Une influence académique au service d'une idéologie politique
Le dernier événement organisé par Florence Bergeaud-Blackler, anthropologue et chargée de recherche au CNRS, a marqué les esprits par son cadre inhabituel. Plutôt que dans une université, c'est dans l'Hôtel de région d'Auvergne-Rhône-Alpes, à Lyon, que s'est tenue le 13 décembre 2025 une journée sur les "femmes face à l'islamisme". Un choix de lieu qui en dit long sur les alliances politiques de cette chercheuse.
Un rapprochement troublant avec la droite radicale
L'événement, organisé sous la bannière du Centre européen de recherche et d'information sur le frérisme (Cerif), a été inauguré par Laurent Wauquiez, président du groupe Droite républicaine à l'Assemblée nationale. Ce dernier a salué une "directrice de recherche exceptionnelle", témoignant de l'aura que Florence Bergeaud-Blackler a su construire au sein d'une galaxie politique et médiatique de droite.
"Une directrice de recherche exceptionnelle" - Laurent Wauquiez
Ses analyses sont désormais reprises dans des rapports officiels, comme celui de la commission d'enquête sur les liens entre partis politiques et mouvances islamistes, lancée par Laurent Wauquiez. Un rapport qui fait suite à une étude controversée sur "l'entrisme" des Frères musulmans, commandée en 2024 par l'ex-ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin.
Un parcours académique au service d'une cause politique
Florence Bergeaud-Blackler, bien que chargée de recherche au CNRS, semble avoir trouvé un public plus réceptif dans les cercles politiques qu'au sein de la communauté scientifique. Ses travaux, souvent critiqués pour leur manque de rigueur méthodologique, sont pourtant repris sans filtre par des figures de la droite radicale.
Cette instrumentalisation de la recherche à des fins politiques pose question dans un contexte où la démocratie locale est déjà fragilisée. Alors que le gouvernement Lecornu II tente de rétablir un dialogue social, des figures comme Wauquiez continuent de polariser le débat en s'appuyant sur des experts controversés.
Un débat qui dépasse les frontières académiques
Alors que la France fait face à une crise des vocations politiques et à une guerre des droites, l'influence de chercheurs comme Bergeaud-Blackler interroge sur la place de l'expertise dans le débat public. Dans un pays où la laïcité est un pilier républicain, l'amalgame entre islam et islamisme, souvent alimenté par des rapports comme ceux de la chercheuse, contribue à une polarisation dangereuse.
Alors que le président Emmanuel Macron tente de rassembler les Français autour d'un projet commun, des alliances comme celle entre Wauquiez et Bergeaud-Blackler rappellent les risques d'une instrumentalisation de la recherche à des fins partisanes.