Un vent de radicalité souffle sur la gauche après les déclarations de Roussel
Alors que le gouvernement Lecornu II tente de trouver une issue à la crise persistante des prix des carburants, le secrétaire national du Parti communiste français a lancé un pavé dans la mare ce mercredi 1er avril 2026. Invité sur une grande radio nationale, Fabien Roussel a en effet appelé à une nationalisation immédiate du géant pétrolier TotalEnergies si ce dernier refusait de réduire ses marges jugées « indécentes » par une partie de la classe politique.
Une proposition qui, bien que spectaculaire, s’inscrit dans un contexte où la tension sociale autour du pouvoir d’achat ne cesse de monter. Les Français, déjà fragilisés par l’inflation persistante et des salaires en berne, voient dans cette crise des carburants un symbole de l’échec des politiques libérales, selon plusieurs observateurs. Dans un pays où le transport reste un poste de dépense majeur pour les ménages, la question des prix à la pompe cristallise les frustrations.
Des marges « indéfendables » selon la gauche
Interpellé sur les profits records enregistrés par les raffineurs ces derniers mois, Fabien Roussel n’a pas mâché ses mots :
« Quand TotalEnergies annonce des marges à deux chiffres, c’est qu’il y a un problème structurel dans notre économie. Ces géants du CAC 40 se gavent sur le dos des Français, et l’État, lui, regarde ailleurs. Il est temps d’agir, et la nationalisation est une solution radicale, mais nécessaire. »
Le dirigeant communiste n’est pas le seul à pointer du doigt les marges des pétroliers. Plusieurs économistes de gauche, comme ceux de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), ont récemment souligné que les bénéfices des raffineurs avaient progressé de près de 30 % en un an, tandis que les prix à la pompe ne baissaient que timidement. « C’est un scandale démocratique », a commenté une économiste interrogée sous couvert d’anonymat, « quand des entreprises réalisent des profits aussi élevés dans un secteur essentiel, cela pose une question de fond sur la régulation des marchés. »
Face à cette situation, le gouvernement a tenté de rassurer en annonçant un nouveau dispositif de bouclier tarifaire, mais celui-ci, jugé insuffisant par les associations de consommateurs, n’a pas convaincu. « On nous demande de patienter, alors que les marges des pétroliers, elles, explosent », a dénoncé Fabien Roussel, rappelant que le prix du baril de Brent reste inférieur à son niveau de 2022, année où les prix à la pompe dépassaient déjà les 2 euros le litre.
Une proposition qui divise, y compris à gauche
Si la proposition de nationalisation séduit une frange de l’électorat populaire et de la gauche radicale, elle suscite en revanche des réserves au sein du Parti socialiste et d’Europe Écologie Les Verts. Olivier Faure, premier secrétaire du PS, a tempéré l’ardeur de Roussel en appelant à des mesures ciblées plutôt qu’à une nationalisation, jugée trop coûteuse et complexe à mettre en œuvre. « Nous soutenons l’encadrement des prix et une fiscalité plus juste sur les superprofits, mais la nationalisation, c’est une autre histoire », a-t-il déclaré hier.
Du côté d’Europe Écologie Les Verts, on se montre plus ouvert à l’idée, mais sous conditions. Yannick Jadot a ainsi évoqué la possibilité d’une « renationalisation partielle » ou d’une « régie publique des stocks stratégiques de carburants », une piste qui permettrait selon lui de mieux contrôler les prix en cas de crise.
Quant à La France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon a apporté son soutien à l’idée, tout en insistant sur la nécessité d’une « rupture avec le capitalisme des monopoles ». « TotalEnergies, ce n’est pas une entreprise comme les autres. C’est un symbole de l’arrogance des grands groupes qui dictent leur loi à l’État », a-t-il lancé lors d’un meeting à Lille ce week-end.
Un gouvernement sous pression, une opposition qui monte
La proposition de Fabien Roussel intervient alors que le gouvernement Lecornu II traverse une période de grande fragilité politique. Avec une majorité relative à l’Assemblée nationale et des tensions récurrentes au sein de la majorité présidentielle, le Premier ministre a du mal à faire passer ses réformes. La crise des carburants, si elle s’envenime, pourrait bien devenir le catalyseur d’un mécontentement plus large.
Dans ce contexte, l’exécutif tente de trouver un équilibre entre libéralisme économique et mesures sociales. Le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, a ainsi évoqué la possibilité d’un plafonnement des marges des raffineurs, une mesure déjà expérimentée en 2022 lors de la première crise énergétique post-guerre en Ukraine. Mais cette piste, bien que moins radicale que la nationalisation, reste insuffisante pour une partie de l’opposition.
« On nous propose des rustines, alors que le problème est structurel », a réagi une syndicaliste de la CGT, présente lors de la conférence de presse de Roussel. « Les Français en ont assez de voir les profits des actionnaires primer sur leurs besoins vitaux. Il est temps de remettre l’économie au service des citoyens, pas l’inverse. »
Les consommateurs, premières victimes de la crise
Selon les dernières données de l’Union française des industries pétrolières (UFIP), le prix moyen du litre de SP95-E10 s’élève à 1,85 euro en moyenne nationale, avec des pics à plus de 2 euros dans certaines régions, notamment en Outre-mer où les coûts de transport et les taxes locales alourdissent la facture. Les ménages les plus modestes, souvent contraints de se déplacer quotidiennement pour leur travail, sont les premières victimes de cette flambée.
Dans les quartiers populaires des grandes villes, comme à Marseille ou à Saint-Denis, les associations locales dénoncent une « double peine » : des salaires stagnants et des prix à la pompe qui ne baissent pas. « On nous dit que l’inflation recule, mais pour nous, elle ne fait que commencer », témoigne un habitant de la Seine-Saint-Denis, interrogé par nos soins. « Avec un SMIC, comment faire pour remplir son réservoir chaque mois ? »
Face à cette situation, certains maires ont pris les devants en instaurant des chèques carburant ou en subventionnant les associations d’aide aux plus précaires. Mais ces initiatives locales, bien que saluables, ne suffisent pas à résoudre un problème qui dépasse largement le cadre communal.
TotalEnergies dans le collimateur des régulateurs
Le géant pétrolier, déjà sous le feu des projecteurs pour ses activités en Russie et au Moyen-Orient, se retrouve aujourd’hui au cœur d’un débat bien plus large : celui de sa responsabilité sociale et écologique. Alors que l’entreprise affiche des résultats financiers records – 12 milliards d’euros de bénéfices nets en 2025 –, ses actionnaires ont perçu des dividendes en forte hausse, tandis que les prix à la pompe restaient élevés.
Les ONG environnementales, comme Greenpeace France, ont rappelé que TotalEnergies investissait toujours massivement dans les énergies fossiles, malgré ses engagements affichés en faveur de la transition écologique. « Ce groupe symbolise tout ce qui ne va pas dans notre modèle économique : des profits colossaux au détriment de l’environnement et des ménages », a dénoncé une porte-parole de l’organisation.
Du côté des régulateurs européens, la Commission a récemment ouvert une enquête sur les pratiques tarifaires des majors pétrolières, soupçonnées de collusion pour maintenir les prix à un niveau élevé. Si ces soupçons étaient confirmés, cela pourrait donner un nouvel élan aux propositions de nationalisation ou de régulation renforcée.
Et maintenant ? Les scénarios qui se dessinent
Plusieurs pistes sont désormais sur la table pour tenter de sortir de cette impasse. La première, la plus radicale, consisterait en une nationalisation pure et simple de TotalEnergies, une mesure qui permettrait à l’État de reprendre le contrôle des raffineries et de fixer directement les prix. Une telle décision, bien que spectaculaire, nécessiterait une loi d’habilitation et un vote au Parlement, où la gauche radicale et une partie des écologistes pourraient trouver un terrain d’entente.
Une seconde option, plus mesurée, serait l’instauration d’un prix plancher et d’un plafond de marges pour les raffineurs. Cette solution, déjà testée en 2022, avait permis une baisse temporaire des prix, mais avait été abandonnée sous la pression des lobbies pétroliers.
Enfin, une troisième voie, défendue par le gouvernement, consisterait à subventionner directement les prix à la pompe via une taxe sur les superprofits des entreprises. Une mesure qui, bien que coûteuse pour les finances publiques, pourrait être plus facile à mettre en œuvre politiquement.
Quoi qu’il en soit, une chose est sûre : la crise des carburants ne sera pas résolue sans une réponse forte de l’État. Et dans un contexte de défiance croissante envers les élites politiques et économiques, le risque d’un embrasement social n’est plus une hypothèse lointaine, mais une réalité qui se profile à l’horizon.
Affaire à suivre, donc, dans les prochaines semaines, alors que les débats parlementaires sur le sujet s’annoncent déjà houleux.