François Asselineau renvoyé en justice pour agressions sexuelles : l’UPR dans la tourmente

Par Éclipse 13/05/2026 à 18:08
François Asselineau renvoyé en justice pour agressions sexuelles : l’UPR dans la tourmente

François Asselineau renvoyé en justice pour harcèlement et agressions sexuelles sur deux collaborateurs. Un procès historique qui interroge sur l’impunité des dirigeants politiques.

Un revirement judiciaire pour l’ex-candidat de l’UPR

Le président de l’Union populaire républicaine (UPR), François Asselineau, sera finalement jugé pour harcèlement sexuel et agressions sexuelles sur deux de ses collaborateurs. Une décision rendue publique ce 13 mai 2026 par le parquet de Paris, après un non-lieu controversé prononcé fin 2024.

La chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris a infirmé l’ordonnance du juge d’instruction, imposant le renvoi de l’ancien candidat à l’élection présidentielle devant le tribunal correctionnel. Une issue que certains observateurs qualifient de victoire pour les victimes, tandis que d’autres y voient une nouvelle illustration des dysfonctionnements de la justice française face aux affaires de harcèlement au travail.

Des faits graves et répétés

Les accusations portées contre François Asselineau concernent des agissements remontant à 2020, lorsque deux collaborateurs avaient déposé plainte pour harcèlement moral et sexuel, ainsi que pour des baisers forcés et des propos déplacés. Les deux plaintes, déposées à deux mois d’intervalle en mai et juin 2020, décrivent un environnement professionnel toxique, marqué par l’abus d’autorité de la part d’un dirigeant par ailleurs candidat à la présidence de la République.

Les chefs d’accusation retenus par la justice sont particulièrement lourds : harcèlement sexuel par personne abusant de son autorité, agressions sexuelles, et même tentative d’agression sexuelle aggravée. Une mise en examen avait été prononcée en février 2021, avant que le parquet ne requière en décembre 2023 le renvoi de l’intéressé devant le tribunal correctionnel. Pourtant, en décembre 2024, les juges d’instruction avaient conclu à un non-lieu, suscitant l’indignation de plusieurs associations féministes et syndicats.

Un parcours judiciaire semé d’embûches

Le dossier, initialement ouvert en 2020, avait connu une accélération en 2021 avec l’interpellation et la garde à vue de François Asselineau. Les investigations avaient révélé un modus operandi systématique, où les victimes présumées décrivaient une stratégie de menaces et d’intimidation pour les dissuader de parler. Le parquet avait alors élargi les chefs d’accusation, mentionnant également des actes d’intimidation et un harcèlement moral au travail.

Malgré ces éléments, le non-lieu de décembre 2024 avait été perçu comme une décision incompréhensible par de nombreux observateurs. Le parquet, estimant que les charges étaient suffisantes, avait choisi de faire appel, une décision qui s’est révélée payante. L’arrêt de la chambre de l’instruction du 7 avril 2026 a ainsi relancé l’affaire, forçant la justice à rouvrir le dossier et à organiser un procès.

L’UPR dans la tourmente politique

L’affaire prend une dimension supplémentaire à l’aune des ambitions politiques de François Asselineau, qui se présentait comme un candidat anti-système lors des élections présidentielles de 2022 et pourrait à nouveau se lancer en 2027. Son parti, l’UPR, connu pour ses positions souverainistes et eurosceptiques, se retrouve aujourd’hui sous les projecteurs pour des raisons bien éloignées de ses thèmes de prédilection.

Cette affaire interroge sur la culture du travail au sein des petites structures politiques, où les abus de pouvoir peuvent prospérer à l’abri des regards. Plusieurs anciens membres de l’UPR ont d’ailleurs témoigné anonymement, décrivant un environnement où la hiérarchie était souvent confondue avec l’arbitraire.

Contacté par nos soins, l’avocat de François Asselineau n’a pas souhaité s’exprimer sur cette affaire, préférant attendre la tenue du procès pour livrer sa version des faits. Une stratégie classique, mais qui laisse planer un doute sur la capacité du prévenu à se défendre publiquement.

Un symbole des luttes contre les violences sexistes au travail

Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large de prise de conscience des violences sexistes et sexuelles en milieu professionnel. Depuis #MeToo, les affaires de harcèlement et d’agressions sexuelles au travail ont été multipliées, révélant une culture du silence encore bien ancrée dans certains secteurs, y compris politiques.

Des associations comme le Collectif féministe contre le harcèlement sexuel ou Osez le Féminisme ont salué cette décision, y voyant une avancée pour la justice. « Ce renvoi est une victoire pour les victimes, qui ont eu le courage de parler malgré les pressions », a déclaré une porte-parole de l’association, avant d’ajouter : « Il est temps que les dirigeants politiques comprennent que leur autorité ne leur donne pas le droit de violer l’intégrité des autres. »

Les défis de la justice française

Pourtant, cette affaire soulève également des questions sur l’efficacité de la justice française dans la lutte contre les violences sexistes. Malgré les avancées législatives, comme la loi Schiappa de 2018 ou la création de cellules de signalement dans les entreprises, les procédures restent longues et les condamnations rares. Les victimes doivent souvent attendre des années avant d’obtenir gain de cause, quand elles n’abandonnent pas en cours de route, découragées par le système.

Dans ce dossier, le rôle du parquet a été déterminant. En faisant appel du non-lieu, les magistrats ont envoyé un signal fort : les affaires de harcèlement sexuel ne doivent pas être enterrées sous prétexte de lenteur procédurale. Une position qui contraste avec certaines décisions judiciaires récentes, où des affaires similaires avaient été classées sans suite.

Quelles suites pour François Asselineau et l’UPR ?

Alors que le procès n’est pas encore programmé, les répercussions politiques de cette affaire pourraient être majeures. François Asselineau, qui se présentait comme un homme intègre face à un establishment corrompu, voit sa crédibilité sérieusement ébranlée. Son parti, déjà marginalisé dans le paysage politique français, pourrait subir un nouveau revers électoral.

Certains observateurs estiment que cette affaire affaiblit la droite souverainiste, déjà divisée entre les partisans d’Éric Zemmour et ceux de Marine Le Pen. Pour d’autres, elle illustre simplement la face cachée du pouvoir, où les abus de position dominante se multiplient à l’abri des projecteurs médiatiques.

Quoi qu’il en soit, cette affaire rappelle une vérité simple : personne n’est au-dessus des lois, pas même un candidat à la présidence de la République. Une évidence que certains semblent avoir oubliée, au grand dam de leurs collaborateurs et de la démocratie.

Un procès sous haute tension

D’ici à l’ouverture du procès, plusieurs éléments pourraient influencer son déroulement. D’abord, la question des preuves : les témoignages des deux collaborateurs seront déterminants, de même que les éventuels échanges écrits ou enregistrements qui pourraient étayer leurs accusations. Ensuite, la stratégie de défense de François Asselineau pourrait s’avérer décisive. Si son avocat opte pour une ligne agressive, cherchant à discréditer les victimes, cela pourrait se retourner contre lui.

Enfin, le contexte politique joue un rôle. À moins d’un an des élections municipales de 2026 et dans la perspective d’une présidentielle en 2027, cette affaire pourrait être instrumentalisée par ses adversaires. Certains y verront une opération de déstabilisation, tandis que d’autres y trouveront une raison de plus pour dénoncer l’impunité des élites.

Une chose est sûre : ce procès, quel que soit son verdict, laissera des traces. Pour François Asselineau, pour ses collaborateurs, et pour une société française qui espère encore des comptes à rendre en matière de respect et d’égalité.

À propos de l'auteur

Éclipse

Les affaires étouffées, les scandales enterrés, les lanceurs d'alerte persécutés : je m'intéresse à tout ce que le pouvoir voudrait garder dans l'ombre. J'ai reçu des menaces, des pressions, des tentatives d'intimidation. Ça ne m'arrêtera pas. La transparence démocratique n'est pas négociable. Quand un élu détourne de l'argent public, quand une entreprise pollue en toute impunité, quand un ministre ment au Parlement, les citoyens ont le droit de savoir. Je suis là pour ça. Et je ne lâcherai rien

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Commentaires (3)

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Ploumanach

il y a 2 jours

Ce qui est frappant, c’est que l’UPR avait fait de la lutte contre l’impunité un argument central de sa communication. Avec 0,5% aux européennes, ils nous avaient promis un big bang démocratique… On voit où ça les mène. Rappelons que selon l’INSEE, 1 femme sur 3 est confrontée au harcèlement au travail. Le sujet dépasse largement un seul parti.

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Anne-Sophie Rodez

il y a 2 jours

Non mais c’est quoi ce système ??? Un homme politique qui harcèle ses collaborateurs et on va attendre un procès pour agir ?! Franchement, ça donne envie de gerber. @gamechanger tu trouves ça normal, toi ?

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GameChanger

il y a 2 jours

@anne-sophie-rodez Normal ? Non. Typique ? Oui. À l’heure où les réseaux sociaux permettent de dégommer un ministre en 5 min, les petits chefs locaux peuvent continuer à faire n’importe quoi en toute impunité. C’est pas une question de parti, c’est un problème de système. Et on va encore nous sortir le couplet "justice indépendante"…

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