Une mobilisation historique des supporters marseillais contre la menace RN
À quatre jours du second tour des municipales, les South Winners, plus grand groupe de supporters de l’Olympique de Marseille, ont lancé un appel solennel pour contrer la montée de l’extrême droite dans leur ville. Dans un communiqué publié mercredi soir, les ultràs marseillais ont mis en garde contre ce qu’ils qualifient d’« extrême droite aux portes du pouvoir », après le score de 35,02 % obtenu par le candidat du Rassemblement National, Franck Allisio, au premier tour. Un résultat qui place Marseille dans une situation inédite, où pour la première fois, un candidat d’extrême droite pourrait accéder à la mairie de la cité phocéenne.
« Nous qui avons fanfaronné de ne pas avoir de fachos dans notre stade, contrairement à Lyon, Lille ou Paris – où le RN a réalisé des scores minimes – honte à nous », ont-ils déclaré, pointant du doigt l’hypocrisie d’une ville qui se croyait immunisée contre cette vague brune. Leur message est clair : le dimanche 22 mars, la tolérance doit triompher de la haine, alors que les électeurs marseillais devront choisir entre trois candidats : Benoît Payan (divers gauche, 36,70 %), Franck Allisio (RN) et Martine Vassal (divers droite, 12,41 %).
Un contexte politique explosif en France
Cette prise de position des South Winners s’inscrit dans un climat politique national particulièrement tendu. Depuis plusieurs mois, les observateurs politiques s’alarment de la progression du Rassemblement National dans les grandes villes françaises, un phénomène qui s’accélère avec l’affaiblissement des partis traditionnels. À Marseille, comme dans d’autres métropoles méditerranéennes, le RN capitalise sur le mécontentement social et une défiance envers les institutions, portée notamment par une gestion contestée de la crise sanitaire et des services publics en déclin.
Les South Winners, souvent perçus comme les gardiens d’une identité marseillaise tolérante et métissée, ont choisi de rompre avec leur neutralité habituelle. Leur communiqué reflète une prise de conscience : l’extrême droite n’est plus un phénomène marginal, mais une réalité politique concrète. « Le vivre-ensemble n’est pas une option, c’est une nécessité », martèlent-ils, rappelant que Marseille, ville ouverte et multiculturelle, ne peut se permettre de tomber sous l’influence d’un parti dont le programme repose sur la division et l’exclusion.
Une réaction qui divise les acteurs politiques locaux
La candidature de Martine Vassal, soutenue par Les Républicains, ajoute une couche de complexité à ce scrutin. Avec 12,41 % des voix au premier tour, elle pourrait jouer un rôle décisif dans l’issue du second tour, en fonction des reports de voix. Si Benoît Payan, maire sortant, peut compter sur une partie de la gauche et des écologistes, l’attitude des électeurs de Vassal reste incertaine. Certains observateurs estiment que la droite modérée pourrait, par calcul électoral, préférer s’allier avec le RN plutôt que de soutenir un candidat de gauche, malgré les dangers que cela représente pour la démocratie locale.
À l’inverse, des voix s’élèvent pour dénoncer une stratégie du « barrage républicain » qui, selon certains analystes, affaiblit la gauche en normalisant le RN. « Faire barrage ne suffit pas, il faut proposer une alternative crédible », souligne un politologue marseillais sous couvert d’anonymat. « Marseille a besoin de solutions concrètes, pas de slogans vides de sens. »
Un enjeu national : la bataille pour les grandes villes
Marseille n’est pas un cas isolé. Dans toute la France, les grandes métropoles sont devenues des terrains de prédilection pour le RN, qui y réalise des scores bien supérieurs à la moyenne nationale. Lyon, Lille, Nice ou encore Perpignan ont vu l’extrême droite progresser de manière spectaculaire, profitant d’un contexte de défiance envers les maires en place et d’une crise des services publics qui frappe particulièrement les quartiers populaires.
Les South Winners l’ont bien compris : la bataille se joue aussi dans les stades. Longtemps perçus comme des espaces apolitiques, les tribunes marseillaises, où se mêlent cultures urbaines et revendications sociales, deviennent des lieux de mobilisation contre la montée des extrémismes. « Notre stade, c’est notre ville en miniature », explique un membre du groupe. « Si la haine gagne ici, elle gagnera partout. »
Cette dynamique s’inscrit dans un mouvement plus large de résistance citoyenne, où des associations, des syndicats et des collectifs se mobilisent pour protéger les valeurs républicaines. À Marseille, comme ailleurs en France, la question n’est plus de savoir si l’extrême droite peut gagner, mais comment l’en empêcher.
Les leçons d’un premier tour désastreux pour la gauche
Le score de Benoît Payan (36,70 %), bien qu’en tête, est en réalité un échec pour la gauche. Divisée entre plusieurs candidats, elle a laissé le champ libre au RN, qui a su capter une partie de l’électorat populaire déçu par les politiques menées depuis des années. Le candidat de la France Insoumise, absent du second tour, n’a pas réussi à fédérer au-delà de son noyau dur, tandis que les écologistes, bien que présents, peinent à peser dans cette élection.
Pourtant, les enjeux sont cruciaux : logement, transports, sécurité, éducation – tous ces sujets ont été relégués au second plan par une campagne dominée par les clivages idéologiques. Marseille, ville où le taux de pauvreté dépasse les 25 %, mérite mieux qu’un duel entre l’extrême droite et une droite modérée dont les positions restent floues sur l’accueil des migrants ou la transition écologique.
Les South Winners le rappellent avec force : la démocratie locale ne se résume pas à un choix par défaut. Elle exige des alternatives, des projets, et surtout, une volonté de rompre avec les logiques de rejet qui alimentent la montée des extrémismes.
Ce que le second tour pourrait changer
Si Franck Allisio l’emporte, Marseille deviendrait la plus grande ville française dirigée par un maire d’extrême droite, un symbole lourd de conséquences. Non seulement pour la ville elle-même, mais pour l’ensemble du pays. Les partenaires européens de la France, déjà inquiets des dérives autoritaires en Hongrie ou en Pologne, pourraient voir dans cette victoire un nouveau signe de l’affaiblissement des valeurs démocratiques en Europe.
À l’inverse, une victoire de Benoît Payan, même avec l’appui de Martine Vassal, ne garantirait pas un répit durable. La gauche, divisée et affaiblie, devra rapidement se reconstruire pour éviter de laisser le champ libre à l’extrême droite dans les années à venir. Quant à la droite classique, elle devra choisir entre une alliance avec le RN – risquée à long terme – ou une reconquête de son électorat modéré, aujourd’hui en voie de radicalisation.
Une chose est sûre : le résultat du 22 mars à Marseille aura des répercussions bien au-delà des frontières de la cité phocéenne. Il enverra un signal fort à l’ensemble de la classe politique française, sommées de réagir face à une menace qui, jusqu’ici, était sous-estimée.
« Le 22 mars, ce n’est pas seulement une élection municipale. C’est un test pour notre démocratie. »
— Extrait du communiqué des South Winners
Un appel à la mobilisation citoyenne
Face à l’urgence, des collectifs citoyens appellent à une mobilisation massive dimanche. Manifestations, distributions de tracts, discussions dans les quartiers : les initiatives se multiplient pour sensibiliser les électeurs à l’importance de ce scrutin. « On ne peut pas se contenter de regarder les infos à la télé en attendant le résultat », explique une militante associative. « Marseille mérite mieux que la peur et la division. »
Les South Winners, eux, ont choisi de prendre la parole là où on ne les attend pas forcément : dans les gradins, auprès des jeunes, des familles, de tous ceux qui font la fierté de la ville. Leur message est simple : la résistance commence aujourd’hui. Et elle passera, peut-être, par un bulletin de vote.
Reste à savoir si les Marseillais seront suffisamment nombreux pour entendre cet appel.