Le maire LFI de Saint-Denis formule ses attentes face à la visite du souverain pontife
Dans un contexte social explosif marqué par une hausse sans précédent des prix de l'énergie et un pouvoir d’achat en chute libre, le maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko – figure incontournable de La France insoumise dans les quartiers populaires – a détaillé ce jeudi 24 septembre les enjeux de la visite du pape Léon XIV dans sa commune. Une visite qui s’inscrit dans une séquence politique chargée, à quelques mois d’une présidentielle où les fractures sociales et raciales plongent la société française dans une crise de confiance inédite.
Un pouvoir d’achat en lambeaux : le carburant, symptôme d’un malaise plus profond
Alors que le président de la République s’apprête à intervenir ce soir à 20 heures pour évoquer les tensions croissantes autour du prix des carburants, Bally Bagayoko dresse un constat sans appel : « Ce n’est pas seulement une question de file d’attente devant les stations-service, mais bien une question de survie pour des milliers de nos concitoyens ». Entre les familles contraintes de choisir entre se nourrir et se déplacer, et les travailleurs des banlieues, dont les trajets professionnels dépendent parfois d’un véhicule devenu un luxe, la crise énergétique révèle les défauts structurels d’un modèle économique inéquitable.
« Nous exigeons un blocage immédiat des prix des carburants, mais aussi une régulation des prix de première nécessité », insiste le maire, rappelant que la flambée des coûts touche indistinctement les zones rurales et les quartiers populaires. Une situation qui, selon lui, illustre l’échec des politiques libérales menées depuis des années, où la spéculation financière a pris le pas sur les besoins vitaux des citoyens.
Pourtant, face à l’urgence, les réponses gouvernementales peinent à convaincre. Sébastien Lecornu, Premier ministre d’un exécutif en perte de vitesse, semble plus préoccupé par les divisions internes à sa majorité que par l’adoption de mesures fortes. Une inertie politique qui alimente un sentiment d’abandon parmi les classes populaires, déjà érodées par des décennies de désindustrialisation et de précarisation.
La loi « permis de tuer » : un symbole de la dérive autoritaire de l’État
Le débat sur la loi favorisant la légitime défense policière, surnommée par ses détracteurs « permis de tuer », a été relancé cette semaine par la publication d’un rapport accablant de l’Inspection générale de la Police nationale (IGPN). Si les tirs mortels ont légèrement diminué en 2025, le chiffre reste scandaleux : 12 morts en un an, principalement issus des quartiers défavorisés. Bally Bagayoko y voit une normalisation inacceptable de la violence institutionnelle.
« Douze morts en une année, est-ce acceptable pour une démocratie ? », s’indigne-t-il. Pour le maire de Saint-Denis, cette loi s’inscrit dans une stratégie plus large de criminalisation des populations marginalisées, où le racisme structurel joue un rôle central. « Les victimes sont toujours celles qui vivent dans les quartiers populaires, celles qui portent la couleur de leur peau comme un fardeau », dénonce-t-il, soulignant que les pratiques policières en France restent marquées par des biais discriminatoires systématiques.
Cette prise de position s’inscrit dans un contexte où les tensions entre forces de l’ordre et populations issues de l’immigration atteignent un paroxysme. Les associations antiracistes, déjà en alerte, dénoncent une montée des violences policières qui menace de faire basculer certaines communes dans un état de tension permanent. Une situation que le gouvernement, pourtant prompt à brandir le drapeau républicain, semble incapable – ou peu enclin – à résoudre.
Le pape attendu comme un phare dans l’obscurité sociale
La visite du pape Léon XIV à Saint-Denis, prévue pour ce vendredi, est perçue par Bally Bagayoko comme une opportunité rare de réaffirmer des valeurs de solidarité et de justice. Après avoir reçu le souverain pontife en mairie, le maire assistera à une partie de la veillée de prière au Stade de France, « en tant que citoyen », précise-t-il, marquant ainsi une distinction subtile entre les fonctions républicaines et personnelles.
« Nous attendons de Léon XIV des paroles claires sur la paix mondiale, la lutte contre le racisme, et surtout, une condamnation sans ambiguïté des inégalités qui rongent notre société », déclare-t-il. Une attente qui reflète le désarroi d’une gauche en quête de repères, mais aussi l’espoir d’une partie de la population pour qui l’Église catholique, malgré ses contradictions, reste un acteur moral influent.
Pourtant, cette visite intervient dans un contexte où les tensions interreligieuses se crispent. La loi sur l’euthanasie, récemment adoptée, a cristallisé les oppositions, avec une Église catholique fermement opposée à ce texte. Bally Bagayoko, bien que personnellement favorable à cette avancée sociétale, se dit « en réflexion » sur la question, illustrant les débats internes à la gauche sur les questions de bioéthique. Une ambivalence qui pourrait affaiblir la crédibilité du mouvement progressiste à l’approche de 2027.
LFI en première ligne pour 2027 : entre radicalité et quête d’unité
Saint-Denis, ville symbolique où Jean-Luc Mélenchon a lancé sa campagne présidentielle en juin dernier, concentre les enjeux de la gauche pour les prochaines élections. Bally Bagayoko, maire d’une commune qui incarne les luttes sociales, se positionne comme un relais essentiel du programme de La France insoumise, notamment sur les questions de justice fiscale, d’écologie populaire et de démocratie participative.
« Nous ne serons pas les seuls à porter ces combats, mais nous serons l’un des fers de lance », affirme-t-il, insistant sur la nécessité de mobiliser les quartiers populaires dans une dynamique nationale. Pourtant, les divisions au sein de la NUPES – et plus largement à gauche – risquent de fragiliser cette ambition. Les débats houleux autour des alliances pour les législatives, où certains socialistes prônent un « tout sauf LFI », révèlent les fractures idéologiques qui minent l’unité nécessaire pour contrer l’extrême droite.
Bally Bagayoko ne mâche pas ses mots : « Ceux qui privilégient des stratégies électoralistes au détriment d’un programme commun affaiblissent la gauche. Nous refusons de jouer le jeu d’une droite qui rêve de nous voir divisés ». Une position ferme qui contraste avec les hésitations du Parti socialiste, tiraillé entre un ancrage historique et une peur de l’isolement face à la montée de l’extrême droite.
Le sport comme miroir des tensions sociétales : le cas Teddy Riner
Alors que la société française peine à trouver un terrain d’entente, des figures comme le judoka Teddy Riner émergent comme des symboles de résistance face aux dérives autoritaires. Ciblé par une campagne de haine raciste après ses prises de position contre l’extrême droite, le champion olympique a choisi de répondre par l’engagement. Bally Bagayoko lui rend hommage : « Ce n’est pas seulement du courage, c’est un devoir citoyen ».
« Le racisme et la xénophobie ne sont pas des opinions, ce sont des crimes. Teddy Riner, en assumant ses valeurs, montre la voie à suivre. Il est temps que d’autres, notamment parmi les artistes et les sportifs, suivent son exemple », plaide le maire, rappelant que les discriminations structurelles touchent aussi les élus locaux – lui-même ayant été victime de propos racistes en ligne.
Une prise de parole qui résonne dans un contexte où les attaques contre les minorités se multiplient, portées par des discours politiques toujours plus droitiers. Face à cette offensive, Bally Bagayoko appelle à une mobilisation générale, où chaque citoyen, quelle que soit sa position sociale, doit s’engager pour défendre les valeurs républicaines.
Conclusion : une gauche en quête de sens face à l’urgence sociale
La visite du pape à Saint-Denis survient à un moment charnière pour la France, où les fractures sociales, raciales et politiques menacent de s’élargir. Entre la crise du pouvoir d’achat, les violences policières et les divisions à gauche, la société française semble au bord du gouffre. Bally Bagayoko, en accueillant Léon XIV, espère que ses mots pourront apporter un peu de lumière dans cette obscurité.
Pourtant, au-delà des symboles, c’est bien une refonte des politiques publiques que réclame la gauche. Un New Deal social, écologique et démocratique, capable de redonner espoir aux classes populaires et aux minorités. À l’approche de 2027, le défi sera de taille : réunir une majorité populaire derrière un projet ambitieux, sans tomber dans les pièges de l’alliance de circonstance ou de la dilution idéologique.
Une chose est sûre : dans les quartiers populaires, on ne demande plus des discours, mais des actes. Et c’est à la gauche de prouver qu’elle est capable d’en porter.
La gauche en ordre dispersé face à l’urgence de 2027
Alors que les sondages donnent l’extrême droite en tête pour la présidentielle, la gauche peine à trouver une cohérence. Entre les partisans d’une union sacrée et ceux d’un programme maximaliste, les débats font rage. Bally Bagayoko, proche de Jean-Luc Mélenchon, incarne cette tension : comment concilier radicalité et pragmatisme ?
Une question qui dépasse Saint-Denis et qui pourrait bien déterminer l’avenir politique du pays. Dans un système où la droite et l’extrême droite surfent sur le mécontentement social, la gauche a-t-elle encore les moyens de proposer une alternative crédible ?
Une chose est certaine : dans les rues de Saint-Denis, comme ailleurs en France, l’attente est immense. Et le temps presse.