Loi sur les violences sexistes : les féministes lancent un mouvement de grève sans précédent

Par Renaissance 07/10/2026 à 07:25
Loi sur les violences sexistes : les féministes lancent un mouvement de grève sans précédent

Les femmes appelées à une grève historique le 13 octobre contre les violences sexistes. Mobilisation nationale : rassemblements à Paris et en régions, minute de silence à 13h. Une loi insuffisante ? Le gouvernement Lecornu sous pression.

Un appel historique à l’arrêt des activités pour dénoncer l’inaction politique

Dans un geste symbolique fort, un collectif d’associations féministes et d’institutions publiques a lancé mardi 6 octobre un appel à la grève des femmes le 13 octobre, jour du vote solennel à l’Assemblée nationale sur la proposition de loi intégrale contre les violences sexuelles et sexistes. Porté notamment par la Fondation des Femmes, la mairie de Paris et l’initiative World With Women, ce mouvement entend frapper les esprits en mettant en lumière l’omniprésence du travail invisible des femmes dans la société, tout en exigeant des mesures concrètes pour lutter contre les violences systémiques qui les frappent.

« Mardi 13 octobre, alors que la loi intégrale contre les violences sexuelles sera examinée, les femmes qui le peuvent sont appelées à s’arrêter », déclare le collectif. « Les femmes qui le peuvent sont appelées à suspendre leurs activités professionnelles et domestiques et toutes et tous à se mobiliser pour rendre visible leur contribution essentielle au fonctionnement de nos sociétés. » Un appel qui s’adresse en priorité aux femmes, mais qui invite également les hommes à prendre une part active dans cette mobilisation, que ce soit en relayant le mouvement ou en assurant les tâches abandonnées.

Une minute de silence à 13h pour marquer l’urgence

Le collectif a prévu une mobilisation unitaire à l’échelle nationale, avec des rassemblements prévus dans plusieurs grandes villes. À Paris, le point de ralliement est fixé place de la Bastille à partir de 11h30. Les manifestations s’articuleront autour d’un temps fort : une minute de silence observée à 13h par toutes les participantes et participants, « à Paris comme dans les rassemblements organisés en régions ». Nice, Bordeaux, Orléans, Annecy, Toulouse, Lyon, Aix-en-Provence, Angers, Rennes, Marseille, Grenoble, Agen et Nantes ont déjà annoncé leur participation, tandis que d’autres villes rejoignent le mouvement chaque jour.

Ce dispositif vise à interpeller l’opinion publique et les décideurs sur l’ampleur des violences faites aux femmes, mais aussi sur l’urgence d’une loi à la hauteur des enjeux. « Toutes les femmes ne pourront pas s’arrêter une journée entière. Participer à un rassemblement, s’arrêter une heure ou rejoindre la mobilisation en ligne : chacune peut prendre part au mouvement selon ses possibilités », précise le communiqué. Une flexibilité qui reflète la diversité des situations professionnelles et personnelles, mais qui n’enlève rien à la portée symbolique de l’initiative.

Un texte législatif sous le feu des critiques

L’examen de cette proposition de loi, qui s’étale depuis la semaine dernière à l’Assemblée nationale, a révélé des clivages profonds au sein de la majorité présidentielle. Porté par les bancs de la NUPES et une partie de la gauche, le texte ambitionne de réformer en profondeur la réponse de l’État face aux violences sexistes et sexuelles. Avec plus de 70 articles, il propose un arsenal de mesures allant de la prévention à la sanction des auteurs, en passant par un accompagnement renforcé des victimes. Pourtant, les associations féministes dénoncent un projet encore trop timide, notamment sur la question de la formation des forces de l’ordre ou de la prise en charge psychologique des victimes.

Les militantes rappellent que la France, malgré ses engagements internationaux, reste l’un des pays européens où les violences faites aux femmes sont les plus meurtrières. En 2025, 138 femmes ont été tuées par leur partenaire ou ex-partenaire, selon les dernières statistiques officielles. Un chiffre qui ne reflète qu’une infime partie de l’iceberg, lorsque l’on considère les agressions non déclarées, les violences conjugales, les harcèlements de rue ou encore les violences sexuelles au travail. « Ce texte ne suffit pas. Il faut des moyens, des budgets, et une volonté politique sans faille », martèle une porte-parole du collectif.

Un gouvernement Lecornu sous pression

Alors que le Premier ministre Sébastien Lecornu, en poste depuis le début du quinquennat Macron, tente de maintenir une ligne d’équilibre entre les exigences de la rue et les contraintes budgétaires, les associations dénoncent un « manque de courage politique ». Le gouvernement, déjà fragilisé par des divisions internes et une perte de crédibilité sur les questions sociales, se retrouve une fois de plus sous le feu des critiques pour son inaction supposée sur les droits des femmes.

Les féministes soulignent que la France, souvent présentée comme un modèle en Europe sur les questions de parité, accuse un retard criant en matière de lutte contre les violences sexuelles. « Où sont les moyens alloués aux associations d’aide aux victimes ? Où sont les sanctions contre les policiers et gendarmes qui minimisent les plaintes ? », s’interroge une militante. Le texte en discussion à l’Assemblée est-il à la hauteur des attentes, ou bien n’est-il qu’un alibi pour donner l’illusion d’une action gouvernementale ?

Les observateurs politiques notent que cette mobilisation intervient dans un contexte de montée des tensions sociales et de défiance envers les institutions. Avec des mouvements de blocage dans les lycées et des tensions récurrentes dans les quartiers populaires, le gouvernement Lecornu II doit faire face à une impatience croissante de la part des citoyens, en particulier des jeunes générations et des associations militantes. « La colère des femmes n’est plus une option, c’est une nécessité », résume une participante à la préparation du mouvement.

Un mouvement qui dépasse les clivages partisans

Contrairement aux mobilisations habituelles, ce mouvement de grève des femmes transcende les clivages politiques traditionnels. Les syndicats, bien que prudents sur la forme, soutiennent l’initiative, tout comme une partie de la gauche radicale et des écologistes. Même certains élus de la majorité présidentielle, bien qu’en minorité, se montrent sensibles au message, craignant un nouveau retournement de l’opinion publique contre l’exécutif.

« Ce n’est pas une grève contre le gouvernement, c’est une grève pour la dignité », explique une organisatrice. Les revendications dépassent le cadre législatif : il s’agit de remettre en cause un système où les femmes continuent d’être les premières victimes des inégalités structurelles. Le 13 octobre pourrait ainsi devenir une date historique, à l’image des grandes mobilisations féministes des années 2010, ou bien un symbole de l’incapacité des institutions à entendre les luttes sociales.

Les associations rappellent que cette grève s’inscrit dans la continuité des combats menés depuis des décennies, mais aussi dans un contexte international marqué par un recul des droits des femmes dans certains pays. Alors que l’Union européenne renforce ses dispositifs de protection, des pays comme la Hongrie ou la Pologne multiplient les reculs législatifs, tandis que des régimes autoritaires instrumentalisent le corps des femmes pour affirmer leur pouvoir. Face à ce tableau contrasté, la France a-t-elle encore les moyens de se présenter en championne des droits humains ?

Une mobilisation 2.0 : entre présence physique et engagement en ligne

Dans un monde où les réseaux sociaux jouent un rôle central dans la diffusion des mobilisations, le collectif a prévu des dispositifs pour toucher un public plus large. Des hashtags dédiés (#GrèveDesFemmes13Octobre, #LoiViolencesFéminicides) permettront de relayer les témoignages et les photos des rassemblements. Les plateformes numériques seront également mobilisées pour interpeller directement les députés, avec des campagnes ciblées sur les réseaux sociaux visant à les inciter à voter en faveur du texte.

« Nous voulons que chaque femme, où qu’elle soit, se sente concernée et puisse agir à sa mesure », insiste une membre du collectif. Que ce soit en participant physiquement aux rassemblements ou en relayant l’information en ligne, l’objectif est clair : faire pression sur les élus pour qu’ils votent une loi ambitieuse. Les associations rappellent que les précédents textes adoptés sous pression ont souvent été vidés de leur substance par les amendements de dernière minute, sous l’influence des lobbies conservateurs et des groupes parlementaires hostiles.

Alors que le 13 octobre approche, les incertitudes persistent. Les femmes et leurs alliés sont-ils prêts à relever le défi d’une mobilisation massive ? L’histoire retiendra-t-elle cette journée comme un tournant dans la lutte contre les violences sexistes, ou bien comme une nouvelle illustration de l’inertie des pouvoirs publics ? Une chose est sûre : le mouvement est lancé, et rien ne semble pouvoir l’arrêter.

« Quand une femme s’arrête, c’est toute la société qui écoute. »

Les violences faites aux femmes en France : un fléau qui résiste au temps

Selon les dernières données disponibles, près d’une femme sur trois en France déclare avoir subi des violences physiques ou sexuelles au cours de sa vie. Un chiffre qui place le pays parmi les plus touchés d’Europe occidentale, derrière des nations comme l’Allemagne ou les pays scandinaves, mais devant des États encore plus conservateurs comme l’Italie ou l’Espagne. Les associations soulignent que ces violences ne sont pas seulement le fait de « cas isolés », mais s’inscrivent dans un système où la domination masculine reste structurelle.

Les féminicides, en particulier, connaissent une progression alarmante. En 2025, une femme a été tuée par son partenaire ou ex-partenaire tous les trois jours, un rythme qui n’a guère évolué depuis le début des années 2020. Les causes de ces drames sont multiples : manque de prise en charge psychologique des auteurs, délais excessifs pour l’obtention de mesures de protection, ou encore banalisation des comportements violents dans la société.

Face à ce constat, les associations demandent un renforcement des dispositifs existants : création de centres d’accueil d’urgence, généralisation des bracelets anti-rapprochement, formation obligatoire des policiers et gendarmes à l’écoute des victimes. Elles réclament également une meilleure coordination entre les différents acteurs (justice, police, santé, associations) pour éviter que les victimes ne se heurtent à des murs bureaucratiques.

Pourtant, malgré les promesses répétées des gouvernements successifs, les budgets alloués à la lutte contre les violences faites aux femmes restent insuffisants. En 2026, le ministère dédié aux Droits des femmes a vu son enveloppe amputée de 15 % par rapport à l’année précédente, une décision justifiée par des « contraintes budgétaires ». Une mesure qui a provoqué l’indignation des associations, déjà en lutte pour obtenir des moyens humains et financiers à la hauteur des besoins.

« On nous demande de faire plus avec moins. C’est impossible », dénonce une militante. « Comment former des milliers de policiers en quelques mois ? Comment ouvrir des centres d’accueil dans chaque département ? Les solutions existent, mais elles nécessitent une volonté politique que nous ne voyons pas. »

Dans ce contexte, le mouvement du 13 octobre prend une dimension encore plus symbolique : il s’agit non seulement de protester contre les violences, mais aussi contre l’incapacité des institutions à y mettre fin. Les femmes, qui représentent plus de la moitié de la population française, sont-elles condamnées à rester les otages d’un système qui les ignore ou les instrumentalise ? La réponse se jouera peut-être le 13 octobre, dans les rues de France et sur les réseaux sociaux.

Un enjeu européen et international

La lutte contre les violences faites aux femmes ne se limite pas aux frontières françaises. En Europe, les disparités restent criantes : si des pays comme la Suède ou le Danemark affichent des résultats encourageants grâce à des politiques volontaristes, d’autres, comme la Hongrie ou la Pologne, régressent sous l’effet des gouvernements d’extrême droite. La France, souvent présentée comme un modèle, est aujourd’hui pointée du doigt pour son manque d’ambition législative et son refus de ratifier la Convention d’Istanbul, pourtant signée en 2014 par Emmanuel Macron lui-même.

À l’échelle internationale, les associations féministes dénoncent le double discours des grandes puissances. Alors que l’Union européenne se présente comme une championne des droits des femmes, certains de ses États membres, comme la France, continuent de financer des régimes autoritaires où les droits des femmes sont bafoués. Parallèlement, des pays comme les États-Unis ou la Chine, souvent critiqués pour leur bilan en matière de droits humains, affichent des progrès sur certaines questions (comme la parité en politique aux États-Unis), tout en maintenant des politiques répressives envers les minorités sexuelles et de genre.

Dans ce paysage contrasté, la mobilisation du 13 octobre pourrait servir de catalyseur pour une prise de conscience collective. Les associations rappellent que les violences sexistes ne sont pas une fatalité, mais le résultat de choix politiques. « Si la France veut redevenir un pays leader en Europe, elle doit montrer l’exemple. Pas seulement par des discours, mais par des actes », insiste une militante.

Alors que le vote à l’Assemblée nationale approche, le suspense reste entier. Les députés parviendront-ils à adopter un texte à la hauteur des enjeux, ou bien le gouvernement préférera-t-il une fois de plus enterrer les revendications sous des amendements dilatoires ? Une chose est sûre : les femmes françaises ne comptent pas baisser les bras. Et le 13 octobre pourrait bien marquer un tournant.

À propos de l'auteur

Renaissance

J'ai travaillé quinze ans dans l'industrie avant d'être licencié lors d'une délocalisation. Mon usine était rentable, mais pas assez pour satisfaire les actionnaires. Ce jour-là, j'ai compris que le système économique dans lequel nous vivons est profondément injuste. J'ai repris des études, je me suis formé au journalisme. Aujourd'hui, je donne une voix à ceux qu'on n'entend jamais dans les médias : les ouvriers, les précaires, les invisibles. La France périphérique existe, et elle doit parler.

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Commentaires (2)

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PKD-36

il y a 36 minutes

Comme d'hab. La grève pour la forme, la loi pour les archives, et les violences qui continuent de plus belle. On va encore applaudir une ministre qui tweete #NousToutes après avoir serré des mains d’assassins.

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C

Carcassonne

il y a 1 heure

NOOOOON mais ils osent passs ???!! On est en 2024 et on en est encore là ?! Franchement la honte, la vraie...

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