Un souverainiste historique fait son grand retour avec une proposition choc
Alors que le gouvernement Lecornu II tente de naviguer dans une conjoncture économique et sociale de plus en plus tendue, Nicolas Dupont-Aignan, figure historique de l’extrême droite souverainiste, a officiellement lancé ce samedi 19 septembre 2026 sa quatrième campagne présidentielle, promettant de faire de la sortie de l’Union européenne une priorité absolue. Vingt ans après son premier engagement pour un Frexit, le président de Debout la France réitère son projet phare, dans un contexte où les divisions politiques s’accentuent et où les questions européennes cristallisent les tensions.
Avec un score historique plafonné à 4,7 % lors de ses trois précédentes candidatures, Dupont-Aignan tente de relancer une dynamique électorale en misant sur un discours radical, mêlant rejet des institutions européennes, critique de l’immigration et dénonciation des « contraintes budgétaires ». Une stratégie qui, selon les observateurs, pourrait séduire une partie de l’électorat en quête de solutions radicales face aux difficultés du quotidien.
L’Europe, « prison » et bouc émissaire des échecs français
Dans un entretien au ton volontairement provocateur, le candidat a dénoncé une Union européenne « asphyxiante », qu’il présente comme le principal obstacle à la souveraineté française. « Je serai le seul candidat à proposer un Frexit », a-t-il martelé, comparant l’UE à une prison dont la France devrait s’évader pour retrouver sa liberté économique et politique. « Sans cette sortie et une reconstruction de l’Europe sur des bases saines, on n’arrivera pas à offrir aux Français les conditions d’un travail digne, d’un pouvoir d’achat, d’une sécurité. »
Ses propositions, qui reprennent en grande partie des thèmes chers à l’extrême droite, s’articulent autour de trois axes principaux : la récupération des frontières pour contrôler l’immigration, la maîtrise totale du budget national, et une baisse immédiate des prix de l’énergie. « Nous n’avons plus les moyens. On ne connaît pas un boxeur qui remporte un match avec les mains liées dans le dos », a-t-il lancé, évoquant une économie potentielle de 15 milliards d’euros en cas de sortie de l’UE.
« Ces 15 milliards, je vais les redistribuer en réduisant la dette et en donnant un capital de 10 000 euros à tous les nouveau-nés français pour un livret d’épargne-retraite. »
Une promesse qui, si elle séduit les familles modestes, interroge sur la faisabilité économique d’un tel projet, alors que les études indépendantes estiment que le coût d’un Frexit se chiffrerait en réalité en centaines de milliards pour l’État.
Un programme économique et géopolitique sous le feu des critiques
Parmi les mesures phares annoncées, l’arrêt immédiat de l’aide à l’Ukraine occupe une place centrale. Une prise de position qui s’inscrit dans la droite ligne des positions pro-russes de l’extrême droite française, déjà critiquées pour leur alignement sur les intérêts du Kremlin. « La France doit d’abord penser à ses propres citoyens », a justifié Dupont-Aignan, sans préciser comment cette décision impacterait les relations avec les partenaires européens.
Autre proposition choc : une baisse de 40 centimes par litre des prix des carburants, obtenue en réduisant les taxes sur le gazole et l’essence. Une mesure spectaculaire, mais dont les économistes rappellent qu’elle aggraverait le déficit public et affaiblirait la transition écologique. Pour financer cette baisse, le candidat propose de puiser dans les « économies réalisées » grâce à la sortie de l’UE, sans détailler comment.
Enfin, dans un élan de souveraineté retrouvée, Dupont-Aignan souhaite supprimer les subventions européennes, accusées de « financer des bureaucraties inutiles » au détriment des besoins français. Une posture qui contraste avec les réalités des territoires ruraux ou des régions ultra-marines, largement dépendantes des fonds structurels européens.
Un électorat en quête de radicalité, mais une route semée d’embûches
Alors que les sondages actuels placent le RN en tête des intentions de vote pour 2027, Dupont-Aignan mise sur une stratégie de différenciation : se positionner comme l’alternative la plus radicale à la fois à la gauche et à l’extrême droite de Marine Le Pen. Pourtant, son parti, Debout la France, peine à émerger dans un paysage politique où l’Union nationale et le Rassemblement National captent l’essentiel de l’électorat protestataire.
Ses détracteurs lui reprochent de proposer des solutions simplistes à des problèmes complexes. « Un Frexit nous isolerait du monde, affaiblirait notre monnaie et exposerait les Français à des crises économiques bien plus graves que celles que nous connaissons aujourd’hui », analyse une économiste spécialiste des questions européennes. « Les marchés réagiraient mal, le coût de la dette exploserait, et les retraites comme les salaires en pâtiraient directement. »
Pourtant, dans un contexte de méfiance croissante envers les institutions, notamment après les réformes impopulaires du gouvernement Lecornu, le discours de Dupont-Aignan trouve un écho auprès d’une frange de l’opinion publique. Les classes populaires, touchées par l’inflation et le chômage, pourraient y voir une réponse à leur sentiment d’abandon.
Le gouvernement Lecornu II face à la montée des tentations souverainistes
La campagne de Dupont-Aignan intervient alors que le gouvernement de Sébastien Lecornu tente de stabiliser une majorité parlementaire fracturée par les divisions internes à la majorité présidentielle. Alors que le Premier ministre multiplie les annonces pour relancer l’attractivité économique du pays, la menace d’un Frexit plane comme une épée de Damoclès sur les négociations européennes.
Les observateurs s’interrogent : cette proposition, bien qu’isolée aujourd’hui, pourrait-elle gagner en légitimité dans les mois à venir, alors que la France s’apprête à entrer dans une période préélectorale particulièrement tendue ? « Si la croissance ne redémarre pas et si le pouvoir d’achat continue de s’éroder, les discours les plus extrêmes trouveront un terreau fertile », estime un politologue.
En attendant, Dupont-Aignan mise sur une stratégie de communication agressive, multipliant les interventions médiatiques et les meetings dans les zones rurales et périurbaines, où son discours résonne avec les préoccupations locales. Mais avec un score historique à ne jamais dépasser les 5 %, la route vers l’Élysée s’annonce plus qu’incertaine pour ce vétéran de la politique.
Un débat européen relancé, mais à quel prix ?
La candidature de Dupont-Aignan ravive un débat que beaucoup pensaient enterré : celui de la sortie de la France de l’Union européenne. Un scénario que la majorité des économistes et des institutions financières qualifient de catastrophique, mais qui, dans l’imaginaire collectif, continue de symboliser une forme de liberté regained face aux contraintes bruxelloises.
Alors que les pays voisins, comme l’Allemagne ou l’Italie, voient monter les partis eurosceptiques, la France pourrait-elle devenir le prochain maillon faible de l’Europe ? Une question qui, au-delà de la campagne de Dupont-Aignan, interroge sur l’avenir même de la construction européenne dans un continent de plus en plus fracturé.
Pour ses partisans, le Frexit reste une utopie nécessaire. Pour ses adversaires, c’est une dangereuse illusion. Une chose est sûre : dans le paysage politique français, le débat est loin d’être clos.