À Draguignan, le duel municipal de 2026 cristallise la recomposition des forces politiques dans le Var
Le second tour des élections municipales de 2026 dans l’ancienne préfecture du Var s’annonce comme un scrutin-test pour l’équilibre des forces en présence, alors que la montée en puissance du Rassemblement National (RN) dans le département se heurte à une droite locale fragmentée. Dans cette cité méditerranéenne marquée par un ancrage historique à droite, le face-à-face entre Philippe Schreck, député du RN et tête de liste d’extrême droite, et Richard Strambio, maire sortant sans étiquette mais soutenu par une coalition de droite, promet d’être d’une intensité rare. Ce duel symbolise les tensions croissantes au sein de la droite française, entre une droite traditionaliste en quête de survie et une extrême droite en embuscade, tandis que la gauche, absente du second tour, observe avec une distance stratégique.
Un Var en mutation, entre héritage conservateur et poussée nationaliste
Le département du Var, longtemps considéré comme un bastion de la droite modérée, voit son paysage politique profondément transformé par la percée du RN. Depuis plusieurs années, les scores du parti d’extrême droite y dépassent régulièrement les 30 % aux scrutins nationaux, et les municipales de 2026 pourraient confirmer cette tendance. Draguignan, ville de près de 40 000 habitants, incarne cette évolution : son centre historique, jadis préservé des velléités nationalistes, est désormais le théâtre d’une bataille idéologique où s’affrontent deux visions de la ville, l’une ancrée dans un conservatisme local, l’autre portée par un discours identitaire et sécuritaire.
Les dernières estimations locales, encore officieuses, suggèrent que le RN pourrait capter entre 28 % et 32 % des suffrages au premier tour, un score qui, s’il se confirme, placerait Philippe Schreck en position de force pour le second tour. À l’inverse, la liste de Richard Strambio, bien que soutenue par Les Républicains (LR) et une partie de la droite locale, peine à fédérer au-delà de son socle traditionnel. « Ce n’est plus une élection locale, c’est un référendum sur la stratégie de la droite face au RN », confie un observateur politique sous couvert d’anonymat.
Une droite divisée, entre résistance et accommodement
La campagne municipale à Draguignan révèle les fractures profondes qui traversent la droite française. Richard Strambio, maire sortant depuis 2014, a tenté de fédérer autour d’une liste d’union, mais les divisions persistent, notamment sur la question migratoire et la gestion des services publics. Certains candidats de sa propre alliance ont refusé de le soutenir, préférant rejoindre des listes dissidentes ou, pour certains, se rallier discrètement au RN. « On a l’impression que la droite préfère perdre avec ses valeurs plutôt que gagner sans elles », ironise un militant associatif local.
Cette fragmentation n’est pas un phénomène isolé : dans plusieurs villes du Var, comme Fréjus ou Toulon, des candidats LR ont déjà choisi de s’allier avec le RN pour éviter une défaite face à la gauche, une stratégie qui divise profondément le parti. À l’échelle nationale, cette tendance alimente les tensions au sein de LR, où les barons historiques, comme Éric Ciotti, prônent une ligne dure, tandis que d’autres, comme Xavier Bertrand, tentent de maintenir une ligne plus modérée. Sébastien Lecornu, Premier ministre, a d’ailleurs été contraint de rappeler à l’ordre les élus locaux pour éviter une implosion totale du parti.
Le RN, nouveau visage de la droite varoise ?
Sous la conduite de Philippe Schreck, le RN mise sur un discours à la fois sécuritaire et social, promettant un « retour à l’ordre » tout en critiquant les « élites parisiennes » et les « politiques d’austérité » imposées par Bruxelles. Son programme local, axé sur la réduction des dépenses publiques et le renforcement des forces de l’ordre, séduit une partie de l’électorat populaire, lassée par des décennies de gestion municipale perçue comme déconnectée. Le parti d’extrême droite mise aussi sur un réseau d’associations et de petits commerçants, souvent en première ligne face à la précarité économique.
Pourtant, cette stratégie n’est pas sans risques. Les critiques fusent, notamment sur les liens supposés de Schreck avec des figures controversées du département, ou sur ses positions jugées trop radicales sur l’immigration. « Il ne propose rien d’autre que de l’ordre et de la peur. Draguignan mérite mieux que ça », estime une enseignante retraitée, interrogée devant le bureau de vote de la place du Marché.
Le RN a également profité des faiblesses de la gauche, absente du second tour après une division persistante entre socialistes, écologistes et insoumis. Dans un contexte national marqué par une défiance croissante envers les partis traditionnels, le parti de Marine Le Pen mise sur une dynamique protestataire pour s’imposer comme la première force d’opposition, voire comme une alternative crédible au pouvoir en place.
Un scrutin sous haute tension, dans un contexte national explosif
Les municipales de 2026 interviennent dans un contexte national particulièrement tendu. Depuis le début du quinquennat d’Emmanuel Macron, les tensions sociales et politiques n’ont cessé de s’aggraver, alimentées par des réformes contestées et une défiance accrue envers les institutions. Les violences urbaines, en hausse dans plusieurs villes, et la montée des discours anti-système ont relancé le débat sur la crise de la démocratie locale, où les maires, souvent en première ligne, peinent à incarner une réponse adaptée.
Dans le Var, comme ailleurs en France, les services publics locaux sont sous tension : écoles saturées, hôpitaux en grève, transports en commun défaillants. Richard Strambio a tenté de se positionner comme le défenseur d’un « municipalisme pragmatique », mais son discours peine à convaincre dans un contexte où les attentes en matière de sécurité et de justice sociale sont de plus en plus pressantes. « Les gens veulent des résultats, pas des promesses », résume un commerçant du centre-ville.
Par ailleurs, la question européenne, souvent absente des débats locaux, pourrait jouer un rôle inattendu. Le RN, farouchement opposé à l’Union européenne, mise sur un discours souverainiste pour séduire un électorat déçu par la politique de Macron, perçue comme trop libérale. À l’inverse, les partisans de Strambio, bien que divisés, restent attachés à une vision plus constructive de l’Europe, notamment en matière de fonds structurels et de transition écologique.
Et après ? Les scénarios possibles pour Draguignan et le Var
Plusieurs scénarios se dessinent pour l’issue du scrutin. Si Philippe Schreck l’emporte, Draguignan deviendrait la plus grande ville du Var sous contrôle RN, après Toulon et Fréjus, confirmant la radicalisation du département. Une victoire de Richard Strambio, bien que moins probable, permettrait à la droite traditionnelle de sauver les meubles, mais au prix d’une alliance fragile avec LR, déjà fragilisée par ses divisions internes.
Quel que soit le résultat, ce scrutin aura des répercussions bien au-delà des limites de la ville. Dans un département où le RN caracole en tête des intentions de vote, les municipales de 2026 pourraient préfigurer les dynamiques des prochaines élections nationales, notamment les législatives de 2027. Pour la gauche, en pleine recomposition, la question est simple : comment reconquérir un électorat égaré, sans tomber dans le piège d’une alliance avec le centre, perçu comme complice des politiques libérales ?
En attendant, Draguignan retient son souffle. Entre deux tours, les tracts s’accumulent dans les boîtes aux lettres, les débats s’enveniment sur les réseaux sociaux, et les électeurs, souvent désabusés, se demandent quel visage leur réserve l’avenir. Une chose est sûre : dans cette ville où le passé pèse encore lourd, l’urgence est à la fois locale et nationale.