Nice, bastion menacé : Estrosi joue son va-tout contre l’extrême droite
Le compte à rebours est lancé à Nice. Dans quatre jours, les Niçois devront choisir entre un maire sortant affaibli, une droite radicale en embuscade et une gauche fragmentée mais résiliente. Avec 12 points de retard sur Éric Ciotti au premier tour, Christian Estrosi, figure historique de la droite modérée, tente désespérément de mobiliser ce qui reste de son électorat. « Cette ville, je ne la laisserai pas tomber entre les mains de l’extrême droite », martèle-t-il lors d’un meeting improvisé dans un quartier populaire du centre-ville, où les commerçants, encore dubitatifs, échangent des regards sceptiques.
Une droite divisée, un maire en quête de légitimité
La situation est d’autant plus critique que le soutien de Bruno Retailleau, président des Républicains, a failli à Estrosi. Après avoir publiquement refusé de donner une consigne de vote pour le second tour, le patron des LR s’est rattrapé in extremis, sous la pression de ses alliés. Un manque de cohésion qui illustre les fractures croissantes au sein de la droite. « Ils sont unanimes, puisque leur président, qui par maladresse s’est exprimé ce matin, s’est rétracté », ironise Estrosi, tout en savourant une vitamine offerte par un pharmacien du cru. « Les vitamines, c’est pour tenir. Les consignes, c’est pour gagner. »
Pourtant, derrière les sourires forcés et les poignées de main échangées avec les riverains, l’édile semble conscient de l’ampleur du défi. 46 % d’abstention au premier tour : un chiffre qui en dit long sur la défiance des Niçois envers leurs élites, quelles qu’elles soient. « J’ai l’expérience, j’ai l’habitude, j’ai la combattivité », répète-t-il, comme si ces mots pouvaient suffire à inverser une tendance qui le voit distancé par Ciotti, candidat du Rassemblement National, dans toutes les catégories socioprofessionnelles.
La gauche, spectatrice ou actrice ?
Face à cette droite en déroute, Juliette Chesnel-Leroux, candidate de la gauche non LFI, refuse de jouer les trouble-fêtes. Sa liste, maintenue malgré les pressions, incarne une alternative face à ce qu’elle qualifie de « duopole droitier ». « Que feront les électeurs intéressés par la justice sociale, la justice fiscale, si à chaque fois qu’on vote, il faut se retirer au deuxième tour pour laisser la place à la moins pire des deux droites ? Ce n’est pas ça, les élections », lance-t-elle à une poignée de militants réunis dans un café du Vieux-Nice. Les passants interrogés lui donnent raison : « C’est quand même important de montrer que la gauche est présente à Nice », estime une jeune femme, tandis qu’un riverain soupire : « Il y a une série de retraits de listes ou d’alliances qui a fini par lasser. »
Un électorat en quête de repères qui pourrait bien faire basculer le scrutin. Si Chesnel-Leroux ne croit pas à une victoire, elle espère au moins peser dans le débat. « La gauche doit exister par elle-même, pas comme variable d’ajustement », insiste-t-elle. Une posture qui contraste avec les stratégies de repli observées ailleurs en France, où les partis traditionnels cèdent du terrain face à la montée des extrêmes.
Nice, miroir des tensions nationales
Derrière cette bataille locale se profile un enjeu national : la capacité des démocraties à résister à la radicalisation. À Nice, ville symbolique des Alpes-Maritimes, bastion historique de la droite, la résistance à l’extrême droite est devenue un test. Les sondages nationaux montrent une ascension continue du RN, porté par un discours sécuritaire et anti-immigration qui séduit une partie de l’électorat populaire. Estrosi, qui fut un temps ministre de Sarkozy, incarne une droite plus modérée, mais son score au premier tour révèle l’échec de ce positionnement face à une radicalisation galopante.
Les observateurs s’interrogent : une victoire de Ciotti à Nice serait-elle le signal d’une droitisation durable de la France ? Ou au contraire, un électorat désabusé pourrait-il se mobiliser en masse pour empêcher l’extrême droite de l’emporter ? L’histoire récente prouve que les retournements de situation sont toujours possibles, surtout dans une ville où l’abstention reste élevée.
Pour l’heure, les deux camps se livrent une bataille acharnée. Estrosi multiplie les meetings de dernière minute, promettant des « projets concrets » pour relancer l’économie locale, tandis que Ciotti mise sur un discours martial, promettant « l’ordre et la sécurité ». La gauche, elle, tente de se frayer un chemin entre les deux, avec l’espoir de voler la vedette à un scrutin trop souvent réduit à un duel entre droites.
Un scrutin sous haute tension
Dans les rues de Nice, l’atmosphère est électrique. Les tracts s’amoncellent sur les pare-brises, les affiches électorales se superposent, et les débats enflammés animent les terrasses. Quatre jours pour convaincre, quatre jours pour éviter que Nice ne bascule. Les enjeux dépassent largement les frontières de la ville : c’est toute la stratégie des partis pour 2027 qui pourrait se jouer ici, dans cette cité méditerranéenne où le soleil de mars contraste avec l’ombre des urnes.
« Les Niçois ont le choix entre trois visions de la ville : celle d’Estrosi, celle de Ciotti, et celle que nous portons. Trois France en compétition, trois futurs possibles. Mais une seule démocratie à défendre. »
— Juliette Chesnel-Leroux, candidate de la gauche
Alors que les sondages restent serrés et que les stratégies de dernier recours se multiplient, une question persiste : la démocratie locale peut-elle encore résister à la polarisation ? À Nice, comme ailleurs en France, le scrutin de 2026 pourrait bien écrire l’une des pages les plus décisives de l’histoire récente du pays.