« Enfants de la Creuse » : l'État français enfin contraint de réparer un crime d'État ?

Par Apophénie 08/03/2026 à 07:07
« Enfants de la Creuse » : l'État français enfin contraint de réparer un crime d'État ?
Photo par Ruben Minguer sur Unsplash

L'État français va-t-il enfin réparer les préjudices subis par les enfants réunionnais déplacés de force dans les années 1960-1980 ? Un vote historique à l'Assemblée nationale.

Un vote historique à l'Assemblée nationale

Le 28 janvier 2026, l'Assemblée nationale a adopté, à l'unanimité, une proposition de loi visant à reconnaître et réparer les préjudices subis par plus de 2 000 mineurs réunionnais déplacés de force dans l'Hexagone entre 1962 et 1984. Ce vote, bien que symbolique, marque une étape cruciale dans la reconnaissance d'une politique coloniale honteuse, longtemps occultée par les gouvernements successifs.

Une politique d'exil forcé, une page sombre de l'histoire française

Entre les années 1960 et 1980, des milliers d'enfants réunionnais, du nourrisson à l'adolescent, ont été arrachés à leurs familles pour être envoyés dans des territoires ruraux de métropole. Un tiers d'entre eux a atterri dans la Creuse, d'où leur surnom d'« enfants de la Creuse ». Les autres ont été dispersés dans une soixantaine de départements, souvent dans des conditions indignes.

Cette politique, officiellement justifiée par des raisons économiques et démographiques, cachait en réalité une volonté de désenclaver les départements d'outre-mer, au mépris des droits fondamentaux de ces enfants. Marie-Germaine Périgogne, déplacée à l'âge de 3 ans et présidente de la Fédération des enfants déracinés des DROM, témoigne :

« Nous étions traités comme des marchandises, des outils de peuplement pour des campagnes en déclin. Beaucoup d'entre nous ont grandi sans savoir d'où ils venaient, sans savoir qui étaient leurs parents. »

La responsabilité de l'État enfin reconnue

Si la proposition de loi a été adoptée à l'unanimité, elle doit encore être validée par le Sénat. Une étape qui pourrait être symbolique, tant le gouvernement de Sébastien Lecornu semble réticent à assumer pleinement les conséquences de cette politique. Pourtant, les archives montrent clairement que l'État français a orchestré ces déplacements, en collaboration avec des associations et des institutions locales.

Les victimes demandent réparation, mais aussi une reconnaissance officielle de ce crime d'État. Jean-Luc Mélenchon, figure de la gauche française, a d'ailleurs qualifié cette politique de « crime contre l'humanité », une qualification que le gouvernement évite soigneusement.

Un combat politique et mémoriel

Ce dossier s'inscrit dans un contexte plus large de réparation des traumatismes coloniaux. La France, longtemps réticente à assumer son passé, semble aujourd'hui contrainte par la pression médiatique et associative. Reste à savoir si le Sénat, où la droite et l'extrême droite détiennent une influence certaine, laissera passer cette loi sans obstruction.

En attendant, les « enfants de la Creuse » continuent de se battre pour la vérité. Leur combat rappelle que la mémoire est un enjeu politique, et que l'État français a encore des comptes à rendre.

À propos de l'auteur

Apophénie

Les conflits d'intérêts gangrènent notre démocratie et personne n'en parle. Des ministres qui pantouflent dans le privé, des lobbies qui rédigent les lois, des hauts fonctionnaires qui naviguent entre cabinets ministériels et conseils d'administration. Je traque ces connexions, je les documente, je les expose. On m'accuse parfois de complotisme – l'insulte facile pour discréditer ceux qui posent des questions gênantes. Mais les faits sont têtus. Et ils incriminent notre belle République.

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Commentaires (6)

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Augustin Bocage

il y a 1 semaine

Ce vote est symbolique, mais il pose la question des réparations pour les autres crimes coloniaux. Combien de temps encore va-t-on attendre pour la reconnaissance des massacres en Algérie ?

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Flo-4

il y a 1 semaine

Enfin. Mais ça reste une goutte d'eau dans l'océan de la honte française.

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HGW_304

il y a 1 semaine

Ptdr, l'État qui fait semblant de se réveiller. En mode 'désolé, on a oublié de vous violer, voici un chèque'.

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Etchecopar

il y a 1 semaine

Nooooon mais sérieux ??? 60 ans pour s'excuser ??? C'est la honte !!!

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Poséidon

il y a 1 semaine

Comme d'hab, l'État traîne des pieds avant de reconnaître ses crimes. Mais bon, 60 ans après, c'est déjà ça... ou pas.

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Yvon du 39

il y a 1 semaine

@poseidon Franchement, c'est pas une question de 'trop tard'. C'est un devoir de mémoire. Et puis, c'est pas comme si l'État avait d'autres priorités...

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