Un vote serré au Sénat pour un projet constitutionnel controversé
Le Sénat a adopté mardi 24 février par 215 voix contre 41 le projet de loi constitutionnelle visant à inscrire la Nouvelle-Calédonie comme un État au sein de la République française. Ce texte, qui sera examiné fin mars par l’Assemblée nationale, semble voué à l’échec en raison d’une absence de majorité claire. Le projet, issu de l’accord de Bougival signé en juillet 2025 entre indépendantistes et non-indépendantistes, a suscité des critiques unanimes, y compris de la part du Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS), qui l’a rejeté.
Un accord économique sans consensus politique
Le texte intègre également l’accord Elysée-Oudinot, signé le 19 janvier 2026 sans la participation du FLNKS. Cet accord, qualifié de « complémentaire » par le gouvernement, se concentre sur un pacte économique entre l’État et le territoire, sans résoudre les tensions politiques profondes. Certains analystes y voient une tentative de contourner les divisions en misant sur des compromis économiques plutôt que sur une solution politique durable.
Sébastien Lecornu défend un bilan contesté
Le Premier ministre Sébastien Lecornu, présent lors du vote, a tenté de défendre son bilan en matière d’outre-mer, notamment après le troisième référendum de 2021, boycotté par les indépendantistes kanaks.
« Par trois fois, les Calédoniens ont dit oui au maintien dans la France. Les trois oui majoritaires aux référendums témoignent d’une volonté renouvelée de faire nation, condition du maintien dans la République »,a-t-il affirmé, sous les critiques de l’opposition.
Une opposition unie contre le projet
À gauche comme à droite, le projet est perçu comme un pacte inabouti. Les écologistes dénoncent un manque de consultation des populations locales, tandis que les partisans d’une plus grande autonomie jugent le texte insuffisant. Le FLNKS, principal mouvement indépendantiste, a réitéré son opposition, estimant que le projet ne répond pas aux aspirations légitimes du peuple kanak.
Un enjeu pour la démocratie locale
Cette crise illustre les limites d’un modèle politique qui peine à concilier intégration républicaine et reconnaissance des spécificités locales. La Nouvelle-Calédonie, territoire stratégique pour la France dans le Pacifique, devient un symbole des tensions entre centralisation et autonomie. Alors que le gouvernement mise sur une sortie de crise par le dialogue, l’opposition exige un nouveau référendum, cette fois inclusif.