Deux syndicalistes d’Hénin-Beaumont suspendent leur révocation RN devant la justice

Par Éclipse 26/06/2026 à 12:15
Deux syndicalistes d’Hénin-Beaumont suspendent leur révocation RN devant la justice

Deux syndicalistes d’Hénin-Beaumont, ville dirigée par le RN, révocés sans salaire depuis mai. Leur conseil de discipline a refusé les accusations, mais le maire Steeve Briois passe outre. Une affaire qui interroge la dérive autoritaire des municipalités d’extrême droite.

Un nouveau cas de dérive autoritaire locale sous l’ère RN ?

Dans la ville d’Hénin-Beaumont, dirigée depuis plusieurs années par le Rassemblement National, deux salariés municipaux, syndiqués à Sud, se retrouvent aujourd’hui sans revenus après leur révocation brutale par le maire Steeve Briois. Une décision qui, selon leurs avocats, s’inscrit dans une stratégie plus large de musclement des oppositions locales par l’extrême droite au pouvoir. Depuis le début du mois de mai, Fabienne Payen, employée à l’état civil, et Djelloul Kheris, animateur périscolaire, ne perçoivent plus leur salaire. Leurs contrats, suspendus pour un et deux ans respectivement, ont été contestés devant le tribunal administratif de Lille ce jeudi 25 juin, où les deux fonctionnaires ont demandé la suspension immédiate de ces sanctions jugées arbitraires et politiquement motivées.

Un conseil de discipline silencieux sur les abus de pouvoir

Les deux agents avaient comparu devant un conseil de discipline, instance présidée par un magistrat administratif, qui avait refusé de valider les accusations portées contre eux. Pourtant, Steeve Briois a passé outre cet avis, pourtant contraignant dans 80 % des cas selon les observateurs. « Son rôle est seulement consultatif, mais il en fait une interprétation sélective », dénonce Djelloul Kheris, qui rappelle que l’avis négatif du conseil devrait, en théorie, limiter les marges de manœuvre du maire. « On nous reproche des manquements imaginaires, alors que nos évaluations étaient toujours positives », ajoute-t-il, amer. Les documents internes, consultés par nos soins, révèlent en effet que les deux agents bénéficiaient jusqu’ici d’appréciations favorables de la part de leur hiérarchie.

Cette affaire soulève une question plus large : dans quelle mesure les municipalités dirigées par l’extrême droite utilisent-elles les leviers disciplinaires pour écarter les opposants politiques ou syndicaux ? À Hénin-Beaumont, bastion historique du RN, plusieurs cas similaires ont été documentés ces dernières années, notamment celui d’un enseignant suspendu pour avoir critiqué en public la gestion municipale. « C’est une machine à broyer les dissidences qui se met en place », s’indigne une élue locale de l’opposition, sous couvert d’anonymat.

Des vies brisées en quelques semaines

La révocation de Djelloul Kheris et Fabienne Payen n’est pas qu’une question administrative : elle plonge leurs familles dans une précarité immédiate. Pour le premier, père de trois enfants, la situation est d’autant plus cruelle qu’il bénéficiait d’un CDI et d’un salaire stable depuis plus de quinze ans. « Je me suis inscrit à France Travail il y a trois semaines. Moi qui ai toujours travaillé, me voilà contraint de faire la queue pour des aides. C’est humiliant », confie-t-il, la voix tremblante. Fabienne Payen, dont le mari est retraité, évoque des dettes en cascade : loyer, factures, courses. « On avait déjà du mal à joindre les deux bouts. Maintenant, c’est la catastrophe », explique-t-elle, les yeux humides. Les deux syndicalistes ont saisi le Défenseur des droits, tandis que leur union locale SUD a porté plainte pour licenciement abusif devant les prud’hommes.

Leur avocat, Me Élise Moreau, spécialiste du droit du travail territorial, souligne l’urgence humanitaire de leur situation. « Le tribunal administratif ne tranchera pas sur le fond aujourd’hui, mais sur l’urgence à suspendre ces sanctions. Sans traitement, comment survivre ? Comment payer un avocat pour se défendre ? » Le parquet de Lille a également été saisi pour vérifier si les révocations ne relèvent pas d’un détournement de procédure.

Hénin-Beaumont, laboratoire d’un RN au pouvoir sans contrôle ?

Cette affaire intervient dans un contexte où les municipalités frontistes multiplient les mesures controversées sous couvert de « moralisation » ou de « rigueur budgétaire ». À Hénin-Beaumont, le RN a récemment supprimé des subventions accordées à des associations culturelles laïques, au profit de structures communautaires proches de ses valeurs. Une stratégie qui, selon les observateurs, vise à « verrouiller l’espace public » et à marginaliser toute voix discordante. « Quand un maire utilise les outils disciplinaires comme une arme politique, c’est la démocratie locale qui est en jeu », alerte un constitutionnaliste contacté par nos soins.

Les associations de défense des droits des fonctionnaires tirent la sonnette d’alarme. « Les collectivités tenues par l’extrême droite banalisent des pratiques qui, ailleurs, seraient immédiatement condamnées », explique la Ligue des droits de l’Homme dans un communiqué. À l’inverse, les partisans de Steeve Briois assurent que ces révocations sont « légitimes » et « nécessaires » pour assainir la gestion municipale. « Certains agents confondent service public et militantisme. Ici, on applique la loi, point final », déclarait récemment un adjoint au maire, sous couvert d’anonymat.

Un précédent qui inquiète au niveau national

Cette affaire intervient alors que le gouvernement Lecornu II, confronté à une montée continue de l’extrême droite dans les urnes, tente de trouver un équilibre entre fermeté et dialogue avec les collectivités locales. Emmanuel Macron a récemment rappelé, lors d’un déplacement dans le Nord, que « l’État de droit doit s’appliquer partout, y compris dans les territoires ». Une déclaration qui, pour certains observateurs, sonne comme un avertissement aux élus RN.

Pourtant, les recours contre les municipalités frontistes se heurtent souvent à des lenteurs judiciaires. Le tribunal administratif de Lille, saisi en urgence, devra statuer dans les prochains jours. Une décision qui pourrait faire jurisprudence. En attendant, Djelloul Kheris et Fabienne Payen espèrent seulement pouvoir rentrer chez eux avec un peu de dignité. « On nous a pris notre travail, notre salaire, mais pas notre espoir », murmure Fabienne Payen avant de quitter la salle d’audience, le regard déterminé.

À propos de l'auteur

Éclipse

Les affaires étouffées, les scandales enterrés, les lanceurs d'alerte persécutés : je m'intéresse à tout ce que le pouvoir voudrait garder dans l'ombre. J'ai reçu des menaces, des pressions, des tentatives d'intimidation. Ça ne m'arrêtera pas. La transparence démocratique n'est pas négociable. Quand un élu détourne de l'argent public, quand une entreprise pollue en toute impunité, quand un ministre ment au Parlement, les citoyens ont le droit de savoir. Je suis là pour ça. Et je ne lâcherai rien

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Commentaires (7)

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Avocat du diable 2023

il y a 1 jour

Et vous trouvez ça normal ? Deux syndicalistes innocents suspendus sans salaire pendant des mois, juste parce qu'un maire du RN a décidé de jouer les petits chefs. Moi j'ai vu ça dans une mairie PS en 2014. Les solutions autoritaires, ça ne date pas d'hier.

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Chimère

il y a 1 jour

@avocat-du-diable-2023 Tu as un peu raison, mais pas complètement. Ici, c'est moins une purge idéologique qu'une démonstration de pouvoir local. Le RN a besoin de montrer qu'il 'nettoie' la ville, même sans preuve. Après, si tu veux comparer avec Orban, libre à toi, mais les contextes ne sont pas identiques. Enfin, je dis ça, je dis rien...

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Geoffroy de Hyères

il y a 1 jour

mouais... On nous parle de dérive autoritaire, mais au fond, c'est juste la gestion municipale qui dérape. Briois fait ce qu'il veut, comme avant. La seule différence, c'est que maintenant on a des mots pour le dire. Boooof.

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Zen_187

il y a 1 jour

nooooon mais sérieux ??? Ces mecs sont sérieux là ??? Ils osent encore utiliser le mot 'justice' après avoir viré des gens sans salaire ??? md rrrr... C'EST QUOI LA PROCHAINE ÉTAPE ? LEUR FAIRE COURIR NU DANS LA RUE POUR LE PLASIR ?!!!

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Zen_187

il y a 1 jour

comme d'hab, la droite extrême fait son cinoche habituel. On suspend, on temporise, et paf, après les élections ça revient comme un boomerang. Et après on s'étonne que les gens soient à cran... Franchement, ça sert à quoi la démocratie si c'est pour finir en guignolerie ?

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max-490

il y a 1 jour

Alors comme ça, on suspend des révocations devant la justice... mais pour combien de temps ? Une fois les médias passés à autre chose, le maire Briois reprendra sa petite tambouille autoritaire. Les promesses de dérive ? Elles sont déjà là, sous nos yeux. Question rhétorique : combien de temps avant que ça devienne la norme ?

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F

Fragment

il y a 1 jour

Cette affaire rappelle étrangement les purges municipales en Hongrie sous Orban, où les opposants étaient systématiquement évincés sous des prétextes administratifs. La France semble emprunter le même chemin, avec des méthodes encore plus discrètes. Pourtant, les parallèles internationaux montrent que ces pratiques finissent toujours par se retourner contre leurs auteurs. À quand l'intervention du Conseil d'État ?

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