LFI contre la loi anti-VSS : « Un texte insuffisant, sans moyens ni prévention »

Par SilverLining 14/10/2026 à 10:08
LFI contre la loi anti-VSS : « Un texte insuffisant, sans moyens ni prévention »

LFI rejette la loi anti-VSS adoptée à l’Assemblée : « Un texte vide, sans prévention ni budget » pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles, dénonçant aussi l’abandon des femmes étrangères sous OQTF. Quelle réponse portera le Sénat ?

L’Assemblée adopte à l’unanimité une loi sur les violences sexistes et sexuelles… sauf La France insoumise

Alors que les bancs de l’Assemblée nationale résonnaient encore des applaudissements nourris ayant sanctionné l’adoption, mardi 13 octobre 2026, d’une loi présentée comme « intégrale » contre les violences sexistes et sexuelles (VSS), un groupe parlementaire a choisi, contre toute attente, de ne pas voter ce texte. Sous la houlette de Mathilde Panot, les députés de La France insoumise (LFI) ont marqué leur opposition en s’abstenant, dénonçant un projet « vide de substance et de moyens ». Une position qui, loin d’être isolée, s’inscrit dans un mouvement plus large de critiques émanant d’associations féministes et de défense des droits humains.

Un texte salué… mais jugé insuffisant

Le projet de loi, porté par le gouvernement Sébastien Lecornu, a en effet été adopté par 437 voix contre 4, avec seulement cinq abstentions – dont celle de LFI. Pourtant, dès les premières heures de débat, les contours d’un texte incomplet se dessinaient. Mathilde Panot n’a pas mâché ses mots lors de son passage dans l’émission « Les 4 Vérités » :

« Le compte n’y est pas. »
Pour la députée du Val-de-Marne, la mesure phare de ce quinquennat en matière de droits des femmes se résume à un « affichage politique sans lendemain ».

Parmi les griefs avancés par LFI et ses alliés associatifs : l’absence totale de mesures de prévention pour briser la « fabrique des agresseurs ». Une lacune d’autant plus criante que les chiffres, eux, ne mentent pas. En France, une femme meurt sous les coups de son conjoint tous les trois jours. Les violences sexuelles touchent une femme sur dix dans sa vie, et les plaintes pour agressions restent notoirement sous-déclarées. « On ne peut pas se contenter de sanctions a posteriori, il faut agir en amont », martèle Panot.

Autre point de friction : le budget alloué. Si le gouvernement met en avant une enveloppe de 450 millions d’euros sur trois ans, les associations – dont Amnesty International, Médecins du Monde ou Nous Toutes – estiment que ce montant est « dérisoire face à l’ampleur du phénomène ». « Où sont les 10 milliards promis par les lycéens pour l’éducation ? Où sont les moyens pour former les professionnels de santé, les forces de l’ordre, les magistrats ? », interroge la cheffe de file insoumise. Elle rappelle, chiffres à l’appui, que la part du PIB consacrée à la lutte contre les violences faites aux femmes a chuté de 0,06% depuis 2012, passant sous la barre des 0,03% en 2026.

Les femmes étrangères : une exclusion programmée ?

Un aspect particulièrement contesté du texte concerne la protection des femmes étrangères, notamment celles sous Obligation de Quitter le Territoire Français (OQTF). Initialement, le projet prévoyait qu’une victime de violences ne pourrait être expulsée si elle portait plainte. Mais cette disposition a été « sabordée », selon LFI, par un compromis entre la majorité présidentielle et le Rassemblement National. Résultat : des milliers de femmes, déjà vulnérabilisées par leur statut administratif, se retrouvent aujourd’hui « sans recours ».

« C’est une alliance macabre entre la Macronie et l’extrême droite qui a tué cette mesure », dénonce Panot. « On préfère sacrifier des vies sur l’autel de la xénophobie que de reconnaître que les violences sexistes ne connaissent pas de frontières. » Une position qui rappelle, selon elle, les dérives observées dans d’autres pays européens où les politiques migratoires se conjuguent avec un recul des droits des femmes. À l’inverse, des pays comme la Norvège ou le Canada ont fait le choix inverse, en intégrant systématiquement les enjeux de genre dans leurs politiques d’asile.

Octobre Rose : quand le féminisme se heurte à l’écologie politique

En parallèle des débats parlementaires, Mathilde Panot s’est retrouvée au cœur d’une polémique médiatique pour son refus de porter le ruban rose en soutien à la lutte contre le cancer du sein. Une prise de position virulente, mais cohérente avec son engagement : dénoncer le « pinkwashing » des multinationales qui, tout en finançant des campagnes de sensibilisation, continuent de polluer l’environnement – et donc, indirectement, d’aggraver les risques de cancers.

« Syngenta, qui finance Octobre Rose, est aussi l’un des premiers producteurs mondiaux de pesticides liés au cancer du sein », rappelle-t-elle. « Pendant ce temps, le gouvernement vote des lois comme l’Omnibus X, qui libéralise l’usage de produits phytosanitaires cancérigènes, ou maintient dans le Code du travail des dispositions favorisant le travail de nuit – un facteur avéré de développement de tumeurs mammaires. »

Les réactions n’ont pas tardé. Des associations de malades ont accusé Panot de « détourner le débat » au moment où des milliers de femmes réclamaient un accès facilité aux soins. « Elles ont raison de vouloir des moyens pour la recherche, mais elles ont tort de croire que ces moyens existent sans remettre en cause le système », rétorque-t-elle. « Le cancer du sein n’est pas une fatalité, c’est une maladie sociale, environnementale et professionnelle. Et aujourd’hui, notre pays refuse de le traiter comme tel. »

Un positionnement qui a valu à la députée des accusations d’« amalgame », mais aussi des soutiens inattendus. « Ce qu’elle dit est dur à entendre, mais c’est la vérité », confie une oncologue parisienne sous couvert d’anonymat. « On nous demande de dépister plus, mais on nous empêche de soigner mieux. »

Budget 2027 : la droite et l’extrême droite sauvent une fois de plus Macron

Alors que les débats budgétaires s’engagent à l’Assemblée, LFI maintient la pression. Malgré l’adoption d’une motion de rejet socialiste contre le projet de loi de finances – repoussée de justesse –, les insoumis ne désarment pas. « Si le gouvernement use du 49.3, nous déposerons une motion de censure », avertit Panot. Une menace qui prend tout son sens dans un contexte où les alliances hétéroclites se multiplient pour sauver l’exécutif.

« Le Rassemblement National a sauvé Macron à 30 reprises depuis 2022 », rappelle-t-elle avec ironie. « Ils votent contre la destitution du président, ils bloquent les motions de censure, ils soutiennent un budget cruel… C’est ça, la Macronie en version XXL : une coalition de fait avec l’extrême droite pour étouffer toute velléité de justice sociale. » Une analyse qui rejoint les constats dressés par des économistes comme Thomas Piketty, pour qui la France de 2026 incarne un « capitalisme de connivence », où les élites économiques et politiques se protègent mutuellement.

Face à cette « politique de l’autruche », Panot mise sur une mobilisation citoyenne renforcée. « Les Français ont voté pour plus de services publics, pour des hôpitaux qui fonctionnent, pour des écoles dignes de ce nom. Mais au lieu de répondre à ces attentes, le gouvernement préfère jouer avec les peurs – celles du FMI, de la dette, de l’inflation – pour justifier l’austérité. » Elle cite en exemple les déclarations d’Emmanuel Moulin, gouverneur de la Banque de France, qui a récemment appelé à « prendre ses responsabilités » face à la crise. « Monsieur Moulin devrait s’en tenir à son rôle : surveiller la stabilité financière, pas dicter la politique sociale. »

La gauche divisée face à l’échéance présidentielle

Sur le front politique, les tensions au sein de la gauche se cristallisent autour de la stratégie pour 2027. Alors que Raphaël Glucksmann a été choisi par le Parti socialiste et Place Publique comme candidat à l’élection présidentielle, LFI reste silencieuse. Une prudence qui s’explique, selon Panot, par une volonté de « ne pas disperser les forces » : « Nous sommes concentrés sur notre combat : battre la Macronie et l’extrême droite. Glucksmann, c’est un troisième candidat de plus, un leurre pour diviser la gauche. »

Pourtant, les meetings de Jean-Luc Mélenchon – comme celui de Clermont-Ferrand devant 10 000 personnes – montrent une base militante toujours aussi mobilisée. « Nos adversaires sont clairs : ce sont les libéraux et l’extrême droite. Pas un social-libéral de plus », martèle Panot. D’ici à la présidentielle, LFI mise sur une série de conventions nationales, dont celle du 7 novembre, pour affûter son discours et ses propositions. « Nous avons un plan concret : suppression de Parcoursup, rénovation des établissements scolaires, embauches massives dans l’Éducation nationale… Des mesures qui coûtent cher, mais qui sont indispensables. Et qui, contrairement aux promesses macronistes, ne se contentent pas de vœux pieux. »

L’Europe et les droits des femmes : un modèle à suivre ?

Alors que la France semble s’enliser dans des débats stériles, certains pays européens montrent la voie. En Norvège, par exemple, une loi récente oblige les entreprises à publier des rapports sur les écarts de salaire entre hommes et femmes. Au Portugal, un « congé menstruel » a été instauré pour les femmes souffrant de règles douloureuses. Même en Allemagne, où les violences conjugales restent un fléau, des mesures de prévention innovantes – comme des bracelets électroniques pour les conjoints violents – sont testées.

« L’Europe a des leçons à nous donner, mais la France préfère regarder vers l’arrière », déplore Panot. « Pendant ce temps, des pays comme la Turquie ou la Hongrie reculent sur les droits des femmes, et notre gouvernement préfère faire des alliances avec l’extrême droite plutôt que de s’inspirer des meilleures pratiques. » Une situation d’autant plus paradoxale que Paris se présente comme la « capitale des droits humains » lors des grandes conférences internationales.

Et maintenant ? Le Sénat, nouvelle bataille

Après l’Assemblée, le texte doit désormais affronter le Sénat. Un passage qui s’annonce périlleux : la chambre haute, à majorité de droite et d’extrême droite, a déjà montré sa réticence à voter des mesures progressistes. « Je crains que les sénateurs ne fassent qu’aggraver les lacunes de ce projet », confie Panot. « Mais nous ne lâcherons rien. En 2027, nous présenterons un plan complet, financé, pour lutter vraiment contre les violences sexistes et sexuelles. »

En attendant, les associations restent mobilisées. Des manifestations sont prévues dans les prochains jours, notamment à l’appel de collectifs féministes. « La rue sera notre dernier recours », avertit la députée. Une chose est sûre : si la loi actuelle est adoptée en l’état, elle ne répondra pas à l’urgence sociale. Et dans un pays où une femme sur trois déclare avoir subi une violence sexiste ou sexuelle au cours de sa vie, le statu quo n’est plus une option.

Alors que les projecteurs se tournent vers l’hémicycle, une question persiste : comment la France, pays des Lumières et des droits de l’homme, peut-elle en être réduite à voter des lois sans âme, sans moyens, et sans vision ?

À propos de l'auteur

SilverLining

On me demande souvent comment je garde espoir face au désastre politique actuel. Ma réponse est simple : je vois ce qui se passe sur le terrain. Des citoyens qui s'organisent, des collectifs qui naissent, des alternatives qui émergent. La politique ne se résume pas aux jeux de pouvoir parisiens. Partout en France, des gens refusent la résignation et inventent autre chose. C'est cette France-là que je documente, celle qui ne fait jamais les gros titres mais qui prépare le monde d'après.

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Commentaires (2)

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Robert T.

il y a 29 minutes

Ce qui est révélateur, c'est que cette loi reprend les mesures de la convention d'Istanbul (2011) que la France a signée... mais jamais vraiment appliquée. En Espagne ou en Islande, les budgets dédiés sont 3 à 5 fois supérieurs. Où est la volonté politique ?

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EdgeWalker

il y a 1 heure

Nooooon mais sérieux ??? LFI a raison, ce texte il sert à rien sauf à faire joli à la télé !!! Bcp de promesses mais 0 moyen... Les femmes elles vont continuer à se faire agresser comme avant. Et les étrangères sous OQTF ? Pfff...

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