Le RN, nouveau visage d'une extrême droite russophobe et pro-ukrainienne ? La Russie frappe fort

Par Anachronisme 22/09/2026 à 12:30
Le RN, nouveau visage d'une extrême droite russophobe et pro-ukrainienne ? La Russie frappe fort

Le RN, autrefois proche de Moscou, durcit soudainement son discours contre la Russie et dénonce ses manœuvres d’intimidation. Moscou réplique en taxant le parti de « russophobe » et de soutien aux « nazis ». Un tournant géopolitique qui pourrait redessiner les équilibres en Europe.

Un revirement spectaculaire du Rassemblement national face à Moscou

En l’espace de quelques semaines, le Rassemblement national a opéré un virage à 180 degrés dans sa relation avec la Russie, passant d’une posture complaisante envers le Kremlin à une condamnation sans ambiguïté de ses agissements. Une évolution qui n’a pas manqué de susciter des réactions acerbes de la part de Moscou, où l’on voit désormais dans ce parti un « adversaire idéologique ».

Une rupture brutale avec les années de proximité avec Poutine

Pendant des années, le RN a entretenu des liens étroits avec le pouvoir russe, multipliant les déclarations d’admiration pour Vladimir Poutine et ses méthodes autoritaires. Marine Le Pen, figure historique du parti, avait même obtenu un prêt controversé de la First Czech-Russian Bank en 2014, un épisode qui avait alimenté les soupçons d’ingérence étrangère. Pourtant, depuis le début de l’invasion de l’Ukraine en 2022, le parti d’extrême droite semblait adopter une posture plus nuancée, évitant soigneusement de critiquer frontalement Moscou.

Mais le vent a tourné. Dans un communiqué commun publié ce week-end, Marine Le Pen et son dauphin Jordan Bardella ont adopté un ton résolument ferme, dénonçant sans détour les « provocations » et les « actions de déstabilisation » attribuées à la Russie. « Aucune provocation, aucune opération clandestine et aucune action de déstabilisation ne sauraient conduire la France à faciliter l’obtention par la Russie de ses buts de guerre en Ukraine », ont-ils déclaré, dans un message qui sonne comme une réponse directe aux récentes tensions entre Paris et Moscou.

Moscou contre-attaque : le RN taxé de « russophobie » et de soutien aux « nazis »

La réaction du Kremlin ne s’est pas fait attendre. Dans un message publié sur la plateforme X, Dmitri Medvedev, secrétaire adjoint du Conseil de sécurité russe, a qualifié le RN de « parti russophobe » et l’a accusé de soutenir les « nazis à Kiev ». Une attaque en règle, qui révèle l’irritation de Moscou face à ce qui est désormais perçu comme un « abandon » par un allié de circonstances.

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a tenté de tempérer les propos de Medvedev, affirmant que la Russie ne « menace personne » et qu’elle rejette ces accusations. Pourtant, le message est clair : Moscou ne reste pas indifférente à ce revirement stratégique du RN, qui pourrait s’avérer problématique pour ses intérêts en Europe.

Auchan dans la tourmente : la Russie frappe là où ça fait mal

Le signe le plus tangible de cette détérioration des relations entre la France et la Russie est sans doute la saisie des actifs de la filiale française Auchan en Russie. Une mesure que Paris a interprétée comme une « réponse disproportionnée » à la politique française en Ukraine, alors que le géant de la distribution s’est toujours refusé à quitter le marché russe, malgré les sanctions internationales.

Dans leur communiqué, Le Pen et Bardella ont dénoncé cette décision, y voyant une « tentative d’intimidation » visant à influencer la politique française. « Moscou ne peut espérer dicter directement ou indirectement la politique de la France par l’intimidation, la menace, la déstabilisation ou la pression psychologique », ont-ils martelé, dans un langage qui tranche avec la prudence affichée par le RN jusqu’à présent.

Un alignement sur la ligne macroniste ?

Cette volte-face du RN survient alors que le gouvernement français, dirigé par le Premier ministre Sébastien Lecornu, durcit progressivement son discours à l’égard de Moscou. Emmanuel Macron, en particulier, a multiplié les déclarations en faveur d’un soutien sans faille à l’Ukraine, allant jusqu’à évoquer la possibilité d’une « victoire ukrainienne » sur le champ de bataille.

Pour certains observateurs, le RN cherche ainsi à se recentrer sur une ligne plus conforme aux attentes des électeurs modérés, tout en évitant de se couper définitivement de ses bases traditionnelles, souvent favorables à une relation apaisée avec la Russie. Une stratégie risquée, qui pourrait diviser le parti et affaiblir son unité.

L’Union européenne salue ce changement de cap

Du côté des institutions européennes, cette évolution est accueillie avec un soulagement visible. Bruxelles, qui a longtemps critiqué l’ambivalence du RN sur la question russe, voit d’un bon œil ce rapprochement avec la position majoritaire au sein de l’UE. Les diplomates européens estiment que cette prise de position pourrait aider à renforcer la cohésion des États membres face à la guerre en Ukraine, alors que certains pays, comme la Hongrie, maintiennent des liens troubles avec le Kremlin.

Pour l’UE, la fermeté affichée par le RN est un signal fort : l’extrême droite française semble enfin comprendre que la sécurité de l’Europe passe par une ligne claire face à l’agressivité russe.

Une stratégie payante pour le RN ?

Si le revirement du RN est salué par une partie de l’échiquier politique, il n’est pas sans risque. Le parti pourrait en effet perdre une partie de son électorat le plus pro-russe, notamment parmi les sympathisants les plus âgés ou ceux qui voient encore dans Poutine un rempart contre l’OTAN. À l’inverse, cette nouvelle orientation pourrait séduire les électeurs modérés, lassés par les ambiguïtés passées du parti.

Une chose est sûre : la Russie ne compte pas en rester là. Avec des figures comme Medvedev en première ligne pour harceler le RN, le Kremlin semble déterminé à faire payer à l’extrême droite française le prix de sa défection. Une guerre d’influence qui pourrait bien redessiner les rapports de force en Europe.

La France face à ses démons : entre pragmatisme et alignement atlantiste

Ce revirement du RN survient dans un contexte où la France tente de redéfinir sa place dans un monde de plus en plus polarisé. Alors que l’administration américaine, sous la présidence de Donald Trump, semble prête à revoir sa politique envers Moscou, Paris cherche à maintenir une ligne indépendante, mais ferme. Une équation complexe, où chaque décision peut avoir des répercussions majeures sur la stabilité du continent.

Pour l’heure, le gouvernement français semble déterminé à ne pas céder aux pressions russes. Sébastien Lecornu a réaffirmé, lors d’un point presse, que la France « ne se laisserait pas dicter sa politique » par des menaces ou des intimidations. Une posture qui, si elle se confirme, pourrait isoler davantage la Russie sur la scène internationale.

Et demain ? Quel avenir pour le RN et ses relations avec Moscou ?

L’avenir du RN reste incertain. Si le parti parvient à convaincre ses électeurs de la sincérité de son changement de cap, il pourrait en tirer un avantage politique majeur. À l’inverse, une volte-face mal assumée risquerait de le discréditer durablement auprès d’un électorat déjà méfiant.

Quant à la Russie, elle ne manquera pas de poursuivre sa stratégie d’intimidation, quitte à radicaliser encore davantage ses positions. Une chose est sûre : dans cette partie d’échecs géopolitique, chaque coup compte, et le RN vient de jouer le sien. À voir maintenant si ce gambit sera payant.

Un nouveau chapitre dans les relations franco-russes

Alors que les tensions entre Paris et Moscou atteignent des sommets inédits depuis des années, une question se pose : cette rupture entre le RN et la Russie marque-t-elle le début d’une ère nouvelle dans les relations franco-russes, ou n’est-elle qu’un épisode passager avant un retour à une forme de statu quo ?

Une chose est certaine : l’Europe, et la France en particulier, ne peuvent plus se permettre de jouer avec le feu. Face à une Russie de plus en plus agressive, la fermeté semble désormais être la seule option viable. Et le RN, en choisissant ce camp, s’inscrit peut-être dans une dynamique plus large, celle d’une Europe unie contre l’autoritarisme.

Reste à savoir si ce choix sera durable… ou si, comme par le passé, l’extrême droite française finira par revenir à ses vieux démons.

À propos de l'auteur

Anachronisme

On nous vend une modernité qui n'est qu'un retour en arrière déguisé. Destruction des services publics, casse du Code du travail, démantèlement de la Sécurité sociale : tout ce que nos grands-parents ont construit est méthodiquement détruit au nom du "progrès". Je refuse cette arnaque. Mon travail consiste à rappeler d'où nous venons pour comprendre où on nous emmène. Et croyez-moi, la destination ne me plaît pas. Je continuerai à documenter ce hold-up démocratique tant que ce sera possible.

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