Un plan enfin concrétisé, mais sous pression
Après des années de promesses non tenues, le gouvernement Macron-Lecornu a enfin présenté jeudi 5 février son plan contre l'infertilité, un sujet qui touche plus de 3,3 millions de Français. Une mesure phare : l'envoi d'un message à tous les citoyens à leurs 29 ans pour les sensibiliser aux enjeux de fertilité.
La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a insisté sur l'absence de pression dans cette démarche : « Le rôle du politique n'est pas de dire s'il faut avoir des enfants ou à quel âge ». Une nuance nécessaire après les critiques adressées à Emmanuel Macron pour avoir lié l'infertilité à une « problématique de réarmement démographique », une rhétorique jugée inadéquate par les associations féministes.
Un plan sous tension politique
Le plan, dont le budget reste flou, prévoit aussi une campagne de communication fin 2026 et l'ouverture de nouveaux centres pour la congélation d'ovocytes, une solution permise par la loi bioéthique de 2021 mais encore trop peu accessible. Le gouvernement envisage même d'étendre cette pratique au secteur privé, tout en assurant que la procédure restera gratuite.
Ce plan intervient dans un contexte de crise des vocations politiques, où la droite et l'extrême droite multiplient les attaques contre les politiques sociales. « On passe dans une nouvelle ère », a salué Virginie Rio, présidente du collectif BAMP, tout en rappelant que « beaucoup de travail » reste à faire.
Des mesures insuffisantes pour les associations
Le collectif BAMP milite notamment pour l'autorisation du DPI-A, un diagnostic permettant d'éviter des PMA vouées à l'échec. Une technique controversée, mais qui pourrait sauver des milliers de couples. « La France a pris du retard sur ce sujet », déplore une source proche du dossier.
Par ailleurs, le plan promet une meilleure prise en charge du syndrome des ovaires polykystiques (SOPK) et de l'endométriose, deux pathologies souvent négligées. « C'est un premier pas, mais il faut aller plus loin », estime une patiente.
Un retard politique inacceptable
Ce plan était promis depuis 2022, après un rapport commandé par le gouvernement. Pourtant, rien n'avait été concrétisé, hormis quelques programmes de recherche sous-financés. La ministre précédente, Catherine Vautrin, avait même envisagé un plan plus large sur la natalité, une idée rejetée par les spécialistes.
Stéphanie Rist a assumé ce recentrage :
« Les Français ne passent pas leur temps à voir des graphes sur la démographie. »Une réponse aux critiques de la droite, qui accuse le gouvernement de négliger les enjeux démographiques.
La France à la traîne en Europe
Alors que des pays comme la Norvège ou le Canada ont déjà mis en place des politiques ambitieuses contre l'infertilité, la France accuse un retard criant. « Nous devons rattraper notre retard », a déclaré un expert.
Le plan inclut aussi des mesures sur la santé maternelle et infantile, un domaine où la France est à la traîne par rapport à ses voisins européens. Un signal fort, alors que la crise des finances publiques limite les marges de manœuvre du gouvernement.