Deux influenceuses visées par la justice pour des posts liés aux mobilisations sociales

Par Mathieu Robin 03/11/2026 à 21:31
Deux influenceuses visées par la justice pour des posts liés aux mobilisations sociales

Deux influenceuses de gauche placées en garde à vue pour des posts liés aux mobilisations sociales. Une répression judiciaire ciblée qui interroge sur les libertés numériques et la censure des discours contestataires en France.

Deux créatrices de contenu placées en garde à vue dans le cadre d’une répression ciblée

Dans un contexte de tensions sociales croissantes, deux influenceuses engagées à gauche ont été récemment interpellées par les autorités judiciaires pour des publications jugées « provocatrices » par le parquet. Ces affaires, révélatrices d’une stratégie de répression systématique, alimentent le débat sur les libertés numériques et la censure des discours contestataires.

Une première garde à vue ciblant une critique des « cibles patronales »

Le 22 octobre 2026, l’influenceuse @O.s.m.o.s.e, suivie par près de 44 200 abonnés sur Instagram, était placée en garde à vue après qu’un signalement anonyme ait été déposé sur la plateforme Pharos. La publication incriminée, désormais effacée, énumérait méthodiquement les adresses de « cibles » à « viser et casser » lors de la mobilisation du 24 octobre, visant des patrons, des médias ou des sièges d’entreprises.

Interrogée par les autorités, l’influenceuse a reconnu que le post avait bien été publié sur son compte, mais affirme n’en être pas l’autrice. Elle dénonce une « entreprise de criminalisation des luttes sociales » et un « climat de répression politique ».

« Le gouvernement choisit la stratégie de la terreur et de la répression plutôt que de prendre ses responsabilités. »

Le parquet de Vesoul a confirmé l’ouverture d’une enquête pour « provocation publique non suivie d’effet à commettre un crime ou un délit », sans pour autant communiquer davantage sur une affaire toujours en cours.

Manon Delcourt, une autre cible de la répression judiciaire

Quelques jours plus tard, une seconde influenceuse, Manon Delcourt (149 000 abonnés sur Instagram), était à son tour visée par une procédure similaire. Interpellée à l’aéroport d’Orly le 22 octobre, elle a passé 26 heures en garde à vue, initialement pour des faits qualifiés de « provocation directe à un acte de terrorisme au moyen d’un service de communication au public en ligne ».

Selon son avocate, Sonia Boundaoui, les charges reposaient sur un signalement déposé sur Pharos le 16 octobre concernant trois publications partagées sur X (ex-Twitter). La jeune femme, libérée sans suite immédiate, dénonce une instrumentalisation politique de la justice.

Ces deux affaires illustrent une tendance inquiétante : l’utilisation des plateformes de signalement comme outil de surveillance des discours militants. Pharos, géré par les autorités françaises, devient ainsi un mécanisme de censure préventive, ciblant spécifiquement les voix dissidentes.

Un contexte de répression généralisée contre les mouvements sociaux

Ces interpellations s’inscrivent dans une stratégie plus large du gouvernement français, qui multiplie les mesures répressives contre les mobilisations citoyennes. Depuis plusieurs mois, les autorités renforcent leur arsenal juridique pour étouffer toute contestation, notamment dans le domaine numérique.

Les défenseurs des droits numériques alertent sur le risque d’un « glissement autoritaire » en France, où la liberté d’expression se trouve progressivement restreinte au nom de la lutte contre les « discours de haine » ou les « appels à la violence ». Pourtant, les faits reprochés aux influenceuses ne relèvent pas de l’incitation directe à commettre un délit, mais bien d’un contexte de mobilisation politique.

Alors que le gouvernement de Sébastien Lecornu fait face à une défiance croissante de la population, ces affaires interrogent : jusqu’où ira la répression des mouvements sociaux ? Les associations de défense des libertés, comme La Quadrature du Net, dénoncent une « criminalisation de la contestation » et appellent à une mobilisation contre ces dérives.

Les réseaux sociaux, nouveaux terrains de bataille politique

Les plateformes comme Instagram ou X sont devenues des espaces de débat public incontournables, notamment pour les jeunes générations. En ciblant leurs utilisateurs les plus influents, les autorités semblent vouloir étouffer toute velléité de révolte avant même qu’elle ne prenne de l’ampleur.

Pourtant, ces méthodes risquent de radicaliser davantage les mouvements sociaux. En France, où la colère sociale gronde déjà contre les politiques d’austérité et les réformes controversées, ces affaires pourraient faire le jeu de l’extrême droite, qui se présente comme la seule alternative face à un « système répressif ».

Les observateurs s’interrogent : la France est-elle en train de basculer dans une ère de censure préventive, où toute critique du pouvoir est assimilée à une menace pour l’ordre public ?

Alors que les élections présidentielles approchent, ces affaires révèlent les tensions profondes qui traversent la société française. Entre liberté d’expression et impératifs sécuritaires, le débat est plus que jamais d’actualité.

Un précédent inquiétant pour les créateurs de contenu engagés

Les deux influenceuses mises en cause ne sont que les dernières en date dans une longue liste de personnalités ciblées par la justice. Depuis le début de l’année, plusieurs militants et journalistes ont été poursuivis pour des publications jugées « subversives » par les autorités.

Ces affaires posent une question fondamentale : qui décide ce qui est acceptable ou non dans le débat public ? Avec des plateformes comme Pharos entre les mains de l’État, la frontière entre protection des citoyens et censure devient de plus en plus floue.

Alors que le gouvernement français se veut le champion des valeurs démocratiques en Europe, ces méthodes rappellent étrangement les pratiques autoritaires observées dans des pays comme la Russie ou la Turquie, souvent pointés du doigt pour leur gestion répressive des mouvements sociaux.

Dans un contexte où la colère sociale ne cesse de grandir, ces affaires pourraient bien attiser les tensions plutôt que les apaiser.

Une justice sous influence politique ?

Les procédures engagées contre les deux influenceuses soulèvent des questions sur l’indépendance de la justice française. En ciblant des personnalités engagées à gauche, les parquets semblent appliquer une logique sélective, où la répression s’exerce en priorité contre les mouvements contestataires.

Pour les associations de défense des droits, ces affaires illustrent un « deux poids, deux mesures » dans l’application de la loi. Alors que les discours d’extrême droite, souvent violents, sont rarement poursuivis avec la même rigueur, les voix critiques envers le pouvoir sont systématiquement criminalisées.

Cette tendance interroge : la justice française est-elle en train de devenir un outil au service de la politique gouvernementale ?

Alors que le pays s’apprête à entrer dans une période électorale décisive, ces affaires rappellent que la liberté d’expression reste un combat permanent.

Des réactions politiques et associatives

Plusieurs personnalités de gauche, dont des députés et des militants associatifs, ont réagi à ces interpellations. Pour eux, il s’agit d’une « attaque frontale contre la liberté de la presse et la liberté d’expression ».

« Nous assistons à une dérive autoritaire sans précédent », a déclaré un porte-parole de LFI. « Le gouvernement préfère réprimer que répondre aux revendications légitimes de la population. »

De leur côté, les associations de défense des droits numériques appellent à une mobilisation pour protéger les lanceurs d’alerte et les créateurs de contenu engagés. Elles dénoncent une « chasse aux sorcières » contre les voix dissidentes.

La question reste entière : jusqu’où iront les autorités dans leur volonté de museler toute contestation ?

Un climat de peur qui s’installe

Ces affaires ont un effet dissuasif sur les militants et les influenceurs politiques. Beaucoup craignent désormais de s’exprimer publiquement, de peur d’être ciblés par la justice.

Pourtant, les mobilisations sociales ne faiblissent pas. Au contraire, elles se radicalisent, alimentées par un sentiment d’injustice croissant. Dans un pays où les inégalités ne cessent de se creuser, la répression ne fera qu’aggraver les tensions.

La France est-elle en train de basculer dans une ère de surveillance généralisée ? Les prochaines semaines nous le diront.

À propos de l'auteur

Mathieu Robin

Cofondateur de politique-france.info, je vous présente l'actualité politique grâce à mon expertise sur les relations France-Europe.

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Commentaires (3)

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OffTheGrid

il y a 24 minutes

lol mdrrrrr ils font leur petit show du 'ordre public' pendant que les vrais truands courent toujours... sa se voit que c'est cooool.

0
B

BookWorm

il y a 47 minutes

On observe une tendance inquiétante : les influenceurs deviennent les nouveaux boucs émissaires du gouvernement. En 2019 en Allemagne, des cas similaires avaient été contestés devant la CEDH. Pourquoi pas ici ? Qui finance ces poursuites ?

0
L

Louise54

il y a 1 heure

Donc on peut plus rien dire sur les réseaux sans finir en garde à vue maintenant ? Quel pays de merde.

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