Friendflation : quand l’amitié devient un luxe inaccessible pour les jeunes

Par Mathieu Robin 16/09/2026 à 21:29
Friendflation : quand l’amitié devient un luxe inaccessible pour les jeunes

Friendflation : pourquoi l'amitié devient-elle un luxe inaccessible pour les jeunes Français ? Clémence Guetté (LFI) dénonce une société où les relations sociales sont réservées aux plus aisés. Solutions et débats.

Une député de La France Insoumise alerte sur la solitude des jeunes et l’augmentation du coût de l’amitié

Dans un essai percutant intitulé Pour une politique de l’amitié, Clémence Guetté, députée LFI du Val-de-Marne, dénonce une réalité sociale souvent ignorée : la friendflation, un phénomène où le prix de l’amitié, en termes de temps, d’énergie et de moyens financiers, devient de plus en plus inabordable pour les jeunes générations. Ce concept, forgé en écho à l’inflation économique, souligne l’ascension des dépenses liées aux relations sociales, transformant ce qui était autrefois une nécessité humaine en un luxe réservé aux plus aisés.

Alors que la solitude touche désormais près d’un quart des Français de moins de 30 ans, selon les dernières enquêtes de l’INSEE, Clémence Guetté propose une réflexion audacieuse : et si le remède à cette crise sociale passait par une réinvention de nos politiques publiques ? Une piste qui résonne particulièrement dans le contexte actuel, où les jeunes sont confrontés à la précarité, à la hausse des coûts de la vie, et à un individualisme croissant.

L’amitié, un bien commun à réaffirmer

Pour la députée, l’amitié ne doit plus être reléguée au rang de simple agrément personnel, mais être reconnue comme un pilier du vivre-ensemble. Dans son livre, elle rappelle que la sociabilité a un prix : celui de sorties culturelles, de repas entre amis, ou simplement de temps passé à échanger plutôt qu’à travailler pour joindre les deux bouts. « L’amitié, c’est aussi un engagement politique, explique-t-elle. Quand on doit choisir entre payer son loyer et inviter un proche à boire un verre, c’est tout un modèle de société qui est en jeu. »

Ce diagnostic s’inscrit dans une temporalité critique. Avec un pouvoir d’achat en berne, des loyers en hausse de 50 % en dix ans dans les grandes villes, et des études qui s’allongent, les jeunes Français peinent à concilier vie sociale et survie économique. Les chiffres sont éloquents : selon une étude de l’Observatoire des inégalités publiée en 2025, 60 % des 18-29 ans déclarent restreindre leurs sorties par manque de moyens, contre 35 % en 2015. Une tendance qui, selon Clémence Guetté, n’est pas anodine : « Quand une société prive ses citoyens de liens sociaux, elle les prive aussi de résistance collective. »

La gauche propose une alternative : des droits pour l’amitié

Face à ce constat, la députée de La France Insoumise esquisse des propositions concrètes pour enrayer la friendflation. Parmi elles, la création de chèques-amitié, financés par l’État, afin de soutenir les initiatives locales de sociabilité – cafés associatifs, ateliers de discussion, ou encore espaces de coworking informels. Une mesure qui s’inspire des dispositifs existants en Suède ou en Norvège, où les politiques publiques intègrent déjà la question du lien social comme indicateur de bien-être.

« Il ne s’agit pas de charité, mais de justice sociale, argue Guetté. Aujourd’hui, ceux qui ont les moyens de payer pour des loisirs ou des rencontres sont ceux qui ont déjà un capital social solide. Les autres se retrouvent exclus, ou contraints de s’endetter pour maintenir un semblant de vie sociale. » Une analyse qui rejoint les conclusions d’un rapport parlementaire de 2025, soulignant que les dépenses de loisirs des 10 % les plus aisés sont trois fois supérieures à celles des 10 % les plus modestes.

La députée va plus loin en appelant à une refonte des politiques de jeunesse, intégrant systématiquement le coût de la sociabilité dans les aides sociales. « Les bourses étudiantes devraient inclure une enveloppe dédiée aux sorties culturelles ou aux abonnements associatifs, propose-t-elle. Et pourquoi pas un revenu universel de l’amitié, versé aux jeunes de moins de 25 ans pour leur permettre de construire des réseaux ? »

Un débat qui dépasse les clivages traditionnels

Si le concept de friendflation reste marginal dans le débat public, il commence à faire des émules au-delà des cercles militants. Des économistes de gauche, comme Thomas Piketty, ont récemment pointé du doigt la « marchandisation des relations humaines », tandis que des élus écologistes, comme Yannick Jadot, ont plaidé pour des « budgets participatifs dédiés au lien social » dans certaines communes.

À l’inverse, la droite et l’extrême droite balayent ces propositions en les qualifiant de « clientélisme » ou de « subventions à la paresse ». Marine Le Pen, interrogée sur le sujet en juillet 2026, a ainsi déclaré : « Plutôt que de créer des chèques-amitié, l’État ferait mieux de s’attaquer aux causes de la solitude : l’isolement des banlieues, la désertification des territoires, et l’échec de nos politiques migratoires. » Une réponse qui, selon les observateurs, élude la responsabilité des gouvernements successifs dans la dégradation du pouvoir d’achat.

Le gouvernement Lecornu II, pour sa part, reste silencieux sur le sujet. Pourtant, Sébastien Lecornu a récemment annoncé un plan de 1,5 milliard d’euros contre les violences sexistes et sexuelles, une mesure saluée par les associations, mais qui, selon les critiques, ne répond qu’à une partie du problème. « On soigne les symptômes, mais pas la maladie, s’agace un sociologue proche de La France Insoumise. La solitude est un fléau qui nourrit toutes les autres formes de violence. »

L’Europe, un modèle à suivre ?

Alors que la France peine à trouver des solutions, certains pays européens montrent la voie. En Finlande, par exemple, les « cafés de l’amitié » financés par les municipalités permettent aux personnes âgées et aux jeunes de se rencontrer dans des espaces neutres. En Allemagne, des programmes comme « Freundschaftsbudget » offrent aux plus précaires des subventions pour organiser des événements entre voisins.

Ces initiatives, souvent portées par des gouvernements de centre-gauche ou écologistes, s’appuient sur une vision holistique du bien-être, où la santé mentale et le lien social sont considérés comme des droits fondamentaux. Une approche que Clémence Guetté appelle de ses vœux pour la France : « Nous devons sortir de cette logique où tout se monétise, même les relations humaines. L’amitié n’est pas une variable d’ajustement de l’économie, c’est un ciment de la démocratie. »

Pourtant, les obstacles restent nombreux. En tête de liste : le manque de moyens des collectivités locales, étranglées par la baisse des dotations de l’État, et la montée des discours individualistes, encouragés par les réseaux sociaux, qui transforment chaque interaction en une transaction.

Un phénomène mondial, une urgence française

Si la friendflation est particulièrement visible en France, elle n’est pas un phénomène isolé. Aux États-Unis, où le coût de la vie explose, des études révèlent que le nombre d’amis proches des Américains a chuté de 40 % depuis 1990, selon le General Social Survey. En Chine, la politique du « lying flat », qui consiste à refuser de travailler plus pour préserver sa santé mentale, est devenue un mouvement de masse chez les jeunes, illustrant une lassitude face à une société où tout – y compris les relations – doit rapporter.

Face à ce constat, des intellectuels comme le Brésilien Paulo Drinot appellent à une « réhumanisation de l’économie », où la valeur ne serait plus seulement mesurée en PIB, mais aussi en qualité des liens sociaux. Une piste que la députée LFI reprend à son compte : « Ce que nous proposons, ce n’est pas de renoncer au progrès, mais de le repenser. Un pays où les gens n’ont plus le temps ni les moyens de se parler est un pays condamné. »

Que faire concrètement ?

Alors que le livre de Clémence Guetté rencontre un écho grandissant, les propositions qu’elle avance pourraient-elles s’inscrire dans une loi ? Rien n’est moins sûr. Le Parlement, divisé entre une gauche fracturée et une droite en quête de nouveaux thèmes mobilisateurs, semble peu enclin à s’emparer du sujet. Pourtant, les signaux d’alerte se multiplient : selon une enquête de l’IFOP publiée ce mois-ci, un Français sur trois déclare avoir déjà annulé un rendez-vous par manque de moyens, une première depuis la crise des Gilets jaunes.

Dans l’attente d’une prise de conscience collective, les initiatives locales se multiplient. À Grenoble, une association propose déjà des « repas à prix libre », où chacun donne ce qu’il peut, tandis qu’à Nantes, des ateliers de « création de liens » sont organisés dans les maisons de quartier. Des petits pas, mais qui montrent que l’amitié, cette valeur si souvent célébrée, peut aussi devenir un terrain de lutte sociale.

« La friendflation n’est pas une fatalité, conclut Clémence Guetté. C’est le symptôme d’un système qui a oublié que l’humain est un être de relations avant d’être un être de consommation. Le jour où nous comprendrons que l’amitié est un bien commun, alors nous aurons fait un pas de géant vers une société plus juste. »

Les jeunes Français, premières victimes d’une société qui a oublié le prix du lien

Derrière les chiffres de la friendflation se cache une réalité plus large : celle d’une jeunesse sacrifiée sur l’autel d’une économie débridée. Entre stages non rémunérés, CDD précaires et loyers inabordables, les 18-30 ans sont les premiers à subir les conséquences d’un modèle où tout, y compris les relations humaines, doit être rentable. Selon une étude de l’Observatoire des inégalités, près de 40 % des jeunes actifs déclarent ne pas avoir d’amis proches en dehors de leur cercle familial, contre 25 % en 2010. Un isolement qui s’ajoute à la précarité économique et alimente un sentiment de désespoir collectif.

Les causes de cette crise du lien sont multiples. D’abord, la transformation du marché du travail, où la flexibilité rime avec précarité, laisse peu de place aux interactions sociales stables. Ensuite, la hausse des coûts de la vie, notamment dans les grandes villes, pousse les jeunes à travailler toujours plus, au détriment de leur vie sociale. Enfin, l’essor des réseaux sociaux, souvent présentés comme des outils de connexion, a paradoxalement accentué l’isolement en remplaçant les interactions réelles par des échanges superficiels.

Face à cette situation, certains jeunes tentent de s’organiser. À Lyon, un collectif a lancé un « club des amis », où les participants s’engagent à se voir au moins une fois par mois, quel que soit leur budget. À Strasbourg, des « cafés sans argent » permettent aux étudiants de se rencontrer gratuitement, tandis que des plateformes comme Meetup ou OnVaSortir voient leur fréquentation exploser. Des initiatives qui prouvent que, malgré tout, l’envie de lien social reste vivace.

Pourtant, ces solutions restent marginales. Sans une volonté politique forte, la friendflation risque de s’aggraver, transformant l’amitié en un luxe réservé à une minorité. Un scénario que Clémence Guetté refuse de cautionner : « Nous devons choisir : soit nous laissons une société où les relations humaines se monnayent, soit nous bâtissons une société où l’amitié est un droit, au même titre que l’accès à la santé ou à l’éducation. »

À propos de l'auteur

Mathieu Robin

Cofondateur de politique-france.info, je vous présente l'actualité politique grâce à mon expertise sur les relations France-Europe.

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Commentaires (1)

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Erdeven

il y a 1 heure

nooooon mais c'est n'importe quoi sérieux ??? à 25 ans je fais plus le paumé devant mes potes parce que je peux plus me payer un ciné ou un verre sa m'énerve grave!!!!! genre bcp d'amis j'en ai plus eu depuis que j'ai dû déménager en périphérie pq l'immobilier m'a bouffé... ptdr

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