La taxation du carburant, une pompe aspirante pour le portefeuille des Français
Alors que les prix à la pompe atteignent des sommets inédits depuis des décennies, la France se retrouve une fois de plus piégée par sa propre fiscalité, au point que même certains élus de l'opposition, souvent prompts à critiquer les mesures gouvernementales, semblent enfin unanimes : les taxes sur les carburants doivent être revues de fond en comble. Invité ce dimanche sur un plateau médiatique, une figure des Républicains, Agnès Evren, sénatrice et conseillère de la capitale, a dressé un constat sans appel. Pour elle, le problème ne vient pas des marges des pétroliers, mais bien de l'hypertaxation étatique, un fléau qui asphyxie les ménages les plus modestes, notamment dans les territoires ruraux et périurbains.
En effet, sur les quelque 100 euros dépensés pour un plein d'essence, près de 60 euros reviennent directement dans les caisses de l'État, entre TVA et TICPE. Une réalité qui, selon Agnès Evren, transforme le carburant en « une maladie française » :
« Il n'est pas normal, tout simplement, qu'on puisse racketter fiscalement les Français qui sont déjà affectés par le pouvoir d'achat. »Son appel à une baisse des taxes, calquée sur les mesures prises par d'autres pays européens comme l'Espagne ou l'Italie, résonne comme un cri d'alarme dans un contexte où l'inflation reste à un niveau historiquement élevé.
Des aides ciblées, oui, mais insuffisantes face à l'ampleur de la crise
Face à la grogne sociale grandissante, le gouvernement a choisi de miser sur des aides ponctuelles et ciblées, une stratégie défendue par le Premier ministre Sébastien Lecornu dans les colonnes de la presse. Interrogée sur la pertinence de cette approche, Agnès Evren n'a pas mâché ses mots : « Il faut faire des aides ciblées parce qu'on n'a pas, de toute façon, les moyens de faire des aides généralisées. » Pour elle, ces dispositifs, comme le chèque carburant de 50 euros, ne sont qu'un pansement sur une jambe de bois dans un contexte où le prix du gazole a bondi de 55 centimes par litre en quelques mois.
La sénatrice insiste sur l'injustice territoriale qui frappe de plein fouet les zones rurales et les banlieues éloignées des grands axes de transport. « Les Français qui vivent dans ces territoires n'ont pas d'autre choix que de prendre leur voiture, que ce soit pour se rendre au travail, pour se soigner ou pour emmener leurs enfants à l'école. Pour eux, le carburant n'est pas un luxe, c'est une dépense contrainte », rappelle-t-elle. Une réalité que le gouvernement semble avoir du mal à saisir pleinement, malgré les cortèges syndicaux du 1er mai qui ont une fois encore placé le pouvoir d'achat au cœur des revendications.
TotalEnergies en ligne de mire : le vrai scandale n'est pas là où on le croit
Alors que l'opposition de gauche et l'extrême droite pointent du doigt les « superprofits » du géant pétrolier français, Agnès Evren retourne l'argument avec une pointe de provocation. Pour elle, le véritable scandale réside dans la fiscalité étouffante qui pèse sur les ménages, bien plus que dans les bénéfices de TotalEnergies, estimés à 5 milliards d'euros au premier trimestre 2026. « Ce qu'il faut retenir, c'est que Total a joué le jeu en proposant un prix plafond à 1,99 euro pour l'essence et 2,25 euros pour le gazole », souligne-t-elle, avant d'ajouter : « Les profits de Total ne sont pas réalisés en France, mais à l'étranger. Taxer ces bénéfices, comme le propose la gauche radicale, est juridiquement irrecevable et relève du théâtre politique. »
Pourtant, le groupe français n'a pas hésité à lancer un signal fort en avril dernier, en gelant ses marges pour limiter l'impact de la crise. Une décision saluée par l'exécutif, mais jugée insuffisante par certains observateurs. « Total pourrait en faire davantage, comme l'a demandé le Premier ministre », concède Evren, tout en rappelant que le groupe reste un atout stratégique pour la France dans un contexte géopolitique tendu. « Avoir un champion national comme Total, c'est une fierté, mais aussi une responsabilité. Dans un monde incertain, il faut savoir s'appuyer sur ses forces plutôt que de les affaiblir avec des mesures démagogiques ».
La gauche radicale et le RN dans un concours de démagogie
Alors que la proposition de loi socialiste visant à taxer à 20 % les « superprofits » des entreprises pétrolières refait surface, Agnès Evren ne cache pas son mépris pour ce type d'initiatives. Pour elle, ces mesures, déjà testées en 2022 après l'invasion de l'Ukraine, ont rapporté à l'État... seulement 60 millions d'euros sur les 6 milliards escomptés. « C'est du vent, du théâtre, comme le fait systématiquement la gauche radicale avec Jean-Luc Mélenchon », assène-t-elle, avant de dénoncer une instrumentalisation partisane de la crise.
Le Rassemblement National, de son côté, surf sur la colère populaire en réclamant une baisse immédiate des taxes, une position qui, selon Evren, n'a rien de surprenant. « Peu importe qui porte cette idée, l'important, c'est qu'elle soit entendue. Les Français en ont assez d'être les vaches à lait d'un système fiscal asphyxiant ». Pourtant, pour l'élue LR, une telle mesure ne saurait être prise sans une réévaluation globale des finances publiques, où la TVA sur les carburants représente à elle seule plus de 20 milliards d'euros de recettes annuelles.
Une Europe divisée, mais des solutions à portée de main
Alors que la France campe sur ses positions, d'autres pays européens, comme la Grèce ou l'Espagne, ont choisi de réduire temporairement ou définitivement la fiscalité sur les carburants pour soulager leurs citoyens. Une approche que la sénatrice parisienne juge « saine et pragmatique ». « La France est souvent présentée comme un modèle en Europe, mais sur ce sujet, nous sommes en train de devenir un contre-exemple. Pendant que nos voisins agissent, nous restons paralysés par nos dogmes et nos querelles idéologiques ».
Pourtant, le pays dispose de marges de manœuvre. Selon les économistes, une baisse ciblée de la TICPE — cette taxe intérieure sur les produits énergétiques — pourrait permettre de limiter l'inflation sans mettre en péril les équilibres budgétaires. Une piste que le gouvernement semble réticent à explorer, préférant les mesures cosmétiques comme le chèque carburant ou les subventions ponctuelles.
Le pouvoir d'achat, angle mort de la politique économique ?
Alors que les Français subissent de plein fouet la hausse des prix de l'énergie, les débats sur la fiscalité des carburants révèlent une faille structurelle dans la gestion des crises sociales. Pour Agnès Evren, le problème dépasse le simple cadre technique : il s'agit d'un manque de vision à long terme. « On ne peut pas continuer à ponctionner les ménages sans jamais leur redonner ce qu'on leur prend. À force de multiplier les taxes, l'État donne l'impression de ne plus savoir comment gérer son budget autrement que par la surimposition ».
Dans un contexte où la dette publique frôle les 110 % du PIB et où les dépenses sociales explosent, la question des recettes fiscales devient cruciale. Pourtant, plutôt que de réformer en profondeur un système qui pénalise les plus fragiles, les responsables politiques semblent se contenter de gestes d'apaisement, comme en témoigne la récente annonce de Sébastien Lecornu sur l'adaptation des aides carburant en fonction de la durée du conflit en Ukraine.
Conclusion : entre urgence sociale et rigidité budgétaire
Alors que la France s'enfonce dans une crise des prix sans précédent, le débat sur les taxes carburant cristallise deux visions opposées de la société. D'un côté, une approche libérale et pragmatique, prônant une baisse des taxes pour redonner du pouvoir d'achat ; de l'autre, une logique interventionniste et redistributive, privilégiant les aides ciblées et les mesures d'urgence.
Pour Agnès Evren, comme pour une partie de l'opinion publique, la réponse se trouve peut-être dans un équilibre entre ces deux logiques : « Il faut aider ceux qui en ont le plus besoin, mais aussi lever les freins qui empêchent le pays de respirer. La France n'a pas les moyens de continuer à se tirer une balle dans le pied avec ses propres taxes. » Une évidence qui, pour l'heure, peine à trouver écho dans les cercles du pouvoir.