Extrême gauche : la course à l’Élysée relancée par une militante anticapitaliste

Par SilverLining 27/06/2026 à 15:26
Extrême gauche : la course à l’Élysée relancée par une militante anticapitaliste

Selma Labib, figure du NPA-Révolutionnaires, officialise sa candidature pour 2027 avec un programme radical. Entre syndicalisme combatif et utopie révolutionnaire, l’extrême gauche mise sur le débat public malgré des chances électorales limitées.

Une candidature ancrée dans les luttes sociales

Dans un paysage politique français déjà marqué par les tensions entre réformisme et radicalité, Selma Labib, figure montante du Nouveau Parti anticapitaliste-Révolutionnaires (NPA-R), a officiellement lancé sa campagne pour l’élection présidentielle de 2027. Ce choix, annoncé le 17 juin 2026, s’inscrit dans une dynamique où l’extrême gauche tente de capitaliser sur le mécontentement social persistant, tout en peinant à fédérer au-delà de ses bastions traditionnels.

Ancienne joueuse de rugby et conductrice de bus à la CGT, Selma Labib incarne une génération de militants pour qui l’engagement politique ne peut se limiter aux urnes. Son parcours militant a été façonné par des combats emblématiques, notamment contre la loi Travail de 2016, qu’elle considère comme une « trahison des promesses démocratiques ». Pour elle, cette loi n’était que la partie émergée d’un système économique à abattre : « Le capitalisme ne se réforme pas, il se combat. » Son discours, teinté d’un marxisme révolutionnaire, résonne avec une frange de l’électorat en quête de solutions radicales face à la précarité et aux inégalités.

Un programme radical face à l’urgence sociale et écologique

Le programme porté par Selma Labib ne laisse place à aucun compromis. Parmi ses propositions phares :

  • Le SMIC à 2 000 euros net, présenté comme « le minimum syndical pour survivre dans un pays où les profits des milliardaires explosent ». Une mesure qui, selon ses détracteurs, ignorerait les réalités macroéconomiques, notamment en période de crise des finances publiques.
  • L’interdiction des licenciements, présentée comme une réponse à la « barbarie du marché du travail ». Une proposition qui, bien que séduisante pour les salariés, interroge sur sa faisabilité dans un contexte de compétitivité internationale.
  • La réduction du temps de travail comme solution à la crise climatique. « Travailler moins, c’est produire moins, et donc polluer moins », affirme-t-elle. Une approche qui, si elle séduit les écologistes radicaux, se heurte aux impératifs de croissance économique défendus par les libéraux comme par une partie de la gauche réformiste.

Sur le plan institutionnel, Selma Labib rejette l’idée d’une transition pacifique vers le socialisme. « Ce n’est pas par un bulletin de vote que l’on renversera le système », déclare-t-elle, s’alignant sur une ligne luxembourgiste où la lutte des classes prime sur les institutions bourgeoises. Une position qui la place en porte-à-faux avec des formations comme La France Insoumise, dont elle critique l’alliance avec le Parti Socialiste et les Verts, jugés trop modérés.

Un binôme symbolique, entre héritage syndical et controverses

Pour incarner sa candidature, Selma Labib s’est associée à Gaël Quirante, une figure historique du syndicalisme combatif. Condamné en 2025 à six mois de prison avec sursis pour des violences lors d’une intrusion au siège de La Poste en 2014, Quirante symbolise la radicalité d’un mouvement qui, après des décennies de déclin électoral, cherche à retrouver une visibilité médiatique.

Dans un entretien récent, Quirante a justifié ce choix par un constat sans appel : « On ne manque pas de luttes, mais de militants prêts à en assumer les conséquences. Une campagne présidentielle, c’est une tribune, pas une fin en soi. » Une stratégie qui, si elle lui permet de contourner les contraintes juridiques liées à sa condamnation, soulève des questions sur l’image que le NPA-R souhaite renvoyer : celle d’un parti résolument ancré dans l’action directe, ou celle d’un mouvement capable de peser dans les débats nationaux.

Un pari risqué dans un paysage politique fragmenté

Avec Emmanuel Macron en fin de mandat et une droite divisée entre Les Républicains et Renaissance, la gauche est plus que jamais éclatée. Entre La France Insoumise, qui mise sur une union large pour 2027, et le Parti Socialiste, tiraillé entre réformisme et radicalité, le NPA-R peine à émerger. Pourtant, dans un contexte où la crise de représentation des élites politiques atteint des sommets, certaines franges de l’électorat pourraient être séduites par un discours qui assume pleinement son opposition au système.

Les sondages, encore préliminaires, placent Selma Labib loin derrière les favoris. Mais son objectif n’est pas nécessairement la victoire : « On ne vise pas l’Élysée, on vise le débat. Montrer que d’autres solutions existent, que le capitalisme n’est pas une fatalité. » Une stratégie qui rappelle celle de Jean-Luc Mélenchon en 2017, lorsqu’il avait capté l’attention des médias sans pour autant accéder au second tour.

Une gauche radicale en quête de renouvellement

Le NPA-R, héritier des Luttes Ouvrières et du NPA historique, traverse une période de recomposition. Après l’échec cuisant de ses candidats aux dernières élections européennes et législatives, le parti cherche à se réinventer. La candidature de Selma Labib s’inscrit dans cette logique, avec une volonté affichée de sortir du « microcosme militant » pour toucher un public plus large.

Pourtant, les obstacles sont nombreux. D’abord, la montée de l’extrême droite, qui capte une partie de l’électorat populaire déçu par la gauche traditionnelle. Ensuite, la crise des alliances politiques, qui rend improbable toute fusion avec d’autres forces de gauche. Enfin, l’absence de stratégie claire pour dépasser les 1% des intentions de vote, un seuil symbolique souvent associé à l’inefficacité politique.

Dans un entretien accordé à un média local, une militante du NPA-R a confié : « On sait qu’on ne gagnera pas, mais on sait aussi que si personne ne porte ces idées, elles disparaîtront. Et avec elles, toute chance de changer les choses. » Une prise de conscience qui illustre la tension permanente entre radicalité et réalisme au sein de l’extrême gauche française.

Entre utopie et pragmatisme : le défi du NPA-R

La candidature de Selma Labib pose une question centrale pour la gauche radicale : peut-on encore croire en la révolution dans un pays où les institutions semblent verrouillées ? Pour ses partisans, la réponse est claire : « La démocratie ne se réduit pas aux élections. » Pour ses détracteurs, au contraire, une telle posture relève d’un romantisme politique dangereux, susceptible de marginaliser encore davantage une gauche déjà affaiblie.

Dans un contexte international où les dérives autoritaires se multiplient – de la Russie à la Turquie –, la France reste un îlot de relative stabilité démocratique. Pourtant, les crises des dérives sécuritaires et la remise en cause des libertés individuelles alimentent un climat propice aux discours les plus radicaux. Le NPA-R, en refusant toute compromission avec le « système », se positionne comme un recours pour ceux qui rejettent à la fois la politique de fermeté macroniste et les illusions réformistes.

Alors que la campagne pour 2027 s’annonce déjà comme l’une des plus âpres de la Ve République, la question n’est plus seulement de savoir qui l’emportera, mais de déterminer quelles idées survivront aux urnes. Et dans ce combat, Selma Labib et le NPA-R entendent bien jouer leur partition – même si elle doit rester inaudible pour une majorité de Français.

À propos de l'auteur

SilverLining

On me demande souvent comment je garde espoir face au désastre politique actuel. Ma réponse est simple : je vois ce qui se passe sur le terrain. Des citoyens qui s'organisent, des collectifs qui naissent, des alternatives qui émergent. La politique ne se résume pas aux jeux de pouvoir parisiens. Partout en France, des gens refusent la résignation et inventent autre chose. C'est cette France-là que je documente, celle qui ne fait jamais les gros titres mais qui prépare le monde d'après.

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Commentaires (9)

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tregastel

il y a 1 heure

bon... encore une fois, on va nous parler de 'révolution' pendant des mois, et à la fin y'aura que des promesses en l'air. Mais ça fait joli dans les médias, alors tant pis pour les électeurs crédules. En même temps, avec ce qu’on vit, on peut pas vraiment leur en vouloir de rêver un peu, non ?

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Alexis_767

il y a 2 heures

Pourquoi cette candidature arrive-t-elle maintenant ? Le NPA est en déclin depuis des années (moins de 0,5% aux européennes de 2019). Est-ce une tentative désespérée de relancer un parti moribond, ou une vraie volonté de peser dans le débat ? La question des alliances internes à l’extrême gauche va être clé.

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Q

QuantumLeap61

il y a 2 heures

Encore un candidat qui va nous vendre du rêve révolutionnaire… jusqu’à ce qu’on réalise que même en 1981, Mitterrand a dû composer avec le FMI et la bourgeoisie. La France, c’est pas le Venezuela, heureusement. Mais bon, ça fait toujours des belles histoires à raconter en manif. Enfin, si y’a encore des manifs dans 3 ans…

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Fab-49

il y a 3 heures

Analyse des rapports de force : même avec un score à 3-4%, ça pourrait influencer le programme de LFI ou du PS. Les voix de l’extrême gauche se reportent souvent sur les partis de gauche modérée au 2nd tour. Intéressant de voir comment elle se positionne face à Mélenchon.

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H

Hortense du 38

il y a 3 heures

@fab-49 Tu as raison, mais attention à ne pas surestimer l’impact. En 2022, les scores cumulés LFI/NPA/LO n’ont pas franchi la barre des 5%, et pourtant la gauche radicale a quand même réussi à faire bouger le débat sur les retraites et le SMIC. Cette fois, avec un candidat unique (même marginal), ça pourrait structurer un peu plus le discours.

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N

Nolwenn de Nivernais

il y a 4 heures

Ce qui m’interpelle dans cette candidature, c’est son ancrage syndical. Après les Gilets jaunes et les mouvements contre la réforme des retraites, une partie de la pop’ est réceptive à ce discours anticapitaliste. Mais le problème, c’est que niveau faisabilité… même LFI a dû modérer ses propositions pour entrer dans un cadre "républicain". Elle, elle assume le radical, donc autant dire que son score sera un test.

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C

Carcassonne

il y a 4 heures

la gauche radicale au pouvoir ??? nooooon grâce à dieu j’ai pas confiance pfff ... et puis avec leur programme de révolution ils vont nous mettre la France à feu et à sang genre vénézuéla

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W

WordSmith

il y a 5 heures

non mais sérieuxxx ??? encore un candidat qui va nous pondre ses utopies écolo-bolchos et après on va encore nous faire le coup des 'mais c'est la faute au système !!!' mdr ptdr sa me fait marrer

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P

Prologue48

il y a 4 heures

@wordsmith Tu parles comme si le système était parfait, là. Tu préfères qu’on continue à voir les milliardaires s’en mettre plein les poches pendant que les autres galèrent ?

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