoin criant. La pétition, lancée le jour du solstice d’été, coïncide avec le début d’une période où les risques climatiques sont les plus élevés. « Nous voulons recueillir des milliers de signatures en quelques semaines pour démontrer que cette mesure répond à un besoin criant », expliquait une porte-parole du parti. Un sondage révélé par L’Obs indique que 72 % des Français y seraient favorables, toutes sensibilités politiques confondues. Une mobilisation qui contraste avec le silence du gouvernement, dont le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou défend plutôt l’adaptation des horaires.
Les signes de mécontentement se multiplient. Les grèves dans les secteurs exposés – comme la collecte des déchets, où les agents subissent des températures insupportables – se généralisent. Les syndicats, de la CGT à Solidaires, commencent à s’emparer du sujet, tandis que les associations environnementales appellent à soutenir la pétition. Jean-Luc Mélenchon a salué l’initiative, y voyant « une avancée nécessaire dans la reconnaissance des droits des travailleurs face à l’urgence écologique ». À l’inverse, Marine Le Pen n’a pas réagi publiquement, mais ses proches ont qualifié l’idée de « mesure clientéliste et coûteuse ».
« Nous ne laisserons pas passer cette opportunité. La canicule n’est pas une fatalité, c’est un signal d’alarme. » — Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes.
Des experts unanimes sur l’urgence, mais des divisions persistantes sur la mise en œuvre
Pour le climatologue Jean Jouzel, la mesure est « une réponse pragmatique à une réalité qui s’impose à nous ». « Les canicules à répétition, les sécheresses prolongées, les incendies massifs… Tout cela va devenir la norme. Refuser d’adapter notre droit du travail, c’est prendre le risque d’une crise sociale bien plus grave », analyse-t-il dans Mediapart. Du côté des économistes, les avis sont partagés. Thomas Piketty y voit un « investissement nécessaire pour éviter des coûts bien plus élevés demain », tandis que des libéraux craignent un « effet d’aubaine » pour les salariés peu scrupuleux. « Il faudra des garde-fous pour éviter les abus », tempère une spécialiste des politiques sociales.
Le gouvernement, lui, tergiverse. Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail, défend plutôt l’adaptation des horaires. Une position jugée insuffisante par les écologistes, qui promettent de déposer une proposition de loi dès la rentrée parlementaire. « Nous ne laisserons pas passer cette opportunité. La canicule n’est pas une fatalité, c’est un signal d’alarme », martelait Marine Tondelier.
Pourtant, le ministère de la Santé a activé le 18 juin 2026 le numéro vert Canicule info service (0800 06 66 66), joignable de 9 heures à 19 heures. Une réponse d’urgence, mais qui ne suffit plus face à l’ampleur des défis à venir. En cas de besoin d’une prise en charge ne relevant pas d’une urgence vitale, le ministère recommande : 1/ d’appeler prioritairement son médecin traitant ; 2/ S’il n’est pas disponible, de recourir à une alternative à proximité, en consultant par exemple la carte des lieux de soins sur santé.fr ; 3/ En cas de doute, d’appeler le 15.
Les infrastructures publiques, déjà à l’épreuve, peinent à suivre le rythme des bouleversements climatiques. « Le changement climatique n’est plus une menace lointaine, mais une réalité qui bouleverse déjà notre quotidien », rappelle l’article des écologistes. Une prise de conscience que certains partis politiques, obsédés par les querelles budgétaires, peinent encore à intégrer. Selon l’Organisation mondiale de la santé, plus de 200 000 personnes sont mortes des suites de la chaleur en Europe au cours des quatre dernières années, un chiffre qui donne une mesure de l’urgence à agir.
Un enjeu de santé publique et de crédibilité politique pour l’été 2026
Alors que l’été s’annonce comme l’un des plus chauds jamais enregistrés, la question n’est plus de savoir si la France adoptera ce congé climatique, mais quand et sous quelle pression. Les écologistes, eux, comptent sur la pétition pour faire pression. « Nous voulons recueillir des milliers de signatures en quelques semaines pour démontrer que cette mesure répond à un besoin criant », affirme une porte-parole du parti. Avec 72 % des Français favorables à l’idée, selon L’Obs, le camp écologiste mise sur l’opinion publique pour forcer le gouvernement à agir.
Une chose est sûre : l’été 2026 pourrait bien être celui où la France, patrie des droits sociaux, choisira enfin de les adapter à l’ère du réchauffement climatique. En Espagne, le congé climatique est activé dès qu’une alerte rouge est émise par l’agence météorologique nationale (AEMET), une flexibilité qui contraste avec l’immobilisme français face aux épisodes caniculaires répétés. Les écologistes, eux, rappellent que la mesure s’appliquerait aussi lors d’épisodes neigeux intenses ou par très grand froid, élargissant ainsi le champ des urgences climatiques couvertes.
« Personne ne devrait avoir à choisir entre sa santé, celle de ses proches ou son emploi. Les travailleurs exposés aux intempéries, les parents contraints de garder leurs enfants en cas de fermeture d’école due à la canicule ou aux inondations, doivent pouvoir se protéger sans craindre pour leur revenu. » — Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes.
Pourtant, malgré ce consensus apparent sur l’urgence, le débat s’enlise entre ceux qui prônent une réponse sociale immédiate et ceux qui défendent une approche progressive, souvent critiquée pour son manque d’ambition. Les écologistes, eux, misent sur la mobilisation citoyenne pour faire bouger les lignes. « L’été 2026 sera déterminant », résume un observateur politique. Le congé climatique, s’il est adopté, pourrait devenir le premier grand symbole d’une France résolument engagée dans l’adaptation aux défis climatiques.