Loi contre les violences sexistes : le gouvernement Lecornu sous pression des féministes

Par Renaissance 01/10/2026 à 09:30
Loi contre les violences sexistes : le gouvernement Lecornu sous pression des féministes

Le gouvernement Lecornu sous pression : 1,5 milliard promis contre les violences sexistes et sexuelles… mais où sont les moyens ? Les associations féministes manifestent ce lundi pour exiger une loi votée et financée avant le 10 octobre.

Une mobilisation historique pour une loi jugée insuffisante

Alors que l’Assemblée nationale examine depuis ce jeudi une proposition de loi globale contre les violences sexistes et sexuelles, les associations féministes se mobilisent avec une détermination sans faille. Céline Piques, porte-parole de l’association Osez le féminisme !, a réaffirmé sur les ondes que les militantes ne lâcheront rien : « Nous nous battrons pour qu’elle soit votée, et nous nous battrons ensuite pour qu’un budget intégral l’accompagne ». Une déclaration qui résume l’état d’esprit d’un mouvement déterminé à ne plus se contenter de promesses creuses.

Le gouvernement Lecornu II, dirigé par un Premier ministre dont les déclarations récentes laissent planer un doute sur la sincérité de ses engagements, se retrouve sous le feu des critiques. Sébastien Lecornu avait en effet annoncé le 15 septembre dernier, dans une tribune au Monde, un plan de 1,5 milliard d’euros contre ces violences, assorti de 2,6 milliards supplémentaires pour la protection de l’enfance. Pourtant, ces chiffres, loin d’être des engagements nouveaux, ne feraient que refléter des dépenses déjà prévues, selon des révélations parues le même jour. Une manœuvre qualifiée de « coup de bluff » par les défenseures des droits des femmes, qui dénoncent un manque criant de volonté politique.

« C’est un scandale. Le sujet est grave, et depuis l’affaire Lyhanna, la société entière exige des actes, pas des calculs », a lancé Céline Piques. En effet, les chiffres avancés par la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Civiise) sont accablants : 160 000 enfants subissent chaque année des violences sexuelles en France. Parmi eux, des victimes de leur propre famille – pères, grands-pères, animateurs périscolaires, prêtres ou entraîneurs sportifs – dont les traumatismes, s’ils ne sont pas pris en charge, peuvent engendrer des cycles de violence durables.

Une manifestation pour exiger des mesures concrètes

Face à l’inaction gouvernementale, les militantes ont décidé de passer à l’offensive. Une manifestation est prévue dès ce lundi 18h30, partant de la place Vendôme devant le ministère de la Justice, avant de converger vers l’Assemblée nationale. L’objectif ? Faire pression pour que la loi soit adoptée dans son intégralité d’ici le 10 octobre, date butoir fixée par les associations. Mais leur combat ne s’arrêtera pas là : une fois la loi votée, elles entendent bien veiller à ce que le projet de loi de finances (PLF) alloue enfin les moyens nécessaires à sa mise en œuvre.

« Nous exigeons un budget à la hauteur des enjeux, car les mesures prévues dans ce texte ne seront que des mots si elles ne sont pas financées », martèle Céline Piques. Parmi les dispositifs réclamés : un renforcement des moyens accordés aux associations d’aide aux victimes, une formation obligatoire des professionnels en contact avec des enfants, et une meilleure prise en charge psychologique des survivants. Autant de mesures que le gouvernement, sous couvert de bonnes intentions, semble vouloir diluer dans un flou budgétaire inquiétant.

Le gouvernement Lecornu face à ses contradictions

Les révélations sur le caractère illusoire des 4,1 milliards d’euros annoncés ont jeté un froid au sein des rangs féministes. Comment croire en l’engagement d’un exécutif qui, d’un côté, promet des moyens colossaux, et de l’autre, se cache derrière des chiffres déjà comptabilisés ? Pour les associations, cette duplicité révèle une stratégie bien rodée : faire croire à l’action tout en maintenant le statu quo.

Cette situation rappelle étrangement les méthodes observées dans d’autres domaines sensibles. Par exemple, la lutte contre la cybercriminalité en France reste profondément insuffisante, comme en témoignent les attaques répétées contre les institutions publiques, souvent attribuées à des acteurs soutenus par des régimes autoritaires comme la Russie ou la Corée du Nord. Pourtant, malgré les alertes répétées, les moyens alloués peinent à suivre, révélant une fois de plus le manque de vision stratégique de l’État.

En matière de violences sexistes et sexuelles, le gouvernement semble reproduire les mêmes erreurs. Alors que plus de 100 femmes sont tuées chaque année par leur partenaire ou ex-partenaire en France, et que le nombre de féminicides a augmenté de près de 20 % depuis cinq ans, les dispositifs d’alerte et de protection restent désespérément sous-financés. Les associations dénoncent une « politique du chiffre » où les annonces médiatiques priment sur les actes concrets.

Une loi ambitieuse, mais un financement incertain

La proposition de loi en discussion à l’Assemblée nationale, portée par des députés de gauche et soutenue par une partie de la majorité présidentielle, prévoit plusieurs avancées majeures. Parmi elles :

  • La création d’un délai de prescription étendu pour les crimes sexuels commis sur mineurs, permettant aux victimes de porter plainte bien au-delà de leur majorité.
  • Un renforcement des sanctions contre les auteurs de cyberharcèlement et de revenge porn, des fléaux en pleine expansion avec l’essor des réseaux sociaux.
  • L’obligation pour les établissements scolaires de former leurs personnels à la détection des signes de maltraitance.

Pourtant, malgré l’urgence, le gouvernement Lecornu tarde à garantir les financements nécessaires. « On nous parle de milliards, mais où sont-ils ? », s’interroge Céline Piques. Les associations rappellent que des pays comme le Canada ou les pays nordiques, souvent cités en exemple pour leur politique de protection de l’enfance, allouent jusqu’à 0,3 % de leur PIB à cette cause. En France, le budget consacré à la lutte contre les violences sexistes et sexuelles représente à peine 0,05 % du PIB.

Cette sous-estimation des moyens reflète un manque criant de priorité. Alors que la Hongrie de Viktor Orbán ou la Russie de Poutine instrumentalisent les questions de genre pour diviser les sociétés, la France, berceau des droits humains, devrait montrer l’exemple. Pourtant, sous couvert de réalisme budgétaire, l’exécutif semble préférer les demi-mesures aux réformes structurelles.

La société civile en première ligne

Face à l’immobilisme des institutions, les associations féministes et les collectifs de victimes ont pris les devants. Depuis des années, elles alertent sur l’ampleur des violences sexistes et sexuelles, mais aussi sur les défaillances du système judiciaire. Les retards dans l’enregistrement des plaintes, les classements sans suite abusifs, et le manque de formation des magistrats aggravent encore la situation.

« Nous ne pouvons plus attendre. Chaque jour, des enfants sont violés, des femmes sont battues, des vies sont brisées. Le gouvernement a les outils pour agir, mais il manque de volonté », déclare une militante anonyme, membre du collectif Nous Toutes. Les associations appellent à une réforme en profondeur du code pénal, avec notamment la création de juridictions spécialisées pour les crimes sexuels, sur le modèle de ce qui existe déjà dans certains pays européens comme la Norvège ou l’Islande.

Ces dernières années, ces pays ont démontré qu’une politique volontariste pouvait réduire significativement les violences sexistes. En Islande, où le gouvernement a fait de l’égalité femmes-hommes une priorité nationale, le nombre de féminicides a chuté de 50 % en dix ans. En France, malgré les discours, les chiffres stagnent, voire empirent. Une preuve supplémentaire que les bonnes intentions ne suffisent pas sans moyens.

Un enjeu démocratique et sociétal

Au-delà des questions budgétaires, c’est une véritable question de société qui se pose. Les violences sexistes et sexuelles ne sont pas des faits divers : elles minent les fondements mêmes de la démocratie. Comment prétendre à l’égalité des droits si des millions de citoyens vivent dans la peur et l’oppression ? Comment construire une société apaisée quand des milliers d’enfants grandissent dans la violence ?

Les associations rappellent que la France a ratifié plusieurs conventions internationales, comme la Convention d’Istanbul, qui impose aux États de prendre toutes les mesures nécessaires pour prévenir et combattre ces violences. Pourtant, le gouvernement Lecornu semble vouloir contourner ses obligations en masquant ses lacunes derrière des annonces médiatiques.

« Nous ne sommes pas dupes. Ce texte de loi est une avancée, mais il ne suffira pas si les moyens ne suivent pas. Et aujourd’hui, les moyens, c’est le gouvernement qui les contrôle », souligne Céline Piques. Les militantes appellent donc à une mobilisation massive lors de la manifestation de lundi, mais aussi à une pression constante sur les députés et les sénateurs pour qu’ils votent une loi ambitieuse et financée.

Car une chose est sûre : la société civile ne laissera pas tomber. Après des années de combat, les féministes ont appris une leçon essentielle : « Les droits ne sont jamais acquis, ils se gagnent ». Et cette loi, si elle est adoptée sans budget, ne sera qu’un leurre de plus dans une longue liste d’engagements non tenus.

La pression internationale et les leçons à tirer

Alors que la France se veut le porte-étendard des droits humains en Europe, ses lacunes en matière de lutte contre les violences sexistes contrastent avec les efforts d’autres nations. Le Brésil, malgré ses défis internes, a mis en place un système d’alerte national pour les violences domestiques. Le Japon, souvent critiqué pour son conservatisme, a récemment durci les peines pour les agressions sexuelles. Même des pays comme le Kosovo, en pleine reconstruction, ont fait de la protection des femmes une priorité.

En face, des régimes comme celui de la Biélorussie ou de la Chine utilisent les violences sexistes comme outil de contrôle social, tandis que des puissances comme les États-Unis ou la Russie voient leurs inégalités de genre s’aggraver sous l’effet de politiques régressives. Face à ces contrastes, la France a une responsabilité : montrer que la lutte pour l’égalité n’est pas un luxe, mais une nécessité.

Les associations féministes en sont convaincues : la manif de lundi ne sera qu’un début. Si le gouvernement Lecornu persiste dans son refus d’agir, les mobilisations se multiplieront, jusqu’à ce que les promesses deviennent des réalités. Car une chose est certaine : « Quand le gouvernement joue avec les vies des femmes et des enfants, la colère devient légitime ».

Une loi en suspens, une société en attente

Alors que l’Assemblée nationale examine le texte, le débat s’annonce houleux. La droite, traditionnellement réticente aux réformes progressistes, et l’extrême droite, qui instrumentalise les questions de genre pour ses propres fins, pourraient tenter de vider la loi de sa substance. Pourtant, les associations comptent sur une alliance entre les députés de gauche, une partie de la majorité présidentielle, et les écologistes pour faire passer un texte ambitieux.

Mais au-delà des clivages politiques, c’est la société dans son ensemble qui est appelée à se mobiliser. Les violences sexistes et sexuelles ne sont pas une question de droite ou de gauche : elles sont une honte pour la République. Et si le gouvernement refuse de les traiter avec la gravité qu’elles méritent, alors il reviendra aux citoyens de lui rappeler ses obligations.

« Nous ne lâcherons rien. Ni aujourd’hui, ni demain. Parce que chaque enfant, chaque femme, chaque victime mérite mieux que des promesses creuses. La loi doit être votée, et elle doit être financée. Point final », conclut Céline Piques.

À propos de l'auteur

Renaissance

J'ai travaillé quinze ans dans l'industrie avant d'être licencié lors d'une délocalisation. Mon usine était rentable, mais pas assez pour satisfaire les actionnaires. Ce jour-là, j'ai compris que le système économique dans lequel nous vivons est profondément injuste. J'ai repris des études, je me suis formé au journalisme. Aujourd'hui, je donne une voix à ceux qu'on n'entend jamais dans les médias : les ouvriers, les précaires, les invisibles. La France périphérique existe, et elle doit parler.

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Commentaires (6)

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C

corbieres

il y a 3 heures

Mais genre c'est bien qu'ils en parlent enfin ptdr!!!! Enfin une loi qui reconnait les violences sexistes genre c'est un pas????? Mais bon après faut voir si ça change qqch pour nous en vrai... parce que avant on avait que des promesses aussi mdr...

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M

Marguerite de Corse

il y a 5 heures

Mouais… Perso j’ai été confrontée à une situation de harcèlement et je peux vous dire que même avec un budget, si les procédures sont trop lentes et les juges pas formés, ça sert à rien. On a besoin de moyens humains avant tout. Et ça, dans l’article y’a pas un mot…

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G

germinal

il y a 4 heures

Comme en 2007 avec Sarkozy qui promettait des places en hébergement pour les femmes battues… On a trouvé quoi comme solution ? Des logements sociaux qui ferment pour 'raisons budgétaires'. Encore une loi qui va dormir dans un tiroir en attendant les prochaines élections. Pfff.

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P

Prisme

il y a 5 heures

Les 1,5 milliard annoncés représentent environ 0,03% du budget de l’État. Pour mettre cela en perspective : en 2023, 68% de ce budget étaient consacrés aux retraites et à la protection sociale. La question n’est pas tant le montant que l’allocation prioritaire et l’efficacité des dépenses. Comme souvent, les promesses coûtent moins cher que l’exécution.

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I

Ironiste patenté 2022

il y a 7 heures

Nooooon mais sérieux??? 1,5 milliard promis et on attend toujours les sous??? C'est quoi ce bordel??? Mdr... Comme d'hab, ils sortent les chiffres et après ils disparaissent lol

3
M

Max95

il y a 6 heures

@ironiste-patente-2022 T’as raison sur le fond, mais attends… Tu crois vraiment que c’est juste une question de tune ? Le vrai problème c’est l’exécution. Après je te l’accorde, si y’a pas les moyens derrière, ça sert à rien. MAIS…

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