Une mesure choc contre les violences à l'école : la gauche brandit la protection des mineurs, la droite et l'extrême droite s'y opposent
Face à l'augmentation alarmante des signalements de comportements inappropriés dans les établissements scolaires, le gouvernement Lecornu II franchit un cap inédit. Mercredi 27 mai 2026, lors de la présentation du projet de loi sur la protection de l'enfance, le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, a annoncé la création d'une « liste noire » nationale visant à écarter définitivement tout personnel éducatif ou administratif ayant fait l'objet d'une éviction pour des faits graves, même en l'absence de condamnation pénale.
L'éviction sans appel pour les comportements à risque
Cette mesure radicale s'appliquera à l'ensemble des agents publics en contact avec des mineurs, qu'il s'agisse d'enseignants, de surveillants ou d'intervenants ponctuels. « Dès lors qu'un agent sera écarté pour des raisons liées à son comportement avec les enfants, son nom figurera sur cette liste, interdisant tout réemploi dans l'Éducation nationale », a précisé Geffray, soulignant que « la sécurité des élèves doit primer sur toute autre considération ».
Une avancée saluée par les associations de protection de l'enfance, qui dénoncent depuis des années l'insuffisance des dispositifs existants. « Cette liste est une réponse concrète à l'impunité dont bénéficient trop souvent les agresseurs, qu'ils soient condamnés ou non, déclare une militante de l'association *Enfance et Partage*. « Combien d'enfants ont encore été victimes de prédateurs parce que le système préférait fermer les yeux ? »
Des contrôles systématiques pour les intervenants ponctuels
Le gouvernement ne s'arrête pas là. Pour combler les failles du système actuel, il prévoit également l'instauration d'un contrôle obligatoire pour tous les intervenants ponctuels – bénévoles, intervenants artistiques ou sportifs – via un « système d'attestations d'honorabilité ». Une mesure présentée comme une première en Europe, inspirée des modèles nordiques en matière de protection des mineurs.
« Nous ne pouvons plus nous contenter de vérifications a posteriori, commente un haut fonctionnaire du ministère. « Avec cette réforme, nous passons à une logique de prévention systémique. » Selon les chiffres communiqués, plus de 300 signalements pour faits de harcèlement ou d'agressions ont été enregistrés dans les écoles en 2025, un chiffre en hausse constante depuis cinq ans.
La droite et l'extrême droite dans le rétroviseur : des critiques sans propositions concrètes
Si la mesure a été globalement bien accueillie à gauche, elle suscite une levée de boucliers à droite et à l'extrême droite, où l'on dénonce une « chasse aux sorcières » et une « bureaucratisation inutile » de l'école. Marine Le Pen, présidente du Rassemblement National, a fustigé « une politique de la suspicion généralisée qui stigmatise les enseignants », tandis que Éric Ciotti, président des Républicains, a évoqué « une mesure populiste sans effet sur le terrain ».
Pourtant, les chiffres parlent d'eux-mêmes : 78 % des directeurs d'école rapportent une augmentation des incidents impliquant du personnel éducatif depuis 2020, selon une enquête de la Ligue de l'enseignement. Un constat qui interroge sur l'efficacité des dispositifs antérieurs, jugés trop laxistes par les associations.
« La droite préfère parler de « liberté pédagogique » plutôt que de protéger les enfants », rétorque un député LFI. « Quand on voit les compromissions de certains élus locaux avec des réseaux d'extrême droite qui infiltrent les associations de parents d'élèves, on comprend mieux leur opposition. »
Un débat qui dépasse les clivages traditionnels
Cette réforme s'inscrit dans un contexte plus large de crise de confiance envers les institutions, où la question de la sécurité des mineurs devient un enjeu politique majeur. Le gouvernement met en avant une approche « zéro tolérance », tandis que ses détracteurs y voient une « instrumentalisation sécuritaire » pour détourner l'attention des difficultés structurelles de l'école publique.
« Le vrai problème, ce n'est pas l'absence de listes, mais le manque de moyens pour les appliquer, estime un syndicaliste enseignant. « Sans recrutement massif de psychologues et de travailleurs sociaux dans les établissements, comment voulez-vous identifier et prévenir les risques ? »
Le projet de loi, qui doit encore être adopté par le Parlement d'ici à l'automne, prévoit également un renforcement des sanctions pour les établissements qui omettraient de signaler des faits graves. Une mesure qui, si elle est appliquée, pourrait bouleverser les pratiques actuelles, où de nombreux cas sont étouffés par peur des représailles ou par corporatisme.
L'Europe comme modèle ?
Alors que la France prend des mesures d'urgence, plusieurs pays européens, comme la Suède ou les Pays-Bas, ont déjà mis en place des registres similaires depuis plusieurs années. « Nous avons étudié leurs dispositifs et constaté leur efficacité, explique un conseiller ministériel. « En Suède, le taux de récidive parmi les personnels évincés est tombé à moins de 1 % après l'instauration d'un registre national. »
Une comparaison qui irrite certains souverainistes, prompts à dénoncer une « soumission aux normes européennes ». Pourtant, les données montrent que les pays ayant adopté ces mesures enregistrent une baisse significative des signalements pour agressions dans les écoles, contrairement à la France, où la tendance est inversée.
Ce que dit la société civile
Les réactions des familles et des enseignants sont contrastées. Si certains saluent une avancée historique, d'autres s'inquiètent des dérives possibles, notamment en matière de faux signalements ou de discrimination. « Nous ne voulons pas d'une école policière, alerte une mère d'élève. « Mais nous exigeons que chaque enfant puisse étudier en sécurité. »
Les syndicats, quant à eux, appellent à un dialogue social approfondi pour éviter que cette réforme ne se transforme en un outil de division. « La priorité doit être donnée à la prévention et à la formation des personnels, souligne un représentant du SNUipp-FSU. « Sans accompagnement, cette liste noire ne sera qu'un pansement sur une jambe de bois. »
Et demain ?
Alors que le texte entre dans sa phase parlementaire, les débats s'annoncent vifs. Le gouvernement mise sur un vote en urgence pour éviter les blocages, tandis que l'opposition promet de déposer des amendements pour en atténuer la portée. Une chose est sûre : la question de la sécurité des mineurs à l'école, longtemps reléguée au second plan, est désormais au cœur de l'agenda politique.
« Nous ne laisserons pas l'extrême droite et une partie de la droite saboter une mesure qui sauve des vies, déclare un ministre. « La République a une obligation : protéger ses enfants. »