Une crise ouverte dans le camp écologiste
À moins de deux mois des élections municipales, la gauche française traverse une crise profonde, illustrée par les tensions croissantes au sein des écologistes. Plusieurs élus du parti, en désaccord avec la stratégie d'alliance avec le Parti socialiste (PS), ont choisi de rallier les listes de la France insoumise (LFI), accusant leur direction de compromission avec la social-démocratie.
Paris, Avignon, Nantes : les dissensions éclatent
Dans la capitale, deux conseillers écologistes du 18e arrondissement, Jérôme Gleizes et Émile Meunier, ont rejoint la liste de Sophia Chikirou (LFI), dénonçant une politique municipale parisienne trop libérale. « On est rentrés très souvent en conflit avec la politique sociale-démocrate menée à Paris », a expliqué Meunier, évoquant notamment les questions d'urbanisme et la « LVMH-isation » de la ville.
À Avignon, Sabah Badji, cheffe de file écologiste, a claqué la porte de l'union avec le socialiste David Fournier pour rejoindre la candidate insoumise Mathilde Louvain. Elle a depuis été suspendue par son parti. À Nantes, Patrice Boutin, adjoint à la maire socialiste Johanna Rolland, a également fait le choix de LFI, salué par William Aucant, tête de liste insoumise.
Une stratégie d'alliance contestée
Ces départs s'inscrivent dans un contexte de tensions nationales, où Les Écologistes tentent de naviguer entre une alliance avec le PS, soutenue par leur direction, et une frange plus radicale séduite par LFI. « On sent l'effet des tensions à l'échelle nationale, qui se rapportent à la préparation de la présidentielle et des législatives anticipées de 2027 », analyse Chloé Alexandre, chargée d'études au cabinet Verian.
La direction écologiste, elle, dénonce une « opération d'ingérence » menée par LFI. « C'est une tempête dans un verre d'eau », minimise une cadre proche de Marine Tondelier, tout en reconnaissant une « scission » au sein du parti entre « écologistes conséquents » et « écologistes d'appareil ».
LFI en position de force
Pour la France insoumise, ces ralliements tombent à point nommé. « Nous nous réjouissons que les discussions locales aient abouti à des accords politiques entre militants de la gauche et de l’écologie de rupture », se félicite Paul Vannier, chargé des élections au sein du parti. À Montpellier, la députée Nathalie Oziol (LFI) a même annoncé le ralliement de neuf transfuges de la liste écologiste, dont Julia Mignacca, ancienne présidente du conseil fédéral d'EELV.
Ces mouvements illustrent une gauche en pleine recomposition, où LFI semble tirer son épingle du jeu, tandis que le PS et Les Écologistes peinent à trouver un équilibre. « Cette stratégie de débauchage démontre que LFI n'est pas du tout dans une logique de rassemblement, mais d'affrontement », conclut la même source écologiste.
Un scrutin qui s'annonce explosif
Alors que la gauche unioniste a annoncé l'organisation d'une primaire pour 2027, sans la participation de LFI, les municipales de mars prochain pourraient bien servir de laboratoire pour les futures alliances. Dans un contexte de montée des extrêmes et de crise de la démocratie locale, ces divisions risquent de fragiliser davantage le camp progressiste, au moment où le gouvernement Lecornu II tente de consolider son assise politique.