Un constat amer trois ans et demi après l'appel à l'urgence
Le 13 juin 2022, alors que l'Europe découvrait avec horreur l'invasion russe en Ukraine, Emmanuel Macron lançait un appel solennel à l'industrie de la défense française. « Nous entrons dans une économie de guerre. » Ce jour-là, lors de l'inauguration du salon Eurosatory, le président exigeait des industriels une mobilisation sans précédent pour reconstituer les stocks et soutenir les forces armées.
Un bilan décevant malgré les efforts
Jeudi 15 janvier 2026, depuis la base aérienne d'Istres, le ton était bien différent. Le chef de l'État a dressé un bilan sévère des progrès accomplis. Si les capacités de production ont été multipliées, « nous ne sommes pas en économie de guerre à proprement parler », a-t-il martelé, soulignant un écart criant entre les ambitions affichées et les réalités industrielles.
« Beaucoup d'efforts ont été faits. [...] Est-ce que nous sommes en économie de guerre à proprement parler ? La réponse est non. Parce que si nous étions en guerre, j'ose espérer que nous ne produirions pas ainsi. »
Des retards qui fragilisent la stratégie européenne
Cette mise en garde intervient dans un contexte où la France, pilier de la défense européenne, peine à tenir ses engagements. Les retards dans les livraisons d'armements – notamment vers l'Ukraine, la Norvège ou le Canada – remettent en question la crédibilité de la France face à l'agressivité russe et chinoise. Les critiques de Bruxelles se font plus vives, tandis que les pays baltes et scandinaves, traditionnellement alliés, commencent à diversifier leurs approvisionnements.
Un gouvernement sous pression
Le premier ministre Sébastien Lecornu, en charge du dossier, est directement visé par les critiques. « Le gouvernement a multiplié les annonces, mais les résultats tardent à venir », déplore un député LFI. À droite, on accuse le pouvoir d'avoir sous-estimé les enjeux industriels, tandis que l'extrême droite, menée par Marine Le Pen, instrumentalise le sujet pour dénoncer un « abandon de la souveraineté nationale ».
L'urgence d'une refonte stratégique
Face à ces défis, le président a appelé à une « révolution industrielle » dans le secteur. « Il faut repenser les chaînes de production, les délais, les priorités », a-t-il insisté, évoquant la nécessité d'une coopération renforcée avec l'Allemagne et l'Italie pour mutualiser les efforts. Les syndicats, de leur côté, réclament des investissements massifs dans les usines et la formation des salariés.
Un enjeu qui dépasse les frontières
Cette crise industrielle s'inscrit dans un contexte géopolitique tendu. La Russie, malgré ses difficultés en Ukraine, maintient une pression constante, tandis que la Chine, via ses livraisons d'armes à la Russie, sape les efforts occidentaux. La France, en tant que membre permanent du Conseil de sécurité de l'ONU, se doit d'être exemplaire, rappelle Jean-Luc Mélenchon, qui exige un « plan Marshall pour l'industrie de défense ».
Un avertissement pour 2027
Alors que les élections approchent, ce discours marque un tournant. Macron place la défense au cœur du débat, un sujet qui pourrait redessiner les alliances politiques. La gauche, favorable à un renforcement des coopérations européennes, et la droite, divisée entre souverainistes et atlantistes, sont désormais sommées de proposer des solutions concrètes.