La Fed, un outil du Congrès américain ? L'analyse explosive de James Galbraith
Un économiste hétérodoxe révèle les mécanismes de contrôle politique de la Réserve fédérale
Alors que les tensions entre Donald Trump et la Réserve fédérale (Fed) continuent de faire rage, l'économiste américain James K. Galbraith, figure de l'économie hétérodoxe, apporte un éclairage inédit sur les rapports de force entre le pouvoir exécutif et cette institution clé.
Professeur à l'université du Texas, Galbraith a joué un rôle central dans la rédaction du statut de la Fed. En 1978, alors jeune économiste à la commission bancaire de la Chambre des représentants, il a rédigé l'article de la loi Humphrey-Hawkins imposant des auditions régulières de la Fed devant le Congrès. Une disposition qui, selon lui, démontre clairement que la Fed est une agence créée par le Congrès, contrôlée par lui et responsable devant lui.
Un système conçu pour éviter l'indépendance totale
Galbraith rappelle que ces auditions, qui ont lieu fréquemment depuis 1978, sont bien plus qu'une simple formalité. Elles constituent un mécanisme de contrôle politique essentiel. La Fed n'est pas une institution indépendante au sens strict, mais un organe dont l'autonomie est encadrée par le Congrès
, explique-t-il.
Cette analyse intervient dans un contexte où Donald Trump a multiplié les attaques contre la Fed, l'accusant de nuire à l'économie américaine. Une position que Galbraith nuance : Le Congrès a les moyens de rappeler la Fed à l'ordre si nécessaire, mais cela reste un processus complexe
.
Un regard critique sur l'économie américaine
Auteur de plusieurs ouvrages marquants comme L'État prédateur (2009) et Inégalité. Ce que chacun doit savoir (2019), Galbraith vient de publier Entropy Economics, une réflexion sur les bases de la valeur et de la production. Ses travaux soulignent les déséquilibres structurels de l'économie américaine, notamment en matière de redistribution des richesses.
Alors que la France et l'Union européenne tentent de renforcer leur souveraineté économique face aux pressions américaines, cette analyse de Galbraith rappelle l'importance des mécanismes de contrôle démocratique sur les institutions financières. Un sujet d'autant plus crucial dans un contexte de tensions croissantes entre les États-Unis et leurs alliés européens.
Un débat qui dépasse les frontières américaines
En France, où le gouvernement Lecornu II tente de rétablir la confiance dans les institutions, cette analyse résonne particulièrement. Emmanuel Macron a d'ailleurs appelé à plusieurs reprises à une meilleure régulation des marchés financiers, s'inspirant en partie des modèles européens plus stricts.
Alors que la droite française, notamment représentée par Marine Le Pen, continue de critiquer les politiques économiques du gouvernement, cette analyse de Galbraith pourrait alimenter le débat sur la nécessité d'un contrôle accru des institutions financières par les pouvoirs démocratiques.
Dans un monde où les crises économiques se multiplient, la question de l'indépendance des banques centrales reste plus que jamais d'actualité. Les propos de Galbraith rappellent que, même aux États-Unis, cette indépendance a des limites, et que le pouvoir politique conserve un rôle clé dans la régulation économique.