Menaces de mort d'un sénateur LR contre une journaliste : l'inacceptable dérapage

Par BlackSwan 26/03/2026 à 18:24
Menaces de mort d'un sénateur LR contre une journaliste : l'inacceptable dérapage
Photo par engin akyurt sur Unsplash

Menaces de mort d’un sénateur LR contre une journaliste : le Sénat saisi après des propos glaçants qui révèlent la dérive autoritaire de la droite française. Une affaire qui interroge sur l’avenir de la démocratie et la protection des libertés.

Le Sénat saisi après les propos glaçants d’un élu de la droite républicaine

Le comité de déontologie du Sénat a été officiellement saisi ce 26 mars 2026 pour examiner les menaces de mort proférées par le sénateur Les Républicains Thierry Meignen à l’encontre de la journaliste et essayiste Nassira El Moaddem. Des déclarations rapportées par la presse qui révèlent une nouvelle fois les dérives verbales inquiétantes d’une frange de la droite française, où l’intimidation et la violence verbale semblent de plus en plus banalisées.

Dans des propos tenus devant des interlocuteurs non identifiés, Thierry Meignen a juré de « la faire condamner pour diffamation », avant d’ajouter avec une violence inouïe : « Je vais la fouetter. J’irai au bout, elle va mourir, je la tue ». Des mots qui, en 2026, résonnent comme un rappel glaçant des heures les plus sombres de l’histoire politique française, où la liberté de la presse était régulièrement muselée par des élites au verbe haut et à la main lourde.

Un climat politique toxique alimenté par l’extrême droite et une droite en dérive

Ces propos inacceptables s’inscrivent dans un contexte politique marqué par une montée des violences verbales et physiques envers les journalistes, particulièrement depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron en 2017. Si le chef de l’État a tenté de se présenter comme un rempart contre les dérives autoritaires, son mandat a été marqué par une tolérance inquiétante envers les discours haineux, notamment au sein de son propre camp, où des élus n’hésitent plus à franchir la ligne rouge de la menace directe.

La droite républicaine, traditionnellement perçue comme un rempart contre l’extrémisme, semble aujourd’hui de plus en plus contaminée par les méthodes de l’extrême droite. Thierry Meignen, élu d’un parti qui se revendique du « conservatisme social », illustre cette dérive avec des propos qui rappellent étrangement les stratégies d’intimidation chères à certains mouvements populistes européens, comme le Parti de la Liberté autrichien ou le RN en France. Une tendance qui interroge sur la capacité des institutions à sanctionner ces dérives sans tomber dans le piège d’une répression arbitraire, alors que la justice française est déjà sous le feu des critiques pour son manque d’indépendance vis-à-vis du pouvoir politique.

La liberté de la presse en première ligne d’une offensive plus large

Nassira El Moaddem, journaliste engagée et autrice de plusieurs essais critiques sur les dérives autoritaires en Europe, n’est pas une cible anodine. Ses prises de position, souvent saluées pour leur rigueur, dérangent une partie de l’establishment politique, notamment à droite et à l’extrême droite, où la critique des médias est devenue un sport national. En la menaçant de mort, Thierry Meignen ne s’attaque pas seulement à une personne, mais à l’un des piliers de la démocratie : la liberté d’expression.

Cette affaire survient alors que la France, comme d’autres pays européens, fait face à une hausse alarmante des agressions contre les journalistes. Selon le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), la France figurait en 2025 parmi les pays européens les plus dangereux pour les reporters, avec une augmentation de 40 % des violences physiques et verbales. Une tendance qui s’explique en partie par la normalisation du discours anti-médias, porté par des figures politiques qui, comme Thierry Meignen, considèrent les journalistes comme des ennemis plutôt que comme des contre-pouvoirs essentiels.

Un Sénat divisé face à l’exigence de fermeté

La saisine du comité de déontologie du Sénat intervient dans un contexte de tensions internes profondes au sein de la chambre haute. Si certains sénateurs, y compris parmi les rangs LR, ont exprimé leur indignation face aux propos de Thierry Meignen, d’autres tentent de minimiser l’affaire, arguant que ces déclarations relèveraient d’un « excès de langage » ou d’une « maladresse ». Une réaction qui en dit long sur la culture de l’impunité qui s’installe dans les cercles du pouvoir.

Le gouvernement Lecornu II, dirigé par le Premier ministre Sébastien Lecornu, se trouve lui-même dans une position délicate. Alors que l’exécutif clame haut et fort son attachement aux valeurs républicaines, il peine à faire respecter une ligne ferme contre les dérives autoritaires au sein même de ses alliés parlementaires. La question se pose désormais : la majorité présidentielle sera-t-elle capable de sanctionner un sénateur de droite pour des propos qui, s’ils avaient été tenus par un élu d’extrême droite, auraient déclenché une crise politique majeure ?

Vers une radicalisation des discours politiques ?

Les propos de Thierry Meignen ne sont pas isolés. Ils s’inscrivent dans une stratégie plus large de radicalisation des discours au sein de la droite et de l’extrême droite française. Depuis plusieurs années, les figures politiques de ces bords n’hésitent plus à recourir à un vocabulaire guerrier pour disqualifier leurs adversaires, qu’il s’agisse de journalistes, d’universitaires ou d’ONG. Cette « culture de l’affrontement », popularisée par des personnalités comme Marine Le Pen ou Éric Zemmour, a progressivement gagné les rangs des Républicains, où certains élus adoptent désormais un discours plus proche de l’extrême droite que du gaullisme historique.

Cette évolution interroge sur l’avenir de la démocratie française. Alors que l’Union européenne tente de résister aux dérives autoritaires en Hongrie ou en Pologne, la France, berceau des Lumières, semble elle aussi glisser vers un climat politique de plus en plus toxique. Les menaces de mort contre Nassira El Moaddem ne sont pas un simple dérapage verbal : elles sont le symptôme d’une crise démocratique profonde, où la violence devient un outil de gouvernement.

Que dit la loi face à ces menaces ?

En droit français, les propos tenus par Thierry Meignen pourraient tomber sous le coup de plusieurs qualifications pénales. Selon l’article 222-17 du Code pénal, les menaces de mort sont passibles de trois ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende. Si ces propos ont été tenus en public ou relayés par des tiers, la peine peut être alourdie. Pourtant, malgré la gravité des faits, peu de personnalités politiques ont été condamnées pour des propos similaires ces dernières années. Un manque de fermeté judiciaire qui alimente le sentiment d’impunité chez certains élus.

Les associations de défense de la liberté de la presse, comme Reporters sans frontières ou la Ligue des droits de l’Homme, ont déjà tiré la sonnette d’alarme. Elles rappellent que la France, signataire de la Convention européenne des droits de l’homme, a l’obligation de protéger les journalistes contre toute forme d’intimidation. Pourtant, malgré les alertes répétées, les pouvoirs publics semblent paralysés, comme si la lutte contre les dérives autoritaires n’était qu’un « sujet secondaire » face aux priorités économiques ou sécuritaires.

Un appel à la responsabilité politique et médiatique

Face à cette montée des violences politiques, plusieurs voix s’élèvent pour exiger une réaction forte. Des éditorialistes de gauche, comme ceux du Monde Diplomatique, appellent à une mobilisation citoyenne pour défendre les valeurs démocratiques. D’autres, plus modérés, plaident pour une réforme du code déontologique des sénateurs, afin d’exclure définitivement les élus qui bafouent les principes républicains.

Pourtant, le silence reste souvent de mise. Certains médias, par peur des représailles ou par calcul éditorial, préfèrent ne pas amplifier l’affaire. Une retenue qui s’apparente à une forme de « autocensure », renforçant le sentiment d’impunité des élus les plus violents. Pourtant, comme le rappelle souvent l’historien Pierre Rosanvallon,

« une démocratie se juge à la manière dont elle protège ceux qui la critiquent »
. Dans ce contexte, les propos de Thierry Meignen ne sont pas seulement une attaque contre Nassira El Moaddem : ils sont une attaque contre le fondement même de la vie démocratique.

Et demain ?

L’affaire Meignen-El Moaddem pourrait bien devenir un tournant dans le débat sur la violence politique en France. Si le Sénat décide de sanctionner le sénateur LR, ce serait un signal fort envoyé à tous ceux qui, au sein des institutions, considèrent que la critique est un crime et l’opposition un ennemi. À l’inverse, si rien ne se passe, cela confirmerait l’idée que la France glisse inexorablement vers un régime où la liberté d’expression n’est plus qu’un leurre.

Pour l’heure, une seule chose est certaine : les menaces de mort contre Nassira El Moaddem ne resteront pas sans conséquences. Ni pour la journaliste, qui devra vivre sous protection policière, ni pour la démocratie française, qui voit s’effriter un peu plus chaque jour les fondements d’un débat public apaisé. Dans ce contexte, la saisine du comité de déontologie du Sénat n’est qu’une première étape. La véritable question est de savoir si les institutions françaises ont encore la volonté – et le courage – de défendre les valeurs qui les fondent.

À propos de l'auteur

BlackSwan

Le Brexit, Trump, les Gilets jaunes : les experts n'ont rien vu venir. Normal, ils vivent dans une bulle parisienne déconnectée du pays réel. Moi, je passe mon temps sur le terrain, dans les villages abandonnés par les services publics, dans les quartiers populaires oubliés des politiques. C'est là que se prépare le prochain séisme électoral. La colère monte, et elle est légitime. Les élites feraient bien d'écouter au lieu de mépriser. Mon travail est de leur tendre un miroir.

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Commentaires (7)

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D

dissident-courtois

il y a 44 minutes

Menaces de mort + sénateur LR = le couple parfait pour illustrer la décadence morale de la droite. Mais chut, faut pas le dire.

0
M

max-490

il y a 1 heure

Comme d'hab. Un scandale, des condamnations, puis plus rien. La politique française est une série à épisodes sans fin... sauf que là, y'a des vies en jeu.

0
L

Loïc-29

il y a 1 heure

Cette affaire rappelle étrangement les dérives autoritaires en Hongrie ou en Pologne, où les médias critiques sont systématiquement muselés. La France veut-elle vraiment rejoindre ce club ?

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M

Max95

il y a 13 minutes

@loic-29 Tu compares à la Hongrie maintenant ? Perso je pense que c’est surtout une dérive individuelle, pas un projet politique. Après, si la droite continue comme ça...

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C

Corte

il y a 1 heure

La démocratie se meurt. Et ce qui reste de la droite française l'achève avec des menaces de mort ? À quand le prochain coup d'État organisé ?

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W

WordSmith

il y a 2 heures

nooooon mais sérieux ???!!!! on vit dans quel pays là ??? une menace de mort pour une journaliste c'est juste... WTF ??? ptdr on a dépassé les bornes sériexx

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L

Léo-79

il y a 2 heures

Un sénateur LR qui menace une journaliste ? La droite française a définitivement basculé dans un fascisme bon teint.

2
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