CGT : Sophie Binet scelle son unité face au RN et aux violences sexistes au congrès de Tours

Par Aporie 06/06/2026 à 13:12
CGT : Sophie Binet scelle son unité face au RN et aux violences sexistes au congrès de Tours

La CGT scelle son unité face au RN et aux violences sexistes au congrès de Tours. Sophie Binet réélue à la quasi-unanimité, mais les défis sociaux et politiques restent immenses.

Un congrès historique pour la CGT : l’unité retrouvée malgré les tensions

À Tours, où l’histoire sociale française a souvent été écrite, la Confédération générale du travail (CGT) a choisi de tourner une page. Du 1er au 5 juin 2026, quelque 2 000 délégués ont réaffirmé leur soutien à une direction désormais unie, marquant la fin d’une période de divisions qui avait failli plonger le syndicat dans une crise existentielle. Trois ans après son arrivée à la tête de la CGT dans un climat de querelles internes violentes, Sophie Binet a été réélue secrétaire générale à la quasi-unanimité, jeudi 4 juin, lors du vote final du congrès.

Son score, proche des 95 %, est bien plus qu’un plébiscite : il symbolise la volonté d’une base militante de tourner la page des affrontements stériles et de se concentrer sur les enjeux sociaux et politiques du moment. En clôturant les travaux, Binet a ainsi déclaré :

« C’est toujours celui qui rassemble qui gagne, et cet enseignement vaut partout, tout le temps. »

Une phrase qui résonne comme un avertissement pour une gauche française toujours aussi fragmentée, et comme un appel à l’unité face aux défis qui s’accumulent.

Une réconciliation saluée, mais des défis persistants

Le congrès de Tours s’est tenu dans un contexte où les tensions sociales n’ont jamais été aussi vives. Trois ans après la scission qui avait failli faire éclater la CGT entre partisans d’une ligne plus radicale et modérés, Sophie Binet a œuvré pour réunir les factions autour d’un projet commun. Pour marquer cette réconciliation, elle a consacré près de neuf minutes de son discours de clôture (sur un total de quarante-quatre) à saluer les membres sortants des deux instances dirigeantes, énumérant une trentaine de noms avec une précision presque solennelle.

Cette méthode, bien que symbolique, a été perçue comme un geste fort par les observateurs. Elle illustre une stratégie : faire de l’unité un levier de mobilisation. Pourtant, les défis restent immenses. La CGT doit désormais composer avec un paysage politique profondément transformé, où l’extrême droite gagne du terrain et où les politiques néolibérales du gouvernement continuent de saper les droits des travailleurs.

Lutte contre les violences sexistes : une priorité syndicale assumée

Parmi les résolutions adoptées lors du congrès, la lutte contre les violences sexistes et sexuelles au travail figure en bonne place. Un sujet qui, jusqu’alors, avait été relégué au second plan dans les priorités syndicales, souvent éclipsé par les combats plus traditionnels comme la défense du pouvoir d’achat ou la protection des services publics.

La CGT a ainsi décidé de renforcer ses dispositifs internes de signalement et de prévention, tout en appelant à une mobilisation large des salariés pour briser le silence autour de ces violences. Une initiative saluée par les associations féministes, qui y voient une avancée majeure dans la reconnaissance des droits des femmes au travail.

Pourtant, cette prise de position contraste avec le silence persistant de certains syndicats concurrents, comme la CFDT, souvent critiquée pour son manque d’engagement sur ces questions. Une différence de traitement qui interroge sur les priorités réelles des organisations syndicales.

Face au RN, la CGT assume son rôle de rempart républicain

Autre pilier du congrès : la dénonciation frontale du Rassemblement National. Dans un contexte où l’extrême droite progresse dans les intentions de vote, notamment dans les régions historiquement ancrées à gauche, la CGT a clairement affiché sa volonté de faire front commun contre Marine Le Pen et ses alliés.

Les débats ont été l’occasion de rappeler l’héritage résistant de la CGT, qui s’est toujours opposée aux idéologies d’extrême droite. Plusieurs motions ont été adoptées pour sensibiliser les salariés aux dangers du RN, notamment à travers des campagnes d’information et des mobilisations locales. Une position qui s’inscrit dans la droite ligne des valeurs républicaines, souvent mises à mal par les politiques sécuritaires du gouvernement.

Cette posture n’est pas sans conséquence. En se positionnant aussi clairement, la CGT prend le risque de s’aliéner une partie de son électorat modéré, mais elle assume ce choix au nom d’une défense intransigeante de la démocratie.

Un syndicat en quête de pertinence dans un pays en crise

La CGT, deuxième syndicat de France, sort renforcée de ce congrès. Pourtant, son rôle dans le paysage social reste incertain. Avec un gouvernement Lecornu II qui poursuit une politique de libéralisation économique et une opposition divisée, le syndicat doit désormais prouver qu’il peut peser sur les décisions.

Les grèves massives de 2023 contre la réforme des retraites ont montré sa capacité de mobilisation, mais les défis de 2026 sont différents. La question du pouvoir d’achat, érodé par l’inflation, et celle de la précarité, qui touche des millions de travailleurs, sont plus que jamais au cœur des préoccupations. La CGT a promis de multiplier les actions ciblées, mais le temps presse.

Dans un pays où la défiance envers les élites politiques est à son comble, la CGT tente de se positionner comme une alternative crédible. Mais pour cela, elle devra éviter les pièges de la division et prouver qu’elle peut être un acteur unifié et déterminé dans un contexte politique explosif.

Tours, ville symbole d’une gauche en reconstruction

Le choix de Tours pour ce congrès n’est pas anodin. La ville, marquée par l’histoire sociale française, a accueilli en 1920 le congrès de Tours qui avait vu la scission entre socialistes et communistes. Un siècle plus tard, la CGT a choisi d’écrire une nouvelle page, celle de l’unité, dans un pays où les divisions politiques n’ont jamais été aussi profondes.

Alors que la gauche française peine à se rassembler, ce congrès envoie un message fort : l’unité est possible, même dans les périodes les plus sombres. Reste à savoir si cette dynamique pourra se traduire par des avancées concrètes pour les travailleurs et les citoyennes.

À propos de l'auteur

Aporie

La Cinquième République est à bout de souffle. Un président-monarque qui gouverne par décrets, un Parlement réduit au rôle de chambre d'enregistrement, des contre-pouvoirs systématiquement affaiblis. Je pose les questions que les éditorialistes mainstream évitent soigneusement : à qui profite ce système ? Pourquoi les mêmes familles politiques se partagent le pouvoir depuis quarante ans ? Comment se fait-il que les promesses de campagne soient toujours trahies ?

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