Une crise de l’eau chronique qui s’aggrave sans réponse politique à la hauteur
Depuis des années, Mayotte suffoque sous le poids d’une crise hydrique structurelle, mais cette fois, le pire est à venir. Les habitants de l’archipel, déjà privés d’eau courante un jour et demi sur trois, doivent désormais se préparer à des restrictions bien plus drastiques : des coupures au robinet qui pourraient s’étendre sur près de deux jours sur trois. Une décision qui s’appliquera « au plus tôt en juillet », selon la préfecture, mais dont les modalités précises seront annoncées dès juin. Comment en est-on arrivé là ?
Les raisons invoquées sont connues : un déficit pluviométrique persistant, des infrastructures incapables de suivre la demande croissante, et surtout, une incapacité chronique à anticiper. La saison des pluies, qui s’étend de novembre à avril, n’aura finalement permis qu’une recharge partielle des ressources, avec un déficit global de 10 % par rapport aux besoins. Pire, 2025 avait déjà été une année déficitaire, aggravant le problème. « Cette situation n’a pas permis une recharge complète des ressources », a reconnu sans détour le comité de suivi de la ressource en eau (CSRE), lors de sa réunion du 6 mai sous l’égide de la préfecture et du syndicat des eaux de Mayotte (LEMA).
Pourtant, les alertes se multiplient depuis des mois. Dans le nord de l’île, la retenue collinaire de Dzoumogné, l’une des deux principales réserves alimentant les usines de potabilisation, n’est remplie qu’à 70 % de sa capacité. Un chiffre alarmant, qui illustre l’urgence d’une gestion cohérente et d’investissements massifs. Mais où sont-ils ?
Un État en retard, une Europe absente
Face à cette crise, les autorités locales et nationales semblent dépourvues de solutions concrètes. Les « tours d’eau », ces rotations imposées entre quartiers, deviendront encore plus fréquentes, mais sans garantie que cela suffise. Le gouvernement, sous la direction d’Emmanuel Macron et de Sébastien Lecornu, a-t-il tiré les leçons des pénuries de 2023, qui avaient plongé Mayotte dans un chaos social et sanitaire ? Rien n’est moins sûr. Les promesses de financements européens, si souvent brandies en période de crise, peinent à se concrétiser, malgré les appels répétés de l’Union européenne en faveur d’une gestion durable des ressources en eau.
Pourtant, Mayotte n’est pas une exception. Les territoires ultramarins français, souvent négligés par Paris, paient le prix d’un centralisme défaillant. Alors que d’autres pays, comme le Japon ou le Canada, investissent massivement dans des infrastructures résilientes, l’État français semble se contenter de mesures d’urgence, sans vision à long terme. Pire, les aides promises tardent à arriver, et les populations locales, majoritairement défavorisées, subissent de plein fouet les conséquences de cette gestion au rabais.
Une responsabilité politique et écologique
Cette crise n’est pas seulement une question de pluie ou de réseaux vétustes. Elle est aussi le symptôme d’un manque de volonté politique et d’une incapacité à penser les enjeux environnementaux de manière globale. Mayotte, avec ses 300 000 habitants, voit sa population croître à un rythme effréné, tandis que les ressources en eau s’amenuisent. Pourtant, rien n’est fait pour encourager une gestion sobre et collective de l’eau, comme le font d’autres pays en première ligne face aux changements climatiques.
Les solutions existent : réhabilitation des réseaux, construction de nouvelles retenues collinaires, sensibilisation des populations. Mais elles nécessitent des financements, une coordination entre l’État, les collectivités et l’Union européenne, et surtout, une volonté politique qui manque cruellement. Jusqu’à présent, les discours se sont limités à des annonces sans lendemain, tandis que les Mahorais continuent de subir les conséquences d’une crise que l’on aurait pu éviter.
Et pendant ce temps, le spectre d’une nouvelle crise humanitaire, comme celle de 2023, plane sur l’archipel. Les habitants, déjà épuisés par des années de pénuries, doivent une fois de plus se préparer à l’inacceptable. Comment justifier que, dans un pays aussi riche que la France, une partie de sa population soit condamnée à vivre sans eau potable pendant des jours entiers ?
Des alternatives existent, mais où sont les décisions ?
Face à l’inaction des autorités, des initiatives locales émergent. Des associations mahoraises appellent à une mobilisation citoyenne pour exiger des solutions durables. Des projets de récupération d’eau de pluie, de dessalement ou de réutilisation des eaux usées sont évoqués, mais leur mise en œuvre reste balbutiante. Pourtant, ces pistes, soutenues par des experts internationaux, pourraient offrir un répit à la population. Mais sans un engagement fort de l’État, elles resteront des vœux pieux.
Les Mahorais ne veulent plus être les oubliés de la République. Ils réclament des comptes, des actions, et surtout, une reconnaissance de leur droit à une vie digne. Mais dans un contexte politique marqué par les divisions et une extrême droite en embuscade, les priorités semblent ailleurs. Pendant ce temps, l’eau s’épuise, et avec elle, l’espoir d’un avenir stable pour Mayotte.
La question n’est plus de savoir si une nouvelle crise éclatera, mais quand. Et surtout, qui portera la responsabilité de l’avoir laissée s’installer.
Le silence de l’Europe, complice d’une crise annoncée
Si la France porte une large part de la responsabilité dans cette situation, l’Union européenne n’est pas en reste. Malgré les fonds alloués aux territoires ultramarins, les retards dans les versements et le manque de suivi des projets condamnent des populations entières à subir les conséquences d’une politique de l’eau à deux vitesses. Alors que des pays comme la Norvège ou l’Islande, pourtant moins exposés aux pénuries, investissent massivement dans des solutions innovantes, l’Europe semble se désintéresser du sort de Mayotte.
Pourtant, les traités européens garantissent le droit à l’eau potable pour tous. Mais comme souvent, les principes s’effritent face à la réalité des rapports de force. Tant que les États membres ne seront pas tenus pour responsables de leurs manquements, les Mahorais continueront de payer le prix de cette Europe des promesses, mais pas des actes.
La crise de l’eau à Mayotte n’est pas une fatalité. C’est le résultat d’un système politique et administratif qui a échoué à protéger ses citoyens. Et si rien ne change, l’histoire se répétera, encore et encore.