LR au bord de l'implosion ? Retailleau en tête pour la présidentielle 2027

Par Anadiplose 17/04/2026 à 08:23
LR au bord de l'implosion ? Retailleau en tête pour la présidentielle 2027

À un an de l'élection présidentielle, Les Républicains s'apprêtent à trancher entre primaire fermée et désignation directe de leur candidat. Une stratégie risquée qui pourrait sceller l'avenir d'un parti divisé face à la montée des extrêmes.

Le grand dilemme des Républicains : primaire ou candidature unique ?

Alors que l’ombre de la présidentielle de 2027 plane déjà sur l’agenda politique français, Les Républicains (LR) se retrouvent une fois de plus face à un choix cornélien. Ce week-end, les adhérents du parti doivent trancher entre trois options pour désigner leur candidat à l’Élysée : une primaire fermée, réservée aux seuls militants en règle, une primaire semi-ouverte incluant les sympathisants, ou encore la désignation directe du président du mouvement, Bruno Retailleau, lors du vote des 18 et 19 avril.

Cette dernière option, qui semble aujourd’hui tenir la corde, s’imposerait comme une victoire pour le sénateur vendéen. Mais derrière cette apparente unité se cache une réalité plus trouble : celle d’un parti toujours aussi fracturé, plus de douze ans après la défaite historique de Nicolas Sarkozy. Et alors que l’urgence d’une candidature unique pour éviter un second tour entre l’extrême droite et l’extrême gauche se fait sentir, LR semble incapable de se rassembler autour d’une stratégie claire.

Retailleau en embuscade : la stratégie du moindre risque

Bruno Retailleau, président de LR depuis mai 2025, a habilement positionné sa possible désignation comme candidat du parti comme une solution de simplicité. « Il a été malin. Glisser sa candidature directe parmi d’autres propositions, ça la rend crédible », analyse un cadre francilien du mouvement. « Surtout qu’il ne prend pas trop de risque, car notre adhérent de base déteste a priori l’idée de primaire. »

Pourtant, cette approche ne convainc pas tous ses détracteurs. David Lisnard, maire LR de Cannes jusqu’à sa récente rupture avec le parti, dénonce une procédure biaisée. Depuis son départ annoncé, il clame haut et fort sa volonté de rassembler une primaire ouverte à toute la droite et au centre, incluant même Reconquête et Horizons. « Si je me présente, c’est justement pour proposer une primaire ouverte. Je n’ai pas la notoriété de certains, mais je travaille depuis des mois avec une énergie renouvelée », a-t-il déclaré sur France 2.

Une ambition que partage Laurent Wauquiez, président du groupe LR à l’Assemblée nationale, pour qui seule une grande primaire élargie permettrait d’éviter une élimination au premier tour. « Cette primaire est le seul moyen d’éviter les divisions qui élimineraient inévitablement le centre et la droite du second tour », argue-t-il, tout en reconnaissant que son projet est « un objet politique non identifié ».

Mais cette vision se heurte à une réalité bien plus terre-à-terre : celle d’un parti où les ego et les ambitions personnelles priment souvent sur l’intérêt collectif. Xavier Bertrand, président des Hauts-de-France, a déjà annoncé qu’il ne participerait pas à une nouvelle primaire après son échec cuisant de 2022. « Je n’ai pas été moi-même. Je me suis refondu dans le jeu d’une primaire, alors qu’au final l’élection présidentielle, c’est la rencontre de tous les Français. » Il mise désormais sur une candidature directe, sans passer par le processus interne de LR.

L’illusion de l’unité : un appel désespéré à la coalition

Face à l’incapacité des partis de droite et du centre à s’entendre, 90 élus LR et macronistes ont signé un appel dans La Tribune pour exhorter à une candidature unique dès que possible. « Nous appelons à un sursaut d’unité, pour créer les conditions d’un large rassemblement autour d’un projet et d’une candidature uniques en 2027 », écrivent-ils, sans pour autant proposer de méthode concrète pour y parvenir.

Un vœu pieux, selon les observateurs les plus pessimistes. « Quand vous mettez deux pro-primaires dans la même pièce, ils ne sont pas d’accord entre eux », ironise un proche de Retailleau. Gérard Larcher, président du Sénat, tente pourtant de jouer les médiateurs en défendant une grande primaire ouverte à Horizons, Renaissance et LR. « Il suffit que trois ou quatre gros poissons soient d’accord pour la mettre en œuvre, et tout le monde finira par y venir. C’est la seule solution. »

Mais les présidents de parti, qu’ils soient LR, Horizons ou Renaissance, semblent réticents à l’idée d’une primaire qui pourrait avantageusement mettre en lumière des outsiders. « Ils ont compris que la primaire donne de la lumière à des personnes sorties de nulle part », explique un membre du bureau politique.

Dans ce contexte, Michel Barnier, ancien Premier ministre et figure du bloc central, tente de se positionner comme l’homme providentiel. Il a récemment lancé un site participatif pour recueillir des idées et a envoyé un programme de coalition aux élus de droite et du centre. Une stratégie qui, pour l’instant, reste floue sur ses ambitions personnelles.

La gauche jubile, l’extrême droite se frotte les mains

Alors que la droite et le centre s’enferrent dans leurs querelles, les observateurs politiques s’interrogent : comment éviter un second tour entre Marine Le Pen (RN) et Jean-Luc Mélenchon (LFI) ? La menace est d’autant plus réelle que les sondages montrent une crise de confiance persistante envers les partis traditionnels.

Valérie Pécresse, ancienne candidate LR à la présidentielle de 2022, alerte sur les risques d’une division persistante. « Je pense qu’il faut un seul candidat de la droite et du centre le plus tôt possible. Je crains qu’ils ne s’abîment mutuellement. Parce que quand on construit des campagnes les uns contre les autres, on finit par s’amocher et à un moment donné, il y a un point de non-retour. »

Pourtant, dans les rangs de LR, l’optimisme reste de mise. « Tout va se jouer en octobre, au moment où les Français commencent à s’intéresser à la présidentielle », confie un ministre proche du gouvernement. « Est-ce qu’il y a une menace Mélenchon au second tour ou pas ? Si cette menace-là n’est pas criante, il sera compliqué de mettre tout le monde d’accord. Chacun verra midi à sa porte. »

En attendant, Bruno Retailleau trace sa route, convaincu que sa désignation directe serait le moindre mal pour un parti en quête de crédibilité. « Je ne consacrerai pas une minute de mon temps, de mon énergie, à essayer d’échafauder des mécanismes auxquels plus personne ne comprend rien. Plutôt que d’essayer de construire des usines à gaz, je trace ma route. »

Mais dans les coulisses, les murmures d’une possible candidature dissidente se font de plus en plus insistants. Et si LR, malgré ses divisions, échouait à présenter un candidat crédible ? La droite française pourrait alors payer cher son incapacité à se rassembler.

Un calendrier électoral sous haute tension

Alors que les adhérents de LR s’apprêtent à voter ce week-end, le calendrier politique s’accélère. Sébastien Lecornu, Premier ministre, tente tant bien que mal de maintenir la cohésion d’une majorité présidentielle affaiblie. Mais avec une gauche divisée et une extrême droite en embuscade, la présidentielle de 2027 s’annonce comme l’une des plus incertaines de la Ve République.

Pour l’heure, une chose est sûre : le temps presse. Comme le résume un observateur avisé, « au plus tard, il faudra un candidat unique en novembre. On verra bien alors qui aura réussi à accrocher l’opinion à ce moment-là. »

À propos de l'auteur

Anadiplose

J'en ai assez du journalisme tiède qui ménage la chèvre et le chou. Pendant des années, j'ai regardé mes confrères s'autocensurer par peur de déplaire aux annonceurs ou aux politiques. J'ai décidé d'écrire ce que je pense vraiment, sans filtre. La concentration des médias aux mains de quelques milliardaires me révolte. La précarisation de ma profession me met en colère. Mais c'est précisément cette colère qui me pousse à continuer. Chaque article est un acte de résistance contre la pensée unique

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Commentaires (4)

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Nocturne

il y a 1 jour

Retailleau président ? ??? Après le fiasco Zemmour en 2022, ils veulent rejouer le même film. Franchement, ils ont rien appris. Ou alors c'est un burn-out collectif.

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Enlightenment

il y a 1 jour

mouais... LR qui se déchire encore, c'est le sport national. À ce rythme, en 2027 ils auront plus que 5% et un groupe de députés réduits à peau de chagrin. m'enfin, c'est pas comme si ça changeait grand chose pour le fond du débat politique...

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Z

Zeitgeist

il y a 1 jour

La primaire fermée à LR, c'est le retour de la vieille garde qui veut se protéger d'elle-même. Avec Retailleau en tête, on a clairement un candidat qui incarne l'aile droite conservatrice, mais est-ce que ça suffira face à Horizon ou même au RN ? Les chiffres des municipales 2026 vont être cruciaux... et personne n'en parle encore. Bref, un parti qui a peur de son ombre.

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A

arthur53

il y a 23 heures

Personnellement je suis de droite mais là, franchement, Retailleau c'est un peu la droite light qui a peur de ses convictions. Moi j'attends quelqu'un qui assume sans mollir, genre Ciotti ou même Le Maire si il sort du bois. Après, si les autres préfèrent se auto-saborder en primaire fermée... bof. Le vrai problème c'est pas la primaire, c'est l'absence de projet crédible depuis 2017. Et là on recommence ???

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