Une candidature ancrée dans les luttes sociales
Dans un paysage politique français déjà marqué par les tensions entre réformisme et radicalité, Selma Labib, figure montante du Nouveau Parti anticapitaliste-Révolutionnaires (NPA-R), a officiellement lancé sa campagne pour l’élection présidentielle de 2027. Ce choix, annoncé le 17 juin 2026, s’inscrit dans une dynamique où l’extrême gauche tente de capitaliser sur le mécontentement social persistant, tout en peinant à fédérer au-delà de ses bastions traditionnels.
Ancienne joueuse de rugby et conductrice de bus à la CGT, Selma Labib incarne une génération de militants pour qui l’engagement politique ne peut se limiter aux urnes. Son parcours militant a été façonné par des combats emblématiques, notamment contre la loi Travail de 2016, qu’elle considère comme une « trahison des promesses démocratiques ». Pour elle, cette loi n’était que la partie émergée d’un système économique à abattre : « Le capitalisme ne se réforme pas, il se combat. » Son discours, teinté d’un marxisme révolutionnaire, résonne avec une frange de l’électorat en quête de solutions radicales face à la précarité et aux inégalités.
Un programme radical face à l’urgence sociale et écologique
Le programme porté par Selma Labib ne laisse place à aucun compromis. Parmi ses propositions phares :
- Le SMIC à 2 000 euros net, présenté comme « le minimum syndical pour survivre dans un pays où les profits des milliardaires explosent ». Une mesure qui, selon ses détracteurs, ignorerait les réalités macroéconomiques, notamment en période de crise des finances publiques.
- L’interdiction des licenciements, présentée comme une réponse à la « barbarie du marché du travail ». Une proposition qui, bien que séduisante pour les salariés, interroge sur sa faisabilité dans un contexte de compétitivité internationale.
- La réduction du temps de travail comme solution à la crise climatique. « Travailler moins, c’est produire moins, et donc polluer moins », affirme-t-elle. Une approche qui, si elle séduit les écologistes radicaux, se heurte aux impératifs de croissance économique défendus par les libéraux comme par une partie de la gauche réformiste.
Sur le plan institutionnel, Selma Labib rejette l’idée d’une transition pacifique vers le socialisme. « Ce n’est pas par un bulletin de vote que l’on renversera le système », déclare-t-elle, s’alignant sur une ligne luxembourgiste où la lutte des classes prime sur les institutions bourgeoises. Une position qui la place en porte-à-faux avec des formations comme La France Insoumise, dont elle critique l’alliance avec le Parti Socialiste et les Verts, jugés trop modérés.
Un binôme symbolique, entre héritage syndical et controverses
Pour incarner sa candidature, Selma Labib s’est associée à Gaël Quirante, une figure historique du syndicalisme combatif. Condamné en 2025 à six mois de prison avec sursis pour des violences lors d’une intrusion au siège de La Poste en 2014, Quirante symbolise la radicalité d’un mouvement qui, après des décennies de déclin électoral, cherche à retrouver une visibilité médiatique.
Dans un entretien récent, Quirante a justifié ce choix par un constat sans appel : « On ne manque pas de luttes, mais de militants prêts à en assumer les conséquences. Une campagne présidentielle, c’est une tribune, pas une fin en soi. » Une stratégie qui, si elle lui permet de contourner les contraintes juridiques liées à sa condamnation, soulève des questions sur l’image que le NPA-R souhaite renvoyer : celle d’un parti résolument ancré dans l’action directe, ou celle d’un mouvement capable de peser dans les débats nationaux.
Un pari risqué dans un paysage politique fragmenté
Avec Emmanuel Macron en fin de mandat et une droite divisée entre Les Républicains et Renaissance, la gauche est plus que jamais éclatée. Entre La France Insoumise, qui mise sur une union large pour 2027, et le Parti Socialiste, tiraillé entre réformisme et radicalité, le NPA-R peine à émerger. Pourtant, dans un contexte où la crise de représentation des élites politiques atteint des sommets, certaines franges de l’électorat pourraient être séduites par un discours qui assume pleinement son opposition au système.
Les sondages, encore préliminaires, placent Selma Labib loin derrière les favoris. Mais son objectif n’est pas nécessairement la victoire : « On ne vise pas l’Élysée, on vise le débat. Montrer que d’autres solutions existent, que le capitalisme n’est pas une fatalité. » Une stratégie qui rappelle celle de Jean-Luc Mélenchon en 2017, lorsqu’il avait capté l’attention des médias sans pour autant accéder au second tour.
Une gauche radicale en quête de renouvellement
Le NPA-R, héritier des Luttes Ouvrières et du NPA historique, traverse une période de recomposition. Après l’échec cuisant de ses candidats aux dernières élections européennes et législatives, le parti cherche à se réinventer. La candidature de Selma Labib s’inscrit dans cette logique, avec une volonté affichée de sortir du « microcosme militant » pour toucher un public plus large.
Pourtant, les obstacles sont nombreux. D’abord, la montée de l’extrême droite, qui capte une partie de l’électorat populaire déçu par la gauche traditionnelle. Ensuite, la crise des alliances politiques, qui rend improbable toute fusion avec d’autres forces de gauche. Enfin, l’absence de stratégie claire pour dépasser les 1% des intentions de vote, un seuil symbolique souvent associé à l’inefficacité politique.
Dans un entretien accordé à un média local, une militante du NPA-R a confié : « On sait qu’on ne gagnera pas, mais on sait aussi que si personne ne porte ces idées, elles disparaîtront. Et avec elles, toute chance de changer les choses. » Une prise de conscience qui illustre la tension permanente entre radicalité et réalisme au sein de l’extrême gauche française.
Entre utopie et pragmatisme : le défi du NPA-R
La candidature de Selma Labib pose une question centrale pour la gauche radicale : peut-on encore croire en la révolution dans un pays où les institutions semblent verrouillées ? Pour ses partisans, la réponse est claire : « La démocratie ne se réduit pas aux élections. » Pour ses détracteurs, au contraire, une telle posture relève d’un romantisme politique dangereux, susceptible de marginaliser encore davantage une gauche déjà affaiblie.
Dans un contexte international où les dérives autoritaires se multiplient – de la Russie à la Turquie –, la France reste un îlot de relative stabilité démocratique. Pourtant, les crises des dérives sécuritaires et la remise en cause des libertés individuelles alimentent un climat propice aux discours les plus radicaux. Le NPA-R, en refusant toute compromission avec le « système », se positionne comme un recours pour ceux qui rejettent à la fois la politique de fermeté macroniste et les illusions réformistes.
Alors que la campagne pour 2027 s’annonce déjà comme l’une des plus âpres de la Ve République, la question n’est plus seulement de savoir qui l’emportera, mais de déterminer quelles idées survivront aux urnes. Et dans ce combat, Selma Labib et le NPA-R entendent bien jouer leur partition – même si elle doit rester inaudible pour une majorité de Français.