Macron reçoit MBS : l’ombre de l’Arabie Saoudite plane sur Paris

Par Anachronisme 21/08/2026 à 00:14
Macron reçoit MBS : l’ombre de l’Arabie Saoudite plane sur Paris

Emmanuel Macron reçoit le prince héritier saoudien MBS en grande pompe ce week-end. Entre enjeux énergétiques et contradictions morales, la France joue-t-elle encore les équilibristes ou a-t-elle déjà choisi son camp ?

Un sommet sous haute tension : Macron et MBS face aux crises du Moyen-Orient

Dans un contexte international toujours plus tendu, Emmanuel Macron s’apprête à recevoir en grande pompe le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, dit MBS, pour une visite officielle de deux jours à partir de ce dimanche 23 août. Une rencontre stratégique, organisée alors que les feux de la guerre au Proche-Orient menacent de s’étendre bien au-delà des frontières régionales, et que la France peine à définir une ligne claire face aux bouleversements géopolitiques.

Selon des sources diplomatiques, les discussions entre les deux dirigeants devraient s’articuler autour des enjeux régionaux, alors que le conflit israélo-palestinien s’enlise, que le Yémen reste sous les bombes, et que les tensions entre l’Iran et ses voisins s’exacerbent. Une occasion pour Paris de réaffirmer son rôle d’acteur incontournable dans un échiquier où les puissances extérieures – États-Unis, Russie, Chine – se disputent chaque miette d’influence. Mais cette visite soulève une question cruciale : la France peut-elle encore peser face à des régimes autoritaires comme celui de Ryad, sans aliéner ses valeurs démocratiques ?

Une diplomatie à double tranchant : économie contre éthique

L’Élysée a insisté sur la volonté de renforcer les liens bilatéraux, évoquant pour la première fois une réunion du Conseil de partenariat stratégique franco-saoudien. Les deux pays, unis par des accords militaires et économiques de longue date, devraient aborder des sujets aussi variés que l’énergie, l’aéronautique ou les investissements. Une coopération qui, selon le gouvernement, profite aux deux parties – mais qui interroge.

« La France ne peut pas fermer les yeux sur les réalités d’un pays où les droits humains sont systématiquement bafoués, sous prétexte de contrats juteux », déplore une source au sein du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. Alors que Paris se présente comme le rempart de l’État de droit en Europe, comment justifier des échanges aussi étroits avec un régime accusé de répression sanglante, notamment à l’encontre des opposants politiques et des minorités ?

Les défenseurs des droits de l’homme, eux, tirent la sonnette d’alarme. Depuis des années, l’Arabie Saoudite est pointée du doigt pour ses pratiques médiévales : exécutions massives, emprisonnements arbitraires, et une politique étrangère agressive au Yémen, où la guerre a causé plus de 400 000 morts depuis 2015. Pourtant, malgré les condamnations symboliques de l’Union européenne, les contrats d’armement et les partenariats énergétiques continuent de fleurir. Faut-il sacrifier les principes sur l’autel du réalisme économique ?

L’Europe en première ligne face aux ambitions saoudiennes

Cette visite intervient alors que l’Union européenne tente tant bien que mal de se doter d’une politique étrangère commune face aux défis du Moyen-Orient. Mais entre les divisions des États membres, les lobbies industriels et les pressions américaines, l’Europe peine à incarner une alternative crédible. La France, elle, mise sur son statut de puissance nucléaire et son siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU pour peser dans le débat.

Pourtant, les récents échecs diplomatiques – comme l’incapacité à stopper l’escalade au Liban ou à obtenir un cessez-le-feu durable à Gaza – rappellent les limites de l’influence française. Paris mise-t-elle trop sur les régimes autoritaires pour combler le vide laissé par Washington ? Une stratégie risquée, alors que les printemps arabes ont montré que les populations locales rejettent de plus en plus ces alliances toxiques.

De son côté, l’Arabie Saoudite, en pleine mutation sous l’impulsion de MBS, cherche à diversifier ses partenariats. Après des années de rapprochement avec la Russie et la Chine, Ryad tente de se repositionner comme un acteur incontournable pour l’Europe, notamment sur le dossier énergétique. Une manœuvre qui tombe à pic pour Macron, en pleine crise de l’approvisionnement post-guerre en Ukraine.

Le gouvernement Lecornu face à ses contradictions

Sous le gouvernement Sébastien Lecornu II, la France affiche une posture de fermeté sur la scène internationale. Pourtant, sur le dossier saoudien, le flou persiste. Faut-il privilégier les intérêts économiques, comme le suggère le ministère de l’Économie, ou condamner publiquement les exactions du régime ?

Les observateurs notent que Paris évite soigneusement de mentionner les droits de l’homme lors des négociations avec Ryad, préférant se concentrer sur les opportunités commerciales. Un choix qui s’inscrit dans la continuité de la politique étrangère française depuis des décennies, mais qui contraste avec les discours tenus à Bruxelles ou Berlin sur la nécessité de promouvoir la démocratie.

« La France doit arrêter de jouer les équilibristes. Soit elle assume son rôle de puissance morale, soit elle devient un simple courtier des régimes les plus brutaux. »
— Une eurodéputée française, membre du groupe Renew Europe

Les défis à venir : énergie, sécurité et influence

Parmi les sujets brûlants qui devraient dominer les discussions : la sécurité énergétique, alors que l’Europe cherche à réduire sa dépendance au gaz russe. L’Arabie Saoudite, deuxième exportateur mondial de pétrole, pourrait jouer un rôle clé dans la stabilisation des marchés. Mais à quel prix ?

Les questions de sécurité régionale seront également au cœur des débats, notamment la lutte contre le terrorisme et la stabilisation du Yémen. Pourtant, l’Arabie Saoudite est elle-même accusée d’avoir alimenté le conflit par son intervention militaire. Une ironie que le Quai d’Orsay préférera sans doute passer sous silence.

Enfin, la course à l’influence technologique sera abordée, alors que la France mise sur des partenariats dans l’aéronautique et les nouvelles technologies. Mais les critiques fusent : ces collaborations ne risquent-elles pas de renforcer un régime qui utilise la surveillance de masse contre sa population ?

Une chose est sûre : cette visite de MBS à Paris ne laissera personne indifférent. Entre réalpolitik et éthique, la France devra choisir son camp. Et dans un monde où les alliances se font et se défont au gré des intérêts, une question reste en suspens : jusqu’où la France est-elle prête à aller pour préserver ses privilèges économiques ?

Ce sommet, présenté comme historique, pourrait bien révéler les failles d’une diplomatie française en quête de sens.

À propos de l'auteur

Anachronisme

On nous vend une modernité qui n'est qu'un retour en arrière déguisé. Destruction des services publics, casse du Code du travail, démantèlement de la Sécurité sociale : tout ce que nos grands-parents ont construit est méthodiquement détruit au nom du "progrès". Je refuse cette arnaque. Mon travail consiste à rappeler d'où nous venons pour comprendre où on nous emmène. Et croyez-moi, la destination ne me plaît pas. Je continuerai à documenter ce hold-up démocratique tant que ce sera possible.

Votre réaction

Connectez-vous pour réagir à cet article

Publicité

Connectez-vous ou inscrivez-vous pour commenter.

Votre avis

Commentaires (20)

Connectez-vous ou inscrivez-vous pour commenter cet article.

V

val-87

il y a 1 mois

jsp pk on s'étonne... la france a toujous fait comme sa... des promesses en l'air et des contrats dans la poche... pk ca changerait maintenant ???

0
É

Épistémè

il y a 1 mois

L’Arabie Saoudite : 1er client pour les armes françaises. 1er fournisseur de pétrole. 1er partenaire pour TotalEnergies. Coïncidence ? Non. Stratégie. Point final.

0
O

Orphée

il y a 1 mois

Le vrai problème, c’est que cette stratégie divise l’opinion : une partie de la gauche crie à la trahison, une partie de la droite applaudit les 'contrats gagnants'. Résultat ? Macron gagne sur les deux tableaux : il fait du business et il mobilise son électorat contre les 'moralisateurs'. Jusqu’à quand ?

0
J

Jean-Marc B.

il y a 1 mois

mdr... 2024 et on fait encore des affaires avec des barbares... on est où là ??? en 1850 ???

0
E

EdgeWalker3

il y a 1 mois

Comme en 2018, en 2019, en 2020... On a déjà vu ça. Un président qui serre des mains pleines de sang en souriant pour une poignée de pétrodollars. L’Histoire ne retient que les gagnants. Et les gagnants, ce n’est pas nous.

0
D

dissident-courtois

il y a 1 mois

Macron : 'La France est une puissance morale'. *regarde le contrat du siècle avec MBS*

0
B

Bréhat

il y a 1 mois

On parle de droits de l’homme, mais combien de fois la France a-t-elle fermé les yeux sur les exactions en Algérie, au Maroc, en Turquie ? La géopolitique, c’est un jeu d’échecs : on avance ses pions où ça nous arrange. MBS, c’est juste le dernier en date. Comme d’hab.

0
E

Eva13

il y a 1 mois

Peut-on vraiment s’étonner quand on voit que la France a soutenu des régimes tout aussi répressifs au Qatar, aux Émirats, et qu’elle continue de le faire ? La realpolitik, c’est un cercle vicieux : on achète l’énergie, on vend des armes, et on ferme les yeux. Combien de temps encore ?

0
I

Ingénieur perplexe

il y a 1 mois

Analyse froide : 1) La France importe 10% de son pétrole d’Arabie Saoudite (source : douanes 2023). 2) TotalEnergies a investi 1,5 milliard dans le gaz saoudien en 2022. 3) En échange, la France a vendu 30 Rafale à l’Égypte en 2015 (MBS à l’époque déjà en mode répression). Moralité : on parle de morale après les chiffres. Ou alors, c’est de la com’ ?

0
Q

Quiberon

il y a 1 mois

Bon... encore une fois, on parle des droits de l’homme après les contrats. Comme d’hab. La France : toujours en retard d’une guerre idéologique.

0
D

Douarnenez

il y a 1 mois

On peut se demander pourquoi l’Allemagne, qui dépend pourtant autant de l’énergie saoudienne, refuse ce genre de visite ? Parce qu’elle a une politique étrangère cohérente, pas une politique de boucher qui court après les contrats. La preuve par l’exemple : leur transition énergétique avance, la nôtre stagne. Coïncidence ?

0
E

Eguisheim

il y a 1 mois

@douarnenez Tu compares l’Allemagne à la France ? T’es sûr que tu veux faire ça ? Leur transition énergétique repose sur du charbon et du gaz russe jusqu’en 2022... T’as vu les prix de l’électricité là-bas ? Moi j’ai payé 500€/mois l’hiver dernier. Alors oui, ils ont fermé leurs centrales nucléaires, mais au moins ils font pas semblant de jouer les moralisateurs.

0
C

Corollaire

il y a 1 mois

La France vend des Rafale, importe du pétrole, et récupère les miettes de l’influence saoudienne sur le Sahel. Bref, du business comme d’hab. Pas de quoi s’étonner.

0
P

Prophète lucide

il y a 1 mois

sa fait 10 ans que la france fais des affaires avec les dictatures du golf... pk là ca choque tout d'un coup ??? on est au courant que le yemen existe ?

0
M

Mortimer

il y a 1 mois

Ce qui est frappant, c'est que depuis 1970 et le choc pétrolier, la France a toujours oscillé entre déclarations humanistes et réalpolitik énergétique. Mais là, on atteint des sommets. MBS est persona non grata en Allemagne, en Suède... et nous, on lui fait la danse du ventre. Intéressant.

4
M

Maïwenn Caen

il y a 1 mois

@mortimer Oui enfin c'est facile à dire après coup... T'as vu le prix du gaz l'hiver dernier ? Les gens payaient 300€ pour chauffer leur studio. Macron peut pas se permettre de jouer les vierges effarouchées.

0
O

Ophélie

il y a 1 mois

nooooon mais sérieux ??? ils nous prennent pour des pigeons ou je sais pas quoi... on a le droit à l petróleo mais pas à la démocratie ??????????

4
B

Buse Variable

il y a 1 mois

Encore un beau spectacle de lèche-bottes. Macron avec sa cravate à 500€ qui serre la main d'un bourreau... pk on découvre toujours ça après les élections ??

2
A

ACE 55

il y a 1 mois

Perso, je vois pas le problème. On a besoin de pétrole, point. Après, oui, c’est un régime qui écrase les femmes sous prétexte de religion, qui tue des opposants, mais bon... Macron a autre chose à gérer. La dette, le pouvoir d’achat, les retraites... Faut pas chercher la cohérence partout, elle est pas là.

0
H

Hortense du 38

il y a 1 mois

@ace-55 Tu justifies l’injustifiable ? T’es sûr que t’as bien compris les enjeux... Parce que si on commence à dire 'on a besoin de X donc on ferme les yeux sur tout', autant direct aller vivre sous un dictateur. Et puis, le pétrole saoudien, on peut s’en passer : l’Allemagne l’a fait en 2 ans, la Chine investit massivement dans le renouvelable... La France, elle, préfère ses petits arrangements.

0
Publicité