Vers un tournant autoritaire sur l’immigration ? Darmanin enfonce le clou
Alors que le gouvernement Lecornu II tente de maintenir une façade de stabilité dans un paysage politique profondément fracturé, le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a choisi ce week-end de relancer une offensive sans précédent contre l’immigration, réactivant des propositions qui, jusqu’alors, divisaient même la majorité présidentielle.
Dans une interview au Journal du Dimanche, le garde des Sceaux a martelé que la France avait « atteint la limite de ses capacités d’intégration », une formulation qui rappelle étrangement les discours les plus radicaux de l’extrême droite, mais émanant cette fois d’un membre clé du gouvernement. Ses propositions ? Un moratoire de trois ans sur l’attribution des titres de séjour pour travail, assorti d’une suppression de leur droit automatique au regroupement familial. Une mesure qui, si elle était appliquée, remettrait en cause des pans entiers du droit français, tout en s’alignant sur les revendications les plus dures du Rassemblement National.
Mais c’est surtout la volonté de réformer la Constitution pour y inscrire des quotas migratoires limitatifs qui signe l’escalade. Jusqu’ici, ces quotas n’étaient que des indicateurs, sans portée contraignante. En les gravant dans le marbre constitutionnel, Darmanin franchit un pas symbolique majeur : celui d’une politique migratoire officiellement sélective, où l’État déciderait qui a le droit de s’installer sur le territoire, au mépris des engagements européens de la France.
« Nous ne pouvons plus continuer à ouvrir les vannes sans contrôle. La souveraineté, c’est aussi savoir dire non. »
— Gérald Darmanin, ministre de la Justice
Pourquoi ce coup de poker maintenant ? Les observateurs y voient une manœuvre stratégique visant à séduire l’électorat de droite, dans un contexte où la popularité du gouvernement s’effrite et où le RN caracole en tête des intentions de vote. Certains y décèlent même une tentative de préempter le terrain de l’extrême droite, avant que celle-ci ne s’empare définitivement du débat migratoire lors de la campagne présidentielle de 2027. Une stratégie risquée, alors que les associations de défense des droits humains dénoncent déjà une dérive sécuritaire et une instrumentalisation dangereuse de la peur.
Gabriel Attal joue les apprentis sorciers avec la GPA « éthique »
Alors que Darmanin enfonce le clou sur l’immigration, Gabriel Attal, ancien Premier ministre et figure montante de la majorité, a choisi de braquer les projecteurs sur un autre dossier explosif : la gestation pour autrui (GPA). Dans un calcul politique audacieux, il a officiellement lancé sa candidature à l’élection présidentielle en proposant une légalisation encadrée de la GPA, sous le label « éthique ».
Attal justifie cette prise de position par une réalité sociale incontournable : chaque année, entre 300 et 500 couples français se rendent à l’étranger – souvent en Ukraine, en Grèce ou aux États-Unis – pour recourir à une mère porteuse. Une pratique qui, faute de cadre légal, s’opère dans l’opacité la plus totale, avec tous les risques que cela comporte en termes d’exploitation et de droits des femmes.
Sa proposition ? Une GPA sans transaction financière directe, où la rémunération serait remplacée par une « compensation » symbolique, et où l’État exercerait un contrôle strict sur les procédures. Une solution présentée comme une voie médiane entre prohibition et libéralisation totale, mais qui, en réalité, ouvre une brèche dans l’interdiction actuelle, contraignant la France à reconnaître des pratiques qu’elle a toujours combattues.
« La réalité est têtue : des centaines de familles françaises recourent à la GPA à l’étranger. Plutôt que de fermer les yeux, il faut encadrer. »
— Gabriel Attal, candidat à la présidentielle
Pourquoi Attal prend-il ce risque, alors que son camp, Les Républicains, est profondément divisé sur le sujet ? Certains y voient une stratégie de différenciation face à une droite traditionnelle perçue comme trop conservatrice. D’autres, plus cyniques, évoquent une manœuvre pour capter l’électorat progressiste, tout en évitant de s’aliéner les franges les plus réactionnaires de son parti.
Quoi qu’il en soit, la proposition a déjà fait des vagues dans la majorité. Si certains ministres, comme Aurore Bergé, ont salué une « avancée sociétale nécessaire », d’autres, comme le ministre de l’Intérieur, ont rapidement rappelé que la ligne officielle du gouvernement reste le maintien de l’interdiction. Une contradiction qui illustre la fragilité politique d’un exécutif en perte de repères.
Un exécutif en quête de légitimité, entre divisions et calculs électoraux
Ces prises de position simultanées de Darmanin et Attal ne sont pas anodines. Elles s’inscrivent dans un contexte où le pouvoir macroniste, affaibli par les défaites locales et les scandales à répétition, tente désespérément de retrouver une prise sur le débat public. Le gouvernement Lecornu II, en place depuis seulement quelques mois, doit composer avec une Assemblée nationale ingouvernable et une opinion publique de plus en plus perméable aux discours populistes.
Pour les observateurs, ces annonces révèlent une tactique du « saupoudrage » : en agitant des sujets clivants mais médiatisés, l’exécutif cherche à diviser l’opposition tout en testant la résistance de son propre camp. Une stratégie dangereuse, alors que la gauche, elle, tente de se recomposer autour de valeurs humanistes, et que l’extrême droite, elle, n’a pas besoin de ces artifices pour séduire.
Sur le plan européen, les propositions de Darmanin pourraient aussi isoler la France, alors que Bruxelles tente de promouvoir une politique migratoire plus solidaire. Quant à la proposition d’Attal sur la GPA, elle place Paris en porte-à-faux avec les positions de nombreux États membres, où l’interdiction reste la norme.
Dans les couloirs de l’Assemblée, les murmures vont bon train : ces initiatives sont-elles le signe d’un exécutif en pleine déroute, ou au contraire d’une machine politique qui tente de reprendre l’initiative ? Une chose est sûre : en ouvrant ces deux fronts, le gouvernement prend le risque de fracturer encore davantage un pays déjà profondément divisé.