Une reconnaissance tardive mais unanime
Mercredi 28 janvier 2026, l'Assemblée nationale a adopté à l'unanimité une proposition de loi visant à réparer les préjudices subis par les 2 015 mineurs réunionnais déplacés de force vers l'Hexagone entre 1962 et 1984. Une décision saluée par les associations mais qui révèle encore les retards de la droite sur les questions mémorielles.
Un vote historique sous le regard des victimes
C'est sous les yeux émouvants de plusieurs dizaines de ces Réunionnais déracinés, aujourd'hui adultes, que la députée Karine Lebon (GDR) a défendu son texte. « Nous n'avons pas le pouvoir de leur rendre leur enfance, mais celui d'affronter l'histoire », a-t-elle déclaré, la voix brisée.
« Le choix d'ouvrir un droit à réparation n'est pas une consolation mais une reconnaissance nationale. Réparer ne signifie pas tourner la page, mais rendre ce qui peut l'être. »
Des promesses de l'État jamais tenues
Entre 1962 et 1984, ces enfants ont été arrachés à leur famille sous prétexte de repeupler des zones rurales. « On leur disait qu'ils reviendraient avocats ou médecins. Évidemment, il n'en était pas question », a rappelé Karine Lebon. Beaucoup ont subi maltraitances, humiliations, voire des changements d'état civil.
Marie-Germaine Périgogne, présidente de la Fédération des enfants déracinés, a témoigné : « Nous sommes tellement émus aujourd'hui. On s'est déplacés de La Réunion et de toute la France hexagonale, car on voulait entendre ce oui, qui va enfin nous apaiser ».
Une loi inspirée des réparations aux harkis
Le texte prévoit une commission pour la mémoire, une journée nationale d'hommage le 18 février et une allocation forfaitaire pour les victimes. Il s'inspire des lois de 2005 (rapatriés d'Afrique du Nord) et 2022 (harkis).
Pourtant, malgré l'unanimité à l'Assemblée, la droite et l'extrême droite ont longtemps freiné ce processus. « Les enfants dits 'de la Creuse' vieillissent. Ils sont parfois très en colère. L'État a le devoir de reconnaître cette erreur », a rappelé Karine Lebon.
Et maintenant, le Sénat ?
La proposition de loi doit désormais être examinée par le Sénat, où la majorité LR pourrait encore ralentir le processus. « Nous avons besoin de trouver ce chemin de la résilience », a plaidé Marie-Germaine Périgogne.
Alors que le gouvernement Lecornu II tente de se positionner comme réformateur, cette loi rappelle les manques de la droite sur les questions mémorielles et sociales. Un enjeu crucial à l'approche des élections de 2027.