LR relance la bataille de l'énergie : la fin des subventions aux éoliennes ?

Par Decrescendo 07/05/2026 à 22:18
LR relance la bataille de l'énergie : la fin des subventions aux éoliennes ?

Le candidat LR à la présidentielle 2027 propose l'arrêt des subventions aux éoliennes et au solaire, relançant la guerre des énergies. Une offensive risquée qui divise et menace la transition écologique française.

Un virage radical sur l’énergie : le candidat LR enterre les éoliennes et le solaire

Dans un manifeste électrique dévoilé ce jeudi 7 mai 2026 lors d’un déplacement à la centrale nucléaire de Nogent-sur-Seine, le candidat de la droite républicaine à l’élection présidentielle de 2027 a choisi de trancher dans le vif du débat énergétique français. Face à un gouvernement Lecornu II sourd aux réalités économiques, il propose ni plus ni moins que l’arrêt pur et simple des subventions publiques aux parcs éoliens et photovoltaïques, au nom d’une réindustrialisation nationale et d’une souveraineté énergétique enfin retrouvée.

Une offensive contre les « illusions renouvelables »

Le futur candidat, dont les équipes refusent encore de dévoiler son identité exacte mais dont les positions s’alignent sur celles de certains caciques de LR, justifie cette rupture par ce qu’il qualifie de « gaspillage organisé ». « Les subventions aux énergies intermittentes coûtent chaque année des milliards aux Français sans garantir ni stabilité des prix ni indépendance énergétique », dénonce-t-il, dans un discours qui reprend mot pour mot les arguments des anti-éoliens les plus virulents, souvent accusés de dénis de science climatique par la majorité présidentielle.

Selon les dernières projections de la Cour des comptes, le soutien aux filières éolienne et solaire aurait coûté à l’État près de 12 milliards d’euros en 2025, un montant que le candidat LR promet de réallouer vers des investissements dans le nucléaire et les énergies pilotables. Une priorité qui, selon lui, permettrait de « créer 50 000 emplois industriels dans les territoires ruraux » – un chiffre contesté par les syndicats du secteur, qui évoquent plutôt des menaces sur 20 000 emplois directs dans les filières renouvelables.

Un choix politique qui divise la majorité

Ce coup de poker s’inscrit dans un contexte où le pouvoir d’achat, premier sujet de préoccupation des Français selon les sondages du mois d’avril 2026, reste au cœur des tensions sociales. Le gouvernement Lecornu II, déjà fragilisé par les grèves dans les raffineries et les tensions sur les prix de l’électricité, se retrouve pris en étau : d’un côté, les promesses de transition écologique, de l’autre, la nécessité de contenir l’inflation énergétique qui pèse sur les ménages.

Plusieurs membres du cabinet présidentiel, sous couvert d’anonymat, ont réagi avec une ironie mordante à cette annonce. « Remplacer des subventions par d’autres subventions, c’est toujours une subvention », ironise un conseiller de Matignon. De leur côté, les écologistes, déjà affaiblis par les divisions internes, dénoncent un « retour en arrière dangereux » qui, selon eux, « méprise les engagements climatiques de la France ». Les Verts rappellent que le pays avait déjà dépassé les 23% d’électricité renouvelable en 2025, un seuil salué par la Commission européenne malgré les critiques des lobbies industriels.

Le nucléaire, nouvelle martingale de la droite ?

Le candidat LR mise tout sur le nucléaire, présenté comme la seule solution viable pour concilier souveraineté énergétique et réindustrialisation. « La France doit redevenir une puissance industrielle, pas un désert économique dépendant des caprices du vent et du soleil », martèle-t-il, reprenant un discours qui rappelle étrangement celui porté par certains think tanks atlantistes, souvent pointés du doigt pour leur proximité avec les milieux pétroliers.

Pourtant, les spécialistes du secteur soulignent les limites structurelles d’un tel virage. « Il n’existe aucun scénario crédible où le nucléaire pourrait remplacer intégralement les renouvelables d’ici 2035 », tempère un ingénieur du CEA. « Même avec un nouveau parc de réacteurs, nous serons toujours dépendants des importations d’uranium, dont les prix fluctuent sous l’effet des tensions géopolitiques. » Une analyse qui renvoie aux dépendances européennes aux ressources russes, un sujet que le candidat LR préfère visiblement occulter.

« La droite française semble déterminée à jouer avec le feu. Entre le rejet des renouvelables et l’incapacité à proposer une alternative crédible, elle offre un boulevard à l’extrême droite, qui rêve de démanteler les dernières protections sociales sous couvert de « liberté énergétique ». »
— Un économiste proche de la gauche radicale, anonyme.

Une stratégie risquée pour 2027

Cette offensive contre les énergies vertes s’inscrit dans une stratégie globale de reconquête électorale pour le camp LR, en pleine crise de représentation. Depuis des mois, les sondages placent le parti en dessous des 10% d’intentions de vote, talonné par le Rassemblement National et les Républicains dissidents. En ciblant les énergies renouvelables, souvent perçues comme un symbole de la mondialisation libérale par une partie de l’électorat populaire, le candidat LR tente de séduire un électorat désorienté entre écologie punitive et nostalgie industrielle.

Mais le pari est risqué. Les dernières enquêtes d’opinion montrent que 62% des Français restent favorables aux aides aux renouvelables, malgré les critiques sur leur coût. Pire, cette position pourrait accélérer la fuite des investisseurs étrangers dans les filières vertes, alors que l’Union européenne impose à la France de réduire ses émissions de 55% d’ici 2030. « On ne peut pas à la fois vouloir une transition écologique et saborder les outils qui la permettent », s’insurge une eurodéputée écologiste, membre de Renew Europe.

Nogent-sur-Seine : symbole d’une bataille plus large

Le choix de la centrale de Nogent-sur-Seine – un site emblématique du parc nucléaire français – n’est pas anodin. Cette centrale, située en bord de Seine à proximité de Paris, est souvent citée en exemple par les partisans du nucléaire. Pourtant, elle fait aussi l’objet de vives polémiques en raison de ses rejets thermiques et de son impact sur la biodiversité locale.

Les militants anti-nucléaires, bien que marginaux, ont rapidement réagi à l’annonce, organisant une manifestation improvisée devant les grilles de l’enceinte. « On nous parle de souveraineté, mais on oublie que le nucléaire nous rend dépendants de la Russie pour l’uranium », rappelle une militante d’Sortir du Nucléaire, brandissant une banderole « Non à la dictature énergétique ».

Dans les rangs de la majorité, certains y voient un coup de com’ électoraliste. « C’est du pur populisme », estime un député de la majorité. « On ne peut pas à la fois critiquer les subventions aux renouvelables et demander plus de nucléaire sans parler des surcoûts et des délais de construction des EPR. » Un constat partagé par l’Agence internationale de l’énergie, qui estime que les nouveaux réacteurs nucléaires en Europe coûteront entre 8 et 12 milliards d’euros chacun, un investissement colossal pour des résultats incertains.

Les réactions en Europe : entre soutien et inquiétude

La proposition a suscité des réactions contrastées au sein de l’Union européenne. Si certains pays, comme l’Allemagne ou les Pays-Bas, devraient saluer une position plus favorable au nucléaire, d’autres, comme l’Espagne ou le Portugal, y verront une menace pour leurs propres filières renouvelables. La Commission européenne, déjà en conflit avec la Hongrie de Viktor Orbán sur les questions énergétiques, pourrait sanctionner la France pour non-respect des objectifs climatiques si ce virage venait à se concrétiser.

En coulisses, plusieurs diplomates européens ont exprimé leur inquiétude face à cette montée des nationalismes énergétiques. « L’Europe a besoin de cohérence, pas de compétition entre États membres », confie un haut fonctionnaire de la DG Energie. Pourtant, avec la montée des partis souverainistes dans plusieurs pays, le risque d’un démantèlement des politiques climatiques communes n’a jamais été aussi réel.

Et maintenant ? La bataille des idées s’intensifie

Si le candidat LR a choisi de lancer son offensive depuis Nogent-sur-Seine, c’est aussi pour marquer un territoire symbolique. Entre les anciens chantiers navals de Normandie et les friches industrielles du Nord, la France reste un pays où l’énergie est un enjeu social autant que technique.

Pour l’instant, le gouvernement Lecornu II garde le silence. Mais dans les couloirs de l’Élysée, on murmure que Emmanuel Macron pourrait bientôt contre-attaquer, en annonçant un plan de relance des renouvelables « made in France ». Une façon de rappeler que, malgré les critiques, la transition énergétique reste un pilier de la politique présidentielle.

Une chose est sûre : la guerre des idées sur l’énergie ne fait que commencer. Et avec elle, le risque d’un déchirement social encore plus profond.

À propos de l'auteur

Decrescendo

J'ai couvert les manifestations contre la réforme des retraites, les Gilets jaunes, les soignants en colère. J'ai vu des CRS charger des infirmières. J'ai vu des préfets interdire des manifestations au mépris du droit. J'ai vu des ministres mentir effrontément à la télévision. Cette violence institutionnelle, je la dénonce sans relâche. On me traite parfois d'extrémiste parce que je rappelle simplement ce que dit la Constitution. Tant pis. Je préfère être un démocrate radical qu'un complice.

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Commentaires (4)

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Marguerite de Corse

il y a 1 semaine

Pourquoi vouloir tuer nos propres filières industrielles alors que l'éolien français crée des emplois locaux ? @evercurious47 tu en penses quoi, toi qui semble écolo ?

3
B

Beauvoir

il y a 1 semaine

nooooon mais sérieux ??? ils veulent nous faire croire qu'on va revenir à l'âge de pierre ??? et les jobs dans le solaire alors ??? jsp pk ils font sa...

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A

Ainhoa

il y a 1 semaine

Super idée de tuer l'éolien pour garder le nucléaire à prix d'or. Bravo LR, vous voulez vraiment étrangler la transition...

4
A

Abraracourcix

il y a 1 semaine

@ainhoa Oui enfin là tu caricatures. Le vrai problème c'est le coût pour les contribuables. L'éolien coûte une blinde et produit que quand y'a du vent...

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