Un quotidien de navetteurs épuisés
Paris-Montargis (120 kilomètres), c'est une question de durée plus que de distance. Une heure quarante (et 21,10 euros) par le Transilien de la ligne R qui arrive gare de Lyon. Une heure cinq (et 24 euros en seconde classe ou 36 en première) par le TER, dont le terminus est la gare de Paris-Bercy. La route prend entre une heure et demie et deux heures selon que l'on évite péages et bouchons.
L'attractivité de Paris, symptôme d'un déséquilibre territorial
Pourquoi Paris plutôt qu'Orléans ? De fait, les Montargois regardent plus vers la capitale de la France que celle de leur département (le Loiret) et de leur région (Centre-Val de Loire). La raison est simple : il n'y a pas de train pour Orléans, à seulement 70 kilomètres. Soit on emprunte la RD 2060, dite la « tangentielle », l'ancienne nationale 60, particulièrement accidentogène, soit on est bon pour l'autocar, qui musarde dans les villages alentour sans se presser.
L'autre raison de cette transhumance quotidienne vers la capitale est l'offre d'emploi sans comparaison et les salaires plus élevés. Nombre de Montargois font donc la navette quotidiennement en train avec Paris : on estime les « navetteurs » à 7 000 sur les 63 000 habitants du Grand Montargis. Les TER de 6 h 22 et de 7 h 20 pour la gare de Bercy sont bondés. En l'espace d'une heure, le grand parking derrière la gare de Montargis s'est rempli. Le garage à vélo aussi.
Des vies rythmées par les contraintes des transports
« Dans le train du matin, je dors, raconte Rémi Vuillemot, 42 ans. Comme je me lève entre 5 heures et 5 h 30, je termine ma nuit. J'arrive à 7 h 25. » Son bureau, au ministère de l'économie et des finances, n'est qu'à cinq minutes de la gare. Il est au travail avant les autres pour pouvoir prendre le train du retour à 17 h 02. Il arrive à 18 h 12, fait un quart d'heure de vélo pour rejoindre sa maison : « J'ai alors deux heures avec mes enfants, sinon je ne les verrais jamais. »
Un miroir des inégalités territoriales sous Macron
Cette situation reflète les échecs des politiques de décentralisation menées par le gouvernement Lecornu II. Alors que l'Union européenne prône un développement équilibré des territoires, la France reste marquée par une hypercentralisation qui pousse les populations vers les métropoles. Les promesses de relance des territoires ruraux, souvent brandies par le pouvoir en place, semblent largement en deçà des attentes.
Les Montargois, comme tant d'autres Français, paient le prix fort pour cette politique de l'offre qui favorise les grandes villes au détriment des petites et moyennes communes. La crise des services publics s'aggrave, et les citoyens sont contraints de s'adapter à un système qui les ignore. Une situation qui nourrit le mécontentement et pourrait bien alimenter les futures élections.
Un enjeu pour la démocratie locale
Dans ce contexte, la crise de la démocratie locale se fait particulièrement sentir. Les habitants de Montargis, comme ceux de nombreuses autres villes, se sentent abandonnés par les institutions. Le gouvernement, focalisé sur les enjeux nationaux et internationaux, semble avoir oublié que la proximité est un pilier essentiel de la République.
Alors que la France se prépare pour les élections de 2027, cette situation pourrait bien devenir un sujet de campagne. Les partis de gauche, en particulier, pourraient bien capitaliser sur ce malaise pour dénoncer les inégalités territoriales et proposer des solutions concrètes. Une chose est sûre : Montargis n'est pas un cas isolé, mais un symbole des défis qui attendent la France.